Economie

Le Système de Riziculture Intensive au Sénégal

Une réponse aux changements climatiques des producteurs de la Région de Fatick

Témoignages.re / 30 mai 2015

Au séminaire du PCR le samedi 16 mai, j’ai eu l’occasion et l’honneur de consacrer mon temps d’intervention à l’autosuffisance alimentaire. A cette occasion j’ai dit que le paradoxe de la cuisine réunionnaise résidait dans le fait que, pays agricole, nous ne consacrions pas un seul pouce de notre terroir à la culture du riz mais j’ai dit également que dans le passé, on avait cultivé du riz chez nous, et que nôtre terroir n’était nullement disqualifié pour porter en son sein cette culture magnifique qu’est le riz. Il n’y a pas longtemps un bon camarade m’a fait parvenir des informations sur un riz hybride quasiment miraculeux, non OGM, produit en Chine et je m’en servirai pour une chronique ultérieure. Aujourd’hui j’ai l’intention de proposer à Témoignages des extraits d’un article publié par Amadou Baldé – expert agronome africain. Il porte sur l’introduction dur riz SRI au Sénégal à la suite du déreglement climatique dans la région : un sujet de réflexion à une heure où cette question devient, à juste titre, un sujet d’inquiétude pour le monde entier.

Georges Gauvin

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C’est à Madagascar qu’est né le SRI.

La région de Fatick couvre 8 675 Km² avec une superficie agricole utile estimée à 395 400 Ha ; les terres salées (tannes) représentent le tiers de la superficie régionale. L’une des principales activités des populations reste l’agriculture qui est essentiellement pluviale et donc soumise, par conséquent, aux aléas climatiques. La région a connu des périodes favorables à cette activité jusqu’aux années 1970 durant lesquelles on a noté un début de déficit pluviométrique important avec comme conséquence, une remontée du sel dans plusieurs vallées sur lesquelles se pratique la riziculture. Le riz ayant une place de choix dans l’alimentation des populations, le déficit de l’offre par rapport à la demande est résorbé par des importations, de plus en plus, importantes.

La salinisation, la dégradation et l’appauvrissement des sols.

Les changements climatiques survenus depuis les années 1970 ont entraîné des déficits en eau, la salinisation et l’acidification des terres de culture. Les principales causes de ces transformations sont la sécheresse, l’évaporation très élevée, la déforestation, la topographie et la relative proximité de la mer. Il s’ en est suivi une fragilisation des écosystèmes, une action négative sur les activités agricoles de manière générale et particulièrement la culture du riz et contribué fortement à l’appauvrissement de la population. Face à cette situation, il est devenu urgent d’apporter une réponse adéquate au plus haut niveau et des changements d’attitudes et de comportements à tous les niveaux et particulièrement au niveau local.

Maîtrise de l’eau et petite irrigation locale(PAPIL)

C’est la raison pour laquelle le Gouvernement du Sénégal, a adopté une politique de maîtrise de l’eau basée sur une gestion durable des ressources et selon le principe de meilleure gestion des Ressources en eau. Le Projet d’Appui à la Petite Irrigation Locale (PAPIL) a été conçu pour contribuer à la mise en œuvre de cette politique. Ce projet de lutte contre la pauvreté en milieu rural et contre l’insécurité alimentaire vise à développer la Petite Irrigation à l’échelle locale.

Le PAPIL intervient dans la région de Fatick depuis 2006, Il vise essentiellement à récupérer les terres salées et à protéger les terres menacées par la salinisation et accompagne les populations dans leur valorisation en tenant compte des expériences passées.

Le PAPIL a ainsi mis en place une dizaine d’ouvrages qui ont permis entre autres de récupérer plus de 2000 ha de terres salées.

La valorisation de ces terres récupérées qui a nécessité des changements de comportements et de modes de production a orienté les populations agriculteurs appuyées par le PAPIL vers le Système de Riziculture Intensive (SRI

Qu’est-ce que le SRI ?

Le SRI a été introduit pour la première fois en 1983/1984 par un prêtre jésuite du nom de Henri De Laulanie installé à Madagascar. Cette année là, il met au point, de manière accidentelle, avec ses étudiants une nouvelle technique agricole. La sécheresse et le retard accusé par les premières pluies les ont obligés à repiquer des plants de riz de quinze jours dans des poquets comprenant un seul brin et disposés de façon très espacée. Les résultats obtenus furent spectaculaires ; les jeunes plants se sont très vite développés et ont donné parfois jusqu’à 20 épis.

L’expérience est reproduite au cours de la campagne suivante dans les mêmes conditions pédoclimatiques mais cette fois avec des plants plus jeunes (9, 10, et 12 jours). Le résultat est encore plus étonnant. Le nombre d’épis par plant est de 60 à 80 malgré la faible quantité d’eau disponible. Il ressort ainsi de cette expérience que le nombre d’épis de riz augmente au fur et à mesure qu’on utilise des plants plus jeunes. Partant de ces expériences, il pousse la recherche pour mieux comprendre le cycle et les conditions pour le développement optimal des plants de riz. Le Système de riziculture Intensive (SRI) ou SARI (système agro écologique de riziculture intensive) est né.

Fondé sur des techniques innovantes simples, une utilisation rationnelle de l’eau et des semences, le SRI se pose comme un système de riziculture alternatif très adapté pour les paysans pauvres en ressources. Il permet une productivité de 20 t /ha dans les conditions optimales au moment où les systèmes traditionnels n’en permettent pas plus de 2t/ha à Madagascar.

Révolution dans la culture du riz au Fatick

Conscient des potentialités du système SRI et de la nécessité d’une valorisation optimale des ouvrages mis en place pour récupérer ou protéger les terres de culture de la salinisation, le PAPIL a très tôt vulgarisé la méthode SRI au niveau des différentes vallées dans la région de Fatick.
Pour cela, les actions suivantes ont été réalisées :

· La maîtrise du SRI par le personnel de l’Antenne du PAPIL grâce à un atelier.
· Le renforcement des capacités des producteurs ayant adhéré à la méthode de production SRI ;
· L’appui des agriculteurs dans le labour, l’aménagement des parcelles et l’obtention de semences
· Un suivi rapproché des producteurs et des parcelles pour le respect des itinéraires techniques. Ce suivi a été réalisé dans le cadre du protocole de partenariat avec l’Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural (ANCAR).

Dissémination du SRI : des succès indéniables

Le SRI, comme nouvelle technologie de production de riz est mis en démonstration sur certaines vallées de la région de Fatick en comparaison avec des parcelles témoins.
Ce résultat montre que le système de production SRI a permis d’augmenter les rendements de 50 à 100 % et souvent plus, avec une réduction de la quantité d’eau, de semences et d’engrais utilisés. Ce qui a fait dire à Wagane faye, producteur de riz de Keur A. Gueye : « Nous avons toujours eu la conviction que l’inondation permanente et les engrais minéraux dont le NPK et l’Urée étaient indispensables pour produire du riz. Voilà que ce nouveau système de production vient nous prouver que, non seulement, il est possible de produire du riz sans engrais minéral mais également que l’on peut multiplier le rendement par 2 ou plus ».

Source : AGRIDAPE | volume 29 n°1 | Avril 2013


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