Economie

La crise de confiance s’accentue

Chute en cascade des indices boursiers

Céline Tabou / 6 août 2011

Après les Bourses asiatiques, les places européennes ont chuté à leur tour à l’ouverture sur fond d’angoisse pour l’endettement européen et la santé de l’économie mondiale en général. Les marchés boursiers sont maintenant « dans un état de panique absolue » et « ils ne bénéficient de quasiment aucun soutien, même si les actions valent désormais très peu cher », a expliqué Cameron Peacock, analyste chez IG Markets.

Craignant une dégradation de la croissance mondiale et une propagation de la crise européenne de la dette, les bourses ont connu hier, les unes après les autres, d’importantes baisses de leurs indices de référence. À la différence de 2008, lorsque la banque Lehman Brothers s’est effondrée, entrainant la chute des bourses, aujourd’hui, ce sont les dettes de l’État qui entrainent la dégringolade des marchés.

Des chiffres alarmants

Depuis un mois, le CAC 40 a enregistré jeudi sa neuvième séance de baisse consécutive en perdant 17%. De même, les places européennes ont dégringolé jeudi 4 août : le Footsie-100 de la Bourse de Londres lâche 2,72% à 5.246,39 points (contre -2,58% à l’ouverture), le Dax 30 de la Bourse de Francfort perd 2,83% à 6.233,04 points (contre -3,85%), le Bel 20 de Bruxelles est en baisse de 3,23% à 2.151,79 points (contre -3,61%).
Sous couvert d’une intervention de la Banque centrale européenne, les Bourses de Milan et Madrid évoluent à contre-courant. En Italie, le FTSE MIB est à l’équilibre : -0,04% à 16.121,33 points (contre -3,44%) tandis que l’Ibex espagnol progresse de 0,32% à 8.714,6 (contre -1,96%).
Dans la foulée de Wall Street, dont l’indice Dow Jones a perdu 4,31% jeudi soir et le Nasdaq 5,08%, les marchés asiatiques ont plongé dans la nuit de jeudi à vendredi : Tokyo a clôturé à -3,72%, la Bourse de Shanghai à -2,15%...
Face à cette situation due aux difficultés économiques aux États-Unis et dans la zone euro, les gouvernements chinois et japonais ont appelé vendredi à la coopération internationale. Le ministre des Affaires étrangères, Yang Jiechi, a souligné la hausse du risque des emprunts publics aux États-Unis. Il a appelé la première puissance économique mondiale à adopter une politique monétaire « responsable » et à protéger les investissements en dollars des autres pays. Le ministre chinois a également souhaité « améliorer la coordination entre puissances mondiales face aux risques nés des problèmes de dette aux États-Unis et en Europe ».
Seul espoir pour les économistes, les chiffres de l’emploi des États-Unis pour le mois de juillet. Selon "Les Échos", les investisseurs y chercheront des indices de l’état de santé de la première puissance économique mondiale, dont la croissance, anémique, inquiète. Les résultats sont meilleurs que prévu avec 117.000 emplois non-agricoles créés, selon le Département du Travail. Les économistes anticipaient en moyenne 85.000 créations d’emplois, entrainant une baisse du taux de chômage (9,1% en juillet).

2008-2011 : deux situations différentes

Il y a trois ans, la crise économique et financière a connu une brusque accélération avec l’effondrement de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, qui a entrainé dans la faillite bon nombre de banques américaines et européennes. Cette crise des subprimes avait alors conduit les États à soutenir les marchés financiers à hauteur, pour la France, de 360 milliards d’euros. Aujourd’hui, la crise économique et financière revient, mais le centre des préoccupations n’est plus le même. Cette fois-ci, ce sont les dettes des États qui suscitent l’inquiétude.
Actuellement, la première puissance économique mondiale, les Etats-Unis, a un déficit public dépassant les 100% du PIB. Pour leur part, les États membres de l’Union européenne tentent depuis des mois de colmater les brèches qui s’agrandissent dans les différentes économies, notamment l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, et dernièrement la Grèce, qui a reçu une seconde aide financière de plus de 100 milliards d’euros.
Tentant de rassurer coûte que coûte, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a annoncé de nouveaux achats sur le marché de la dette. Mais sa décision n’a pas apaisé les investisseurs hantés par l’envol des taux d’intérêt de deux émissions de dette en Espagne et en Italie.
Force est de constater que la perspective de la sortie de crise s’éloigne, malgré les annonces de plan d’aide pour les économies européennes et le relèvement du plafond de la dette américaine. Les marchés restent frileux et demandent plus de garanties. Or, pour le moment, la seule politique mise en place par les Européens et les États-Unis pour tenter de restaurer la confiance, c’est la limitation des dépenses pour essayer de faire baisser le poids de la dette. C’est donc l’austérité annoncée pour leurs programmations budgétaires pour les années à venir, une rigueur qui touchera surtout les travailleurs.

Céline Tabou


La Réunion concernée

La situation dans le monde et notamment en Europe aura des conséquences sur l’île. En effet, au-delà du plan de rigueur qui devrait se prolonger, La Réunion devra également compter sur les aides européennes. Elie Hoarau avait annoncé en juillet que le Parlement européen avait d’ores et déjà donné un avis favorable à la reconduction des aides financières. Reste à attendre la décision finale du Conseil européen. Il est donc important de se rassembler afin que les dirigeants de l’Europe suivent l’avis de leurs parlementaires, même si la crise s’aggrave et change la situation budgétaire.


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