Economie

La Réunion va-t-elle rater le train de l’économie numérique ?

Alors que des milliers d’emplois peuvent être créés

Manuel Marchal / 11 décembre 2014

Deux semaines après les Réunionnais de Zeop, le groupe français Orange a présenté un autre investissement pour la connexion en fibre optique. Mais un seul câble relie l’île au monde. Depuis l’abandon du projet du câble RAVENAL permettant de faire baisser significativement le coût d’accès à Internet, l’économie numérique a progressé. L’OCDE vient en effet de dévoiler un rapport sur l’évolution de l’utilisation de l’Internet dans les pays développés. La Réunion sera-t-elle à l’écart de ce mouvement ?

Le 20 novembre dernier, Zeop a annoncé un investissement de 70 millions d’euros pour que la moitié des foyers réunionnais puissent être raccordés à la fibre optique d’ici 2 ans. Toutes les communes sont concernées. Mardi, Orange a dévoilé un plan pour connecter la moitié des abonnés de Saint-Denis à la fibre optique. Ce mode de transmission des données ouvre la voie au très haut débit, 10 fois la vitesse de l’Internet en ADSL le plus performant aujourd’hui à La Réunion.
Nassir Goulamaly, président de Zeop, avait précisé que pour un euro investi dans la fibre optique, ce sont 6 euros de PIB qui sont créés. Ainsi le très haut débit ouvre la voie à de nouveaux usages.
C’est justement sur ce dernier point que porte une étude publiée hier par l’OCDE. Le rapport Measuring the Digital Economy relève que « dans les pays de l’OCDE, la proportion d’internautes est passée de moins de 60 % de la population adulte en 2005 à environ 80 % en 2013, atteignant 95 % chez les jeunes, avec de forts contrastes tant au niveau national qu’international. En 2013, plus de 90 % des habitants du Luxembourg, des Pays-Bas, des pays nordiques et de la Suisse avaient accès à l’internet, contre 60 % tout au plus en Grèce, en Italie, au Mexique et en Turquie. »

Jeunes et mobiles

Cet outil façonne une génération qui a d’autres repères : « les jeunes de 15 ans consacrent en temps normal environ trois heures par jour à l’internet, qu’ils sont en outre plus de 70 % à utiliser à l’école. »
Pour les autres se pose alors un problème de formation. Dans l’Union européenne, 60 % des actifs pensent que leurs compétences en informatique sont insuffisantes pour un nouvel emploi. 30 % des chercheurs du secteur privé sont dans les TIC, mais seulement 3 % des diplômés de l’enseignement supérieur ont un diplôme en informatique.
Internet est ainsi entré dans la vie quotidienne, car « dans les pays de l’OCDE, pas loin de la moitié des individus achètent des biens et des services en ligne ; de plus, près de 20 % le font depuis un appareil mobile en Corée, au Danemark, au Royaume-Uni et en Suède. ».
Cette progression s’accompagne d’un saut technologique. Dans les pays en voie de développement, c’est le passage direct à Internet mobile haut débit : « le haut débit mobile est aussi largement répandu dans bon nombre de pays émergents et d’économies moins avancées. Ainsi, en Afrique subsaharienne, le nombre d’abonnements a bondi de 14 millions à 117 millions entre 2010 et 2013. »
Cette tendance est confirmée dans les pays de l’OCDE : « en décembre 2013, près de trois personnes sur quatre disposaient d’un accès internet à haut débit via leur abonnement de téléphonie mobile. »
C’est donc un autre usage de l’Internet qui se développe. Selon l’OCDE, « en moins de deux ans, le nombre de pages consultées depuis un appareil mobile ou une tablette est passé de 15 à 30 % du total des consultations. En 2013, plus de 75 % des utilisateurs actifs de Facebook se sont connectés à ce réseau social depuis un appareil mobile. »

60 % de productivité en plus

Cette technologie a une traduction sur un plan économique : « en 2012, les industries de l’information représentaient approximativement 6 % de la valeur ajoutée totale, 4 % environ des emplois et 12 % des investissements fixes dans la zone de l’OCDE. La productivité du travail dans le secteur de l’économie de l’information est supérieure à la moyenne de quelque 60 %. ». Comparé aux autres secteurs, celui des TIC « affichait entre 2009 et 2012 une meilleure tenue que le reste de l’économie en termes d’augmentation nette du nombre d’entreprises, parmi lesquelles la part des entreprises à moyenne et forte croissance était relativement importante. Le taux de survie des nouvelles entreprises y était également plus élevé que dans les industries manufacturières et les services. » En conséquence, ce secteur a mieux résisté à la crise économique mondiale.
« L’emploi total a été plus ébranlé par la crise que l’emploi dans les professions liées aux TIC. De 2003 à 2013, ce dernier a vu sa part progresser d’au moins 25 % en Australie et au Canada, de 15 % environ aux États-Unis et de 16 à 30 % dans les pays européens de l’OCDE ». Mais « différentes études mettent toutefois en lumière de possibles effets délétères des TIC sur l’emploi, conséquences des progrès de l’automatisation et de l’apprentissage automatique. »
En même temps, le développement du haut-débit a ouvert l’accès au savoir. « En 2013, 9.3 % des internautes ont suivi un cours en ligne dans l’un des 30 pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles, et des centaines d’établissements universitaires dispensent désormais gratuitement des programmes et des cours en ligne (MOOC). »

4 années de perdues

Ces données soulignent donc pour La Réunion tout l’intérêt d’accélérer l’équipement en fibre optique. Ce développement reste malgré tout entravé par le coût de la connexion au câble SAFE, lien de notre île avec le monde.
Une alternative bien plus puissante existe dans notre région, c’est le câble EASSY. Avant 2010, la Région soutenait le projet RAVENAL, un câble permettant à La Réunion d’être branchée sur Madagascar et donc EASSY. Tout a été remis en cause par l’arrivée de Didier Robert à la Région.
Ce sont donc 4 années de perdues qu’il sera chaque jour plus difficile de rattraper. La Réunion a pourtant à sa portée un moyen de développer un secteur créateur d’emplois. Va-t-elle rater le train et s’enclaver comme lors du transfert de la route des Indes par le Canal de Suez ?

M.M. avec OCDE


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