Economie

La classe bourgeoise veut renforcer sa guerre contre les travailleurs

Au cœur de la crise selon le CADTM

Témoignages.re / 15 janvier 2013

En conclusion de son étude sur la crise internationale dont nous avons rendu compte hier dans "Témoignages", le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) souligne le problème principal qui est à la source de ce phénomène aux effets tragiques tous les jours. Il s’agit de l’offensive menée dans le monde entier par les capitalistes contre les travailleurs.
Cette étude — dont voici d’autres extraits — confirme les analyses du Parti communiste réunionnais sur cette crise et sur ses causes dans notre pays. À quand l’abolition de l’apartheid social à La Réunion ? À quand la fin du système néo-colonial mis en place après l’abolition du statut de colonie de notre pays en 1946 ? C’est cela le changement promis lors de la présidentielle et c’est cela l’entrée du peuple réunionnais dans l’ère de la responsabilité.

En somme, partout dans le monde, le Capital s’est lancé dans une offensive contre le Travail.
C’est en Europe que, depuis 2008, l’offensive prend la forme la plus systématique en commençant par les pays de la Périphérie. Alors que les banques (et le capitalisme en tant que système) sont les responsables de la crise, elles sont systématiquement protégées.
Partout, le remboursement de la dette publique est le prétexte invoqué par les gouvernants pour justifier une politique qui s’en prend aux droits économiques et sociaux de l’écrasante majorité de la population.

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Un programme alternatif

Si les mouvements sociaux et, parmi eux, les syndicats veulent victorieusement affronter cette offensive dévastatrice, il faut prendre à bras le corps la question de la dette publique afin d’enlever au pouvoir son argument principal.
L’annulation de la partie illégitime de la dette publique et l’expropriation des banques pour les intégrer à un service public de l’épargne et du crédit sont des mesures essentielles dans un programme alternatif à la gestion capitaliste de la crise. Sans oublier un partage équitable des revenus.

Toujours davantage de travailleurs dans le collimateur

Dans un document de la Commission européenne intitulé "Le deuxième programme économique d’ajustement pour la Grèce" et datant de mars 2012, il est clairement mis en évidence qu’il faut poursuivre la réduction des salaires.

Le tableau 17 de la page 41 montre que le salaire minimum légal en Grèce est le quintuple du salaire minimum moyen en Roumanie et en Bulgarie (pays voisins de la Grèce), le triple de la Hongrie et des républiques baltes, plus du double du salaire minimum en Pologne et en République tchèque ; il est supérieur au salaire minimum en Espagne et au Portugal.

L’objectif est de rapprocher la Grèce des pays où les salaires sont les plus "compétitifs", donc les plus bas. Évidemment, si les salaires poursuivent leur chute radicale en Grèce comme le veulent la Troïka et le patronat, il faudra que les salaires en Espagne, au Portugal, en Irlande et aussi dans les pays les plus forts suivent la même tendance, et ce, de manière accélérée.

Ceux qui sont aux commandes en Europe servent une logique grâce à laquelle les patrons européens parviennent à augmenter la quantité de plus-value qu’ils extraient du travail des salariés d’Europe et cherchent à marquer des points dans la bataille commerciale avec les concurrents asiatiques ou nord-américains.

Ces dirigeants sont prêts à pousser dans leur dernier retranchement les syndicats européens en réduisant fortement la marge de négociation dont ils ont disposé pendant des décennies.

Le Capital marque des points supplémentaires contre le Travail

Dans plusieurs pays de l’Union européenne, au cours de leur offensive contre les conquêtes sociales, les gouvernants et la Commission européenne ont réussi à réduire radicalement la portée des conventions collectives interprofessionnelles. C’est le cas des pays de l’ex-bloc de l’Est, c’est aussi le cas de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Irlande…

Dans plusieurs pays, ils ont également réussi à faire baisser le salaire minimum légal et le montant des retraites. Ils ont réussi à réduire radicalement la protection contre les licenciements et à augmenter l’âge de départ à la retraite.

L’aggravation de la crise des pays de la périphérie de la zone euro

Au cours de 2012, la crise s’est aggravée en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en conséquence des politiques d’austérité brutale appliquées par des gouvernants complices des exigences de la Troïka. En Grèce, la chute cumulée du PIB depuis le début de la crise atteint 20%. Le pouvoir d’achat d’une grande majorité de la population a baissé de 30 à 50%.

Le chômage et la pauvreté ont littéralement explosé. Alors qu’en mars 2012, tous les grands médias ont relayé le discours officiel qui affirmait que la dette avait été réduite de moitié ; selon les estimations officielles rendues publiques fin octobre 2012, la dette publique grecque qui représentait 162% du PIB à la veille de la réduction de dette de mars 2012 atteindra 189% du PIB en 2013 et 192% en 2014.

Cette information ne fait pas partie des titres de la grande presse de masse. Au Portugal, les mesures d’austérité sont d’une telle violence et la dégradation économique est si grave qu’un million de Portugais ont manifesté spontanément le 15 septembre 2012, chiffre qui n’avait été atteint que le 1er mai 1974 pour fêter la victoire de la Révolution des œillets.

En Irlande, dont les médias parlent beaucoup moins, le chômage a pris des proportions énormes, conduisant 182.900 jeunes âgés de 15 à 29 ans à quitter le pays depuis que la crise a éclaté en 2008. Un tiers des jeunes qui avaient un emploi avant la crise s’est retrouvé au chômage. Le sauvetage des banques a représenté jusqu’ici plus de 40% du PIB (près de 70 milliards d’euros sur un PIB de 156 milliards en 2011). Le recul de l’activité économique a atteint 20% depuis 2008. Le gouvernement de Dublin a réaffirmé qu’il supprimerait 37.500 postes de travail dans le secteur public d’ici 2015.

En Espagne, le taux de chômage atteint 50% chez les jeunes. Depuis le début de la crise, 350.000 familles ont été expulsées de leur logement à cause des impayés de dette hypothécaire. En un an, le nombre de familles dont tous les membres sont sans emploi a augmenté de 300.000 pour atteindre un total de 1,7 million, soit 10% de toutes les familles d’Espagne. La situation se dégrade de manière continue dans les pays de l’ancien bloc de l’Est membres de l’UE, à commencer par ceux qui ont adhéré à l’Eurozone.

"Développement" et… baisse des salaires…

Dans le Rapport mondial sur les salaires 2012-2013 publié par l’Organisation internationale du travail en décembre 2012, les auteurs relèvent que dans les pays dits développés, entre 2008 et 2012, « les salaires ont enregistré un double creux » (c’est-à-dire en 2008 et en 2011).

C’est la seule région du monde avec le Moyen-Orient où les salaires ont baissé depuis 2008.

En Chine, dans le reste de l’Asie, en Amérique latine, les salaires ont augmenté. En Europe orientale, ils ont connu une certaine récupération après l’effondrement des années 1990.

Ce rapport permet de confirmer que l’épicentre de l’offensive du Capital contre le Travail s’est déplacé vers les pays dits les plus développés.


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