Economie

Le MEDEF-Réunion soutient-il la délocalisation du patrimoine économique réunionnais ?

Transaction entre les dirigeants d’Edena et ceux de Marbour

Céline Tabou / 5 février 2011

L’irruption du président du MEDEF-Réunion dans le débat sur la vente d’Edena au groupe Marbour contraste avec son silence lors de la vente par Marbour de ses parts dans le Groupe Quartier Français ce qui a rendu possible la cession des dernières usines sucrières à une coopérative de planteurs de betteraves en France. Curieuse manière de lutter contre la délocalisation du patrimoine économique réunionnais.

Le MEDEF (Mouvement des entreprises de France), en la personne de Yann De Prince, a exprimé son inquiétude si ce n’est son « agacement » vis-à-vis de « l’intrusion systématique de la municipalité portoise dans l’opération de rachat de la société Edena par le groupe Marbour ». Dans un courrier officiel adressé au maire du Port, Jean-Yves Langenier et communiqué au “Journal de l’île”, Yann De Prince fustige la position du maire. Selon le président du MEDEF-Réunion, la Mairie du Port manque de « réalisme », notamment quand le « contexte national », autrement dit le gouvernement, « nous impose aujourd’hui d’accompagner nos entreprises vers de nouveaux modèles de développement compte tenu de la réduction des transferts publics » mis en place par la loi de finances présentée par François Baroin, ministre du Budget et Christine Lagarde, ministre de l’Économie.
Désireux de protéger les emplois dans sa commune, le maire a indiqué dans un communiqué publié mercredi dans la presse que les nouveaux enjeux qui régissent les relations économiques internationales dictées par la mondialisation s’attaquent également à La Réunion. Les effets pervers de la globalisation des échanges conduisent à la suppression de milliers d’emplois partout dans le monde, mais aussi à La Réunion, où le projet de vente de la société Edena au groupe familial Marbour s’inscrit dans ce contexte. « Ainsi, la société Edena, un des fleurons de l’industrie réunionnaise, ne risque-t-elle pas de se retrouver sous la coupe de capitaux extérieurs, perspective plausible si l’on se réfère au sort qu’a connu la Société sucrière de Quartier Français (SSQF) ? ». Car le dans le cas de la SSQF, Jean Bourdillon (patron de Marbour) a cédé ses parts à Téréos, groupe international de l’industrie agro-alimentaire, permettant à ce dernier de prendre le contrôle de l’industrie sucrière à La Réunion.
En réponse à cette déclaration, Yann De Prince a indiqué : « Nous luttons avant tout pour pérenniser les activités locales, en faisant en sorte que les emploies soient maintenus au maximum ». Cette déclaration entre en contradiction avec les transactions faites entre Jean Bourdillon et le groupe Tereos, qu’a fait Yann De Prince pour sauver les dernières usines sucrières de l’île d’une prise de contrôle par un groupe extérieur ?
Pérenniser l’activité réunionnaise reviendrait donc à rejeter l’offre de Marbour, qui n’a pas hésité à vendre ses parts à Tereos, lors du rachat de Quartier Français. L’inquiétude de la commune du Port vient de ce précédent. Si Marbour rachète Edena, Jean Bourdillon pourrait tout aussi bien revendre la société à Tereos, ou un autre grand groupe international, dont les capitaux reviendront à l’étranger, plutôt qu’aux Réunionnais. « Les élus sont inquiets sur la gestion purement financière du groupe Marbour et sur le risque de délestage au profit d’un autre groupe, comme cela a été le cas avec Téréos. Notre seul souhait est de maintenir une certaine stabilité économique et la pérennité des emplois. C’est pourquoi nous portons un regard très attentionné sur Edena », a expliqué Jean-Luc Caro, DGS à la mairie du Port, au “JIR”, le 2 février.
Que cherche le président du MEDEF en affirmant que « pour se développer, notre économie a besoin d’attirer des investissements et des capitaux extérieurs ». Mais dans le cas du transfert des usines vers Tereos, c’est le patrimoine économique de La Réunion qui est parti dans d’autres mains. L’irruption du président du MEDEF dans le débat, alors qu’il était resté silencieux lors de la vente des usines sucrières à Tereos, suscite des interrogations (voir encadré).

Céline Tabou


L’intrusion du MEDEF dans la vente d’EDENA : un manque élémentaire de réalisme.

Les tractations engagées à propos de la vente d’Edena prennent une nouvelle tournure avec l’intrusion du MEDEF qui, selon le “JIR” de jeudi, a adressé une lettre au maire du Port lui demandant de faire preuve de « mesure » et de « réalisme ».
Si cette information se vérifie, cela voudrait dire que le MEDEF n’applique pas à lui-même des principes auxquels il se réfère. Il finit par porter préjudice à ses amis. Simple rappel.
Tout le monde se souvient qu’il y a encore peu, notre île avait 2 usines de production d’eau : Edena et Bagatelle. Cette dernière tient son nom de l’endroit où l’usine était implantée, sur le territoire de Sainte-Suzanne. Elle produisait également les berlingots Solpak. Cette réalisation exemplaire a connu les affres de la concurrence de la grande distribution et autres coups bas. Edena s’est portée acquéreur de l’usine de production d’eau Bagatelle qui était son seul concurrent. Où se trouve l’usine, aujourd’hui ? Où sont les travailleurs ? Revenue en position de monopole, Edena produit également Bagatelle, à La Possession, après avoir démantelé l’unité de production.
Quand le MEDEF déclare au Maire du Port : « nous luttons avant tout pour pérenniser les activités locales, en faisant en sorte que les emplois soient maintenus aux maximums », c’est à mourir de rire !
Quant aux consommateurs réunionnais, ils apprendront que des mêmes sources, une eau est vendue 50% plus cher que l’autre. Cette concentration de l’eau de table n’a pas résisté face au réalisme économique d’autres entrepreneurs qui ont produit Cilaos, une pétillante embouteillée dans le cirque et Australine, produite à Saint-Philippe. Les 2 derniers nés montrent que l’usine de Bagatelle pouvait bien survivre… Le réalisme du maire de Sainte-Suzanne qui voulait pérenniser « l’activité et l’emploi » n’a pas tenu longtemps devant le manque de « mesure » des opérateurs économiques, certains sont encore membres du MEDEF !

Alors que tout le monde se demandait pourquoi le groupe Quartier Français, un fleuron du savoir-faire réunionnais, en pleine croissance, a été vendu à une coopérative de planteurs de betteraves français TEREOS, c’est M. Bourdillon qui déclare que le groupe Marbour a vu là une opportunité pour se faire du cash. Dès lors, tout le Groupe Quartier Français va voler en éclat, et ses différentes divisions industrielles découpées et vendues aux plus offrants, comme un vulgaire poulet qu’on passe à la découpe. Ça, c’est du réalisme… ?
Conclusion : nous avons connu l’époque où des patrons se croyaient propriétaire, non seulement, du capital, mais aussi du personnel et de leurs opinions. Nous croyons cette période révolue. Le MEDEF innove en revenant en arrière. Qui peut nier les efforts que la commune du Port a consacrés en investissements publics pour offrir aux entreprises de bonnes conditions d’accueil et de développement. Dans le cas présent, la commune est propriétaire des sources et donc un acteur majeur de la transaction en cours. Ce qui n’est pas le cas du MEDEF dont l’intrusion ouverte relève d’un manque élémentaire de réalisme.


Réalisme bis

Quand le président du MEDEF évoque un nouveau modèle de développement des entreprises du fait d’une réduction des transferts publics, il oublie de préciser que cette réorientation n’est pas la conséquence de la crise, mais de décisions politiques.
Quand 10.000 emplois sont supprimés dans le BTP, c’est à cause de Nicolas Sarkozy et de Didier Robert, c’est-à-dire des amis politiques de Yann Le Prince. Ce dernier n’avait en effet pas fait mystère de ces préférences dans la campagne des régionales. Ce qui explique sans doute pourquoi il a été si discret lors de la démolition du tram-train et de la nouvelle route du littoral.
Alors où est donc le réalisme tant vanté par le président du MEDEF-Réunion ?


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