Economie

La Réunion : 155560 allocataires de minima sociaux

La situation économique s’est aggravée en 2012

Manuel Marchal / 2 octobre 2013

Le bilan économique 2012 montre que l’économie actuelle est incapable de créer suffisamment d’emplois. Conséquences : la grande pauvreté et l’impasse dans laquelle s’enfonce la jeunesse.

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10.000 jeunes obtiennent chaque année leur Bac, quel emploi pour eux demain ? Face à l’inquiétude, les jeunes sont souvent en tête des manifs. D’ailleurs, l’INSEE indique clairement que l’économie est incapable de créer suffisamment d’emplois pour faire face à la croissance du nombre de travailleurs.
Photo Toniox

Le bilan économique 2012 vient d’être publié dans le hors série de la revue de l’INSEE-Réunion. La croissance est insuffisante pour répondre à la demande d’emploi, explique l’institut. C’est clairement une nouvelle illustration de l’impasse du modèle.

Chaque année, la population de La Réunion s’accroît d’au moins 10.000 personnes. Ce rythme se maintiendra pendant encore 20 ans. En ce moment, 10.000 jeunes obtiennent chaque année leur Bac. Quelques années plus tard, tous chercheront un emploi. À ces jeunes s’ajoutent ceux qui sortent du système éducatif avec un autre diplôme ou sans. Cette arrivée massive relativise tout de suite le plan de 5.000 emplois d’avenir proposé par le gouvernement.

Voici quelques semaines, l’INSEE avait rendu publique une étude réalisée en partenariat avec le Conseil général. Elle dénombrait 343.000 Réunionnais en dessous du seuil de pauvreté. La proportion de la population vivant avec un revenu inférieur à ce niveau de référence avoisinait les 42%. Cette étude avait utilisé des données récoltées avant que le RSTA ne soit remis en cause. Or, c’était justement ce complément de salaire, auquel s’additionnait la prime COSPAR, qui avait permis à des milliers de travailleurs de s’extraire de la grande pauvreté.

L’investissement s’effondre

Hier, l’INSEE a dévoilé le résultat d’une étude aussi importante. C’est le bilan économique de l’année 2012. Force est de constater que si en 2011 la situation n’était guère brillante, cela ne s’est pas amélioré en 2012.

L’INSEE constate un taux de croissance de 0,7%, contre 1,2%. À partir de là, les choses sont claires : c’est « une croissance insuffisante pour enrayer la demande d’emploi ». C’est pourquoi en 2012, le chômage a fortement augmenté.

L’investissement a aussi reculé de 5%, et la baisse d’activités du BTP s’est poursuivie.

Dans ce contexte, c’est la consommation qui a permis à l’économie de ne pas sombrer dans la récession. Elle a augmenté de 3,1% en valeur, dans un contexte d’une inflation moyenne à 1,1%.

Puisque le chômage augmente, et que l’activité de l’industrie recule, cette hausse de la consommation ne peut donc s’appuyer que sur les transferts publics. En 2012, le recyclage d’argent public venant de France en profit privé pour les entreprises françaises s’est d’ailleurs traduit par le fait que plus de 54% des produits importés viennent de France. Cette proportion affolante est à comparer avec ce qui est venu des pays de notre région : 1%.

28,5% de taux de chômage officiel

Les effets de cette crise sont payés par les plus démunis et les jeunes qui n’ont pas de travail. L’INSEE rappelle que « sous la pression du flux d’entrants sur le marché du travail et du tassement de la croissance économique, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A continue d’augmenter (+8,8% sur 12 mois). Le taux de chômage s’établit à 28,5% à la fin du premier trimestre 2012 ». La conséquence, c’est que « le nombre de bénéficiaires de minima sociaux est en forte hausse en 2012 (+3,5%) et atteint un nouveau record avec 155.660 allocataires ».

Voilà le résultat d’un système à bout de souffle au bout de 60 années d’existence. Les jeunes et les pauvres n’ont plus rien à espérer de ce cadre dépassé.

 M.M. 

Extraits du communiqué de l’INSEE


Le Produit intérieur brut (PIB) de La Réunion est estimé à 16,3 milliards d’euros en 2012. Il augmente de 0,7% en monnaie constante (en volume). La croissance est plus modérée qu’en 2011 (+1,2%), mais est meilleure qu’au niveau national (+0,0%).

Les dépenses de consommation des ménages augmentent en 2012 de 3,1% en valeur contre 3,3% en 2011 ; mais l’inflation s’est assagie, passant de +2,1% en 2011 à +1,1%. La consommation des ménages se renforce ainsi en volume (+2,0%) et constitue le principal moteur de l’activité économique en 2012. Elle contribue pour 1,2 point à la croissance. Elle est soutenue par l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages : grâce à une inflation modérée, le revenu disponible brut des ménages réunionnais progresse plus rapidement qu’en 2011 (+2,3% en volume après +1,1%). Malgré l’augmentation de la population, le pouvoir d’achat par habitant s’accroît de 1,2% après trois années très faibles, voire en recul (-0,3% en 2011). En revanche, il a diminué en France en 2012 et enregistré la plus forte baisse depuis 1984.

L’investissement recule de 5,2% en volume en 2012. Cette baisse s’explique exclusivement par l’absence d’achat d’avion de ligne en 2012. Hors avions, l’investissement augmente de 1,3%, une croissance positive, mais très inférieure à celle de 2011 (+4,6%) et bien loin du niveau d’avant-crise qui approchait les +9% par an.

La situation demeure préoccupante dans la construction. L’investissement en produits du BTP (logements, bâtiments, travaux publics) est estimé en baisse de 1,4% en volume. La baisse d’activités dans le BTP concerne essentiellement les travaux publics, le logement restant malgré tout bien orienté.

Après une très bonne année 2011, la fréquentation touristique est décevante. Le nombre de touristes accueillis sur l’île recule de 5% en 2012 et leurs dépenses chutent de 9%.

Les exportations augmentent. Leur montant progresse de 2,7% en volume après avoir été stable en 2011. La Réunion exporte essentiellement des produits agroalimentaires (60% des exportations), en particulier du sucre et des produits de la pêche.

L’emploi salarié marchand augmente de 1,9% après +3,0% en 2011. Les services et l’industrie portent l’emploi, les effectifs diminuant dans le secteur de la construction. Sous la pression du flux d’entrants sur le marché du travail et du tassement de la croissance économique, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A continue d’augmenter (+8,8% sur 12 mois). Le taux de chômage s’établit à 28,5% à la fin du premier trimestre 2012. Signe de ces difficultés, le nombre de bénéficiaires de minima sociaux est en forte hausse en 2012 (+3,5%) et atteint un nouveau record avec 155.660 allocataires.

RSTA : 54 millions d’euros en 2012


Les montants versés par l’assurance chômage atteignent un nouveau record. Avec une augmentation de 9,1%, ils culminent à 534 millions d’euros. Cette hausse résulte de la dégradation du marché du travail, avec plus de 12.000 demandeurs d’emploi supplémentaires en 2012. Alors qu’il s’était stabilisé en 2011, le nombre de demandeurs d’emploi indemnisés s’accroît de 8,2%.

Le Revenu supplémentaire temporaire d’activité (RSTA) complète les revenus bruts mensuels inférieurs ou égaux à 1,4 SMIC. Des conditions d’attribution plus restrictives font chuter les montants distribués. Ainsi, 54 millions d’euros ont été versés en 2012, soit une baisse de 29% par rapport à 2011.

Le montant des retraites versé en 2012 poursuit sa forte croissance (+7,2% après 7,1% en 2011). Il atteint 1,25 milliard d’euros en 2012.

Les pauvres, les plus grands perdants


Si les prix augmentent en moyenne de 0,9% pour l’ensemble des Réunionnais, certaines catégories de ménages sont plus touchées par l’inflation. Des postes de dépenses, qui ont une place prépondérante dans leur budget comparativement à la moyenne des Réunionnais, augmentent plus vite que l’inflation.

Les 10% des ménages les plus pauvres sont les plus touchés (1,2% d’inflation). Ils sont pénalisés par leurs dépenses en pain, alcool ou tabac, qui ont un poids proportionnellement plus élevé dans leur budget. Comme les personnes seules, ils sont également pénalisés par leurs dépenses de logement (loyer, eau, électricité et charges). Les ménages les plus modestes profitent peu de la baisse des prix des vêtements et des meubles, puisqu’ils en consomment moins que la moyenne des ménages réunionnais. Les couples avec deux enfants (1,1% d’inflation en 2012) sont quant à eux désavantagés par leurs dépenses en réparation de logement.


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