Economie

Le SRI : une technique rizicole révolutionnaire

Inventée à Madagascar sous la direction du père jésuite Henri de Laulanié

Georges Gauvin / 6 juin 2015

J’ai déjà évoqué, dans un article publié la semaine dernière dans Témoignages de cette invention géniale réalisée à Madagascar par des étudiants et des paysans malgaches sous la direction du père jésuite Henri de Laulanié. La semaine dernière il s’agissait de décrire comment des terres salées avaient été récupérées au Sénégal et comment la technique du riz SRI y avait grandement contribué. J’évoque à nouveau cette question pour que nos lecteurs, pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait, extirpent de leur esprit cette idée d’un peuple malgache arriéré et incapable de se sauver lui-même. Car, si le monde arrive un jour à vaincre la famine, malgré les dérèglements climatiques, je pense qu’il le devra à cette géniale invention faîte à Madagascar, dans la région d’ Antsirabé.

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« Le SRI permet aux paysans de produire davantage que ce dont ils ont besoin, ce qui augmente leurs revenus ».

Depuis son arrivée à Madagascar au début des années 1960, le père Henri de Laulanié a travaillé étroitement avec les paysans malgaches, des stagiaires et des étudiants. Il leur a d’abord enseigné la pratique du système de riziculture améliorée ou SRA. Cette méthode a été vulgarisée dans les années 1960. Elle consiste à mettre en terre des plants de riz âgés de 30 jours et d’ assurer jusqu’à la moisson une rentrée d’eau suffisante. Mais le rendement moyen était de 2t/ha. C’est à partir de cette pratique qu’un nouveau système à plus haut rendement a été découvert.

Du SRA (système de riziculture améliorée) au SRI (système de riziculture intensive)

Cette technique va révolutionner le monde de la riziculture dans le monde entier. Elle prendra plus tard le nom de SRI, abréviation de Système de riziculture intensive. Les pays du Sud – Est asiatique et d’Afrique l’adoptent, ainsi que Cuba Leur production augmente considérablement. A Madagascar, le nouveau système a du mal à s’imposer. Il faut l’obstination des membres de l’ATS, héritiers de l’œuvre du Père défunt pour que les premiers résultats apparaissent. Aujourd’hui, la production des adeptes du système atteint jusque dans les 20t/ha. Un exploit quand on sait que la moyenne nationale de production rizicole ne dépasse hasard.pas les 2,5t/ha.

Une découverte due en partie au hasard

En 1983, la sécheresse menace le pays. Le père de Laulanié conseille alors à ses étudiants du centre de formation d’Antsirabe de repiquer des plants de riz âgés seulement de 15 jours (au lieu des 30 jours pour le sra), croyant que lorsque la pluie viendrait, les plants auraient atteint la maturité voulue. Personne n’a cru à la réussite. Les résultats sont inattendus. Chaque plant mis en terre donne 20 à 30 épis alors qu’avec le système habituel, on n’obtient que 10 épis seulement. Cette découverte, accidentelle n’est pas immédiatement reconnue. Loin de s’en formaliser, le Père et ses disciples poursuivent leurs travaux et mettent en terre des plants encore plus jeunes : âgés de 12, de 10, voire de 8 jours. Ceux qui adoptent la méthode voient leur production doubler pour le moins.

Le SRI d’abord conçu comme une philosophie

Le riz est une plante qui doit être respectée et entretenue comme un être vivant ayant une forte potentialité. Cette dernière ne se réalisera que si on fournit aux plants de les meilleures conditions pour leur croissance. Si on les aide ainsi à bien pousser avec des moyens nouveaux et meilleurs, ils vous récompenseront pour les efforts produits et le temps passé à les soigner.

Les plants ne sont pas des petites machines : on ne doit ni les forcer, ni les manipuler ni les manipuler ni faire d’autres gestes qui ne seraient pas naturels pour eux. Certains gestes qui ont été faits jusqu’ici depuis des centaines d’années par des paysans à Madagascar et d’autres pays du monde pour planter le riz ont malheureusement réduit la potentialité naturelle du riz. Ce nouveau système d’intensification du riz change la pratique traditionnelle de la riziculture en rendant au riz ses potentialités.

Quelques éléments de ce choix philosophique

La règle générale fondamentale repose sur le principe de l’agriculture biologique avec fertilisation au compost et au fumier donc pas d’insecticides ni d’engrais chimiques.
Les semences sont préparées avec l’élimination des graines qui remontent à la surface d’un bain d’eau tiède où elles restent une journée et maintien des semences pendant trois jours dans un environnement tiède et humide (au soleil dans un torchon mouillé à plusieurs reprises).

La pépinière se situe à proximité du champ : les graines sont semées sur un sol léger (terre+sable) avec une couverture de sable d’1cm environ. La pépinière est paillée pour éviter que les oiseaux ne viennent fouiller pour dérober les graines. La paille sert à garder le sol humide ainsi qu’à protéger le semis contre les pluies violentes. La paille est retirée lorsque les pousses sortent de terre(au bout de quatre jours). Après 4 jours encore environ les plants à deux feuilles sont bons pour le repiquage(elles mesurent alors à peu près 12 cm).

Le repiquage se fait en ligne à raison d’un plant tous les 30 à 35 centimètres : on utilise beaucoup ce moins de semences comme on l’a vu ci-dessus (750gr pour 4 ares contre 4 kilos en culture traditionnelle) Le repiquage se fait dans une boue onctueuse ni trop fluide ni trop compacte. Les espacements de lignes sont suffisants pour laisser passer une houe. Pour protéger les plants contre les rats l’agriculteur prépare une poudre de noyau d’avocat mélangée à de la nourriture appréciée par les rongeurs, très efficace contre eux...

Le résultat lorsque la méthode est bien mise en application est le suivant : autour de douze à vingt tonnes à l’hectare contre 2 à 2,5 tonnes en moyenne pour la méthode traditionnelle. Une graine de semence donne 15.000 grains de paddy, soit 4,5 kilogrammes de riz sur 4 m².

Le changement nécessaire des mentalités

Malgré les résultats bien meilleurs avec la technique SRI qu’avec la méthode traditionnelle les paysans ont rechigné à adopter la nouvelle méthode : on lui faisait le reproche d’une activité plus importante et plus cadrée, ainsi pour la pré-germination, l’ensemencement (directement dans l’eau avec la méthode traditionnelle), la gestion de l’eau, la protection contre les rongeurs… Pour diffuser la méthode du SRI, l’association Tefy Saina décide de créer des villages-écoles pilotes dans diverses régions de Madagascar. Il s’agit d’y mettre en œuvre tous les projets de développement initiés par l’association.

Pour stimuler les producteurs ceux-ci sont primés par le Ministère de l’Agriculture. Leurs exploits sont rapportés en Chine lors des conférences internationale et sont publiés dans le monde entier grâce aux informations transmises par Tefy Saina et CIIFAD (Cornell University).

NB On notera que pour les inventeurs malgaches considèrent le SRI comme patrimoine mondial et se prêtent de bons gré à des formations dans les autres pays du monde ce qui est évidemment opposé au système des brevets et dénotent de leur générosité.


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