Economie

Le G-24 pour plus d’implication de la Banque mondiale contre la pauvreté

Une autre vision des effets de la crise

Témoignages.re / 26 avril 2010

Le G-24, instance de coordination du G-77 auprès des organisations financières internationales, a exhorté vendredi la Banque mondiale (BM) à s’impliquer davantage pour venir en aide aux pays en voie de développement dans leur lutte pour la réduction de la pauvreté. Le G-24 comprend notamment l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud.

« Les ministres du G-24 ont réaffirmé que la fonction principale de la Banque doit demeurer la lutte pour la réduction de la pauvreté », a indiqué le G-24 dans un communiqué publié à la fin de leur 83ème réunion ministérielle, tenue au siège de l’institution à Washington sous la présidence de Guido Mantega, Ministre des Finances du Brésil, assisté de Pravin Gordhan, Ministre des Finances de l’Afrique du Sud, Premier Vice-président, et de Arvind Virmani, Administrateur du FMI pour l’Inde, Deuxième Vice-président.
Les ministres du G-24 ont également déclaré que la Banque mondiale (BM) a un rôle important à jouer dans l’atténuation des conséquences de la crise financière et économique mondiale.
Les ministres ont également exhorté la Direction de la BM « à évaluer et à satisfaire les besoins en assistance financière et technique de tous les pays en voie de développement sur la base de leurs mérites sur le plan économique et du développement ».
Le G-24 a souligné que le groupe de la BM devrait être guidé par « la complémentarité plutôt que par l’exclusivité ». Pour les Vingt-Quatre, « la spécificité et la division du travail au sein des banques multilatérales de développement devraient, en définitive, être fonction de la demande individuelle formulée par chaque pays ».
Le groupe intergouvernemental a également souligné l’importance d’accroître l’appui du groupe de la BM au commerce Sud-Sud, à l’investissement et à la coopération.

Contre les subventions dans les pays développés

Les ministres ont exhorté les pays développés à abandonner les mesures protectionnistes et les autres formes de restriction dans le commerce, les investissements et les services de la main d’œuvre qui, selon eux, compromettent la croissance et la stabilité dans le monde.
Ils ont également réitéré l’urgence de parvenir à un accord sur l’Agenda de Doha pour le développement pour faire face aux besoins des pays en voie de développement, en particulier l’amélioration de leur accès aux marchés et la suppression des subventions accordées à leurs produits par les pays développés.
D’après le G-24, les conséquences de la crise économique seront durables et plusieurs pays en voie de développement vont continuer à connaître des restrictions des investissements étrangers, qui pourront être aggravées par l’augmentation des besoins d’endettement dans les pays développés.
La Banque mondiale a incité les principaux pays développés à respecter les engagements déjà pris pour venir en aide aux pays en voie de développement.


Une instance de coordination du G-77

Le G-24 a été créé en 1971 par le G-77 pour uniformiser les positions des pays en voie de développement sur les questions monétaires, financières et de développement au niveau mondial.
Les réunions du G-24 ont généralement lieu deux fois dans l’année. Cette année, elles se tiennent en prélude aux rencontres annuelles de la Banque mondiale et du FMI, prévues samedi et dimanche à Washington.

Les membres du G-24 sont l’Algérie, Argentine, Brésil, Colombie, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Egypte, Ethiopie, Gabon, Ghana, Guatemala, Inde, Iran, Liban, Mexique, Nigéria, Pakistan, Pérou, Philippines, Afrique du Sud, Sri Lanka, Syrie, Trinité et Tobago, Venezuela.


Propositions du G-24

Voici le détail de quelques résolutions annoncées dans le communiqué publié par le G-24 :

• Pour l’ouverture des marchés
« Les ministres invitent instamment les pays développés à éviter les mesures protectionnistes et toute autre forme de restriction à la libre circulation des biens, des capitaux, des investissements et de la main-d’œuvre afin de ne pas compromettre la croissance et la stabilité mondiales. Ils réaffirment qu’il est important de faire aboutir au plus vite le cycle du développement de Doha en veillant à répondre aux besoins des pays en développement, en particulier avec un meilleur accès aux marchés et la suppression des subventions agricoles des pays avancés ».

• Pour une nouvelle gouvernance du FMI
« La légitimité, la pertinence et l’efficacité du FMI dépendent avant tout de la correction du déséquilibre de la participation et de la représentation. Les ministres rappellent qu’ils souhaitent un report de 7% des quotes-parts des pays développés aux pays en développement. Ce rééquilibrage doit certes se faire principalement au profit des pays émergents et en développement dynamiques, mais non aux dépens des autres pays en développement. Il convient en particulier de protéger le pouvoir de vote des pays à faible revenu. Les ministres soulignent qu’il est important de remédier aux défauts de la formule de calcul actuelle avant qu’elle puisse servir à guider solidement le réalignement des quotes-parts.
Ils appellent en particulier de leurs vœux des ajustements visant à mieux prendre en compte le rôle grandissant et la contribution à la croissance des pays émergents et en développement (en donnant plus de poids au PIB calculé à parité de pouvoir d’achat), à cerner plus précisément les besoins potentiels des emprunteurs (en mesurant convenablement la variabilité) et à remédier au biais résultant des distorsions dans le calcul de l’ouverture commerciale. Les ministres sont convenus de continuer à œuvrer à la ratification rapide de la réforme de 2008 des quotes-parts et de la participation ».

• Pour une nouvelle gouvernance de la Banque mondiale
Les ministres soulignent que des efforts soutenus et ambitieux pour remédier au déficit de démocratie dans la structure de gouvernance sont essentiels pour la légitimité et l’efficacité de la Banque mondiale. Une formule dynamique et robuste, qui tient compte de l’évolution du poids économique des pays et des contributions des pays en développement et en transition, y compris des emprunteurs et des clients, à la mission de développement de la Banque mondiale, est nécessaire pour guider la réforme à long terme. Les ministres sont favorables à un processus de réexamens réguliers de l’actionnariat. Ils sont d’avis que le prochain réexamen doit suivre un calendrier ambitieux et déboucher sur une répartition des voix qui assure la parité entre pays développés et pays en développement.

• Pour une meilleure représentativité dans le FMI et la Banque mondiale
Les ministres lancent un nouvel appel pour que les dirigeants du FMI et de la Banque mondiale soient sélectionnés exclusivement sur la base d’un processus ouvert, transparent et basé sur les compétences, sans considération de nationalité, à compter des prochaines nominations.
Le même processus devrait s’appliquer pour la sélection des cadres supérieurs, en tenant dûment compte de la diversité régionale. Les ministres appellent aussi à une plus grande diversité du personnel — au niveau de la nationalité, du sexe, de l’éducation et de l’expérience —, en particulier pour faire face à la grave sous-représentation de certaines régions et pays.


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