Economie

« Le terrain de jeu de La Réunion, c’est le monde »

La recherche appliquée, un gisement d’emplois

Témoignages.re / 1er août 2013

Dans sa dernière Newsletter, la Technopole donne la parole à Jean-Pascal Quod, directeur de l’Agence pour la Recherche et la Valorisation marines (ARVAM). La recherche appliquée dans le domaine maritime, ce sont des emplois en perspective.

Il n’est pas simple de faire valoir les atouts de la recherche appliquée, surtout dans des domaines qui paraissent aussi exotiques que l’étude des micro-algues ou celle de ce nouvel envahisseur marin qu’est l’algue rouge Asparagopsis. Qu’est-ce que ça peut apporter à La Réunion ? « Beaucoup de choses et surtout de l’emploi », répond Jean-Pascal Quod, directeur de l’Agence pour la Recherche et la Valorisation marines, agence d’exécution et pôle de recherche et développement dans la gestion et la valorisation des ressources marines et côtières.

Et même s’il "ronchonne" contre des administrations trop frileuses et les investisseurs trop timides, la passion du scientifique et du chef d’entreprise perdure. Avec la certitude que La Réunion a les capacités de se faire reconnaître d’un cercle considérablement plus large. D’ailleurs, c’est déjà en cours…

Ils ont failli finir cuits pour la science : en avril 2007, Jean-Pascal Quod et son équipe veulent comme en 2004 plonger devant l’immense coulée qui avait traversé le Grand Brûlé et se déversait dans la mer. Objectif : voir comment se déployait la lave sous l’eau, et quels étaient ses effets sur la vie sous-marine. Après une chaude trempette, les scientifiques remontent à bord de leur Zodiac pour aller explorer un autre endroit. Heureuse décision : dans les minutes qui suivent, un brusque flot de lave provoque des réactions explosives, des blocs sont projetés à plus de cent mètres de hauteur et l’eau est portée à 80°C… Qui a dit que la science marine était tranquille ?

Bon côté de la médaille : beaucoup d’animaux marins sont occis par le volcan dans cette aventure et remontent en surface où il "suffit" d’une épuisette pour les pêcher. Ils vont rendre La Réunion célèbre dans le monde entier : parmi ces spécimens, 126 espèces étaient inconnues à La Réunion, 13 sont des découvertes planétaires !

Ce projet Biolave, dont les explorations et l’exploitation des résultats ont pris dix ans, fait l’objet d’une remarquable exposition à Paris, à l’Aquarium tropical de la Porte-Dorée. Mais il n’est qu’une des facettes des nombreuses activités de l’ARVAM.

Une cinquantaine de chantiers sous le microscope

 

« Nous avons une cinquantaine de projets en chantier », résume Jean-Pascal Quod. Le plus médiatique actuellement est peut-être la recherche sur la ciguatera, cette dangereuse toxicité qu’acquièrent certains gros poissons… dont les requins. Le plus prometteur est sans doute l’étude des propriétés des micro-algues, ces curieux organismes qu’on peut « programmer » pour leur faire produire à peu près n’importe quoi, des médicaments aux hydrocarbures. La Réunion n’est évidemment pas seule à les étudier pour des applications économiques, mais elle est bien placée, à condition de mettre les moyens pour rester dans la compétition internationale.

Autre chantier, qui unit l’ARVAM à de nombreux organismes de recherches : Seaprolif, vaste étude de la prolifération des algues rouges dans les océans, appuyée sur l’Outre-mer français et portugais. Ces algues, disséminées par exemple par les navires, sont de plus en plus préoccupantes : elles se multiplient au détriment de variétés locales et des récifs coralliens, créant un risque sérieux pour la biodiversité. Dans le même ordre d’idée, la campagne Reef Check (http://www.reefcheck.fr/) vise à faire des plongeurs des observateurs de l’état des coraux, chaque journée de bénévolat permettant d’explorer 800 mètres carrés de récifs.

On verra peut-être aussi La Réunion en pointe pour produire la première peinture « antifouling » écologique du monde. Ces peintures recouvrent les coques des bateaux pour empêcher les algues d’y proliférer (et de ralentir leur progression). Elles sont en général très toxiques… sauf qu’un projet local Biopaintrop, labellisé par trois pôles de compétitivité, vise à développer une peinture d’origine biologique, respectueuse de l’environnement. Le marché est colossal : des millions de navires sillonnent nos mers.

« On joue trop petit et dans notre espace de confort quotidien »

« La Réunion a une solide réputation scientifique, et on ne cesse de faire appel à nos compétences, un peu partout sur la planète. Le problème, c’est que ces compétences ne sont pas assez reconnues et promues localement. En règle générale, on joue trop petit et dans notre espace de confort quotidien ». Jean-Pascal Quod sait de quoi il parle : en tant que Centre de Ressources technologiques labellisé par le Ministère de la Recherche, l’ARVAM a pour rôle d’assumer des recherches qui doivent déboucher sur des applications industrielles, reprises par des start-ups. Gérant en parallèle de la société Pareto Ecoconsult, il précise que le problème est que les candidats sont peu nombreux, et souvent trop peu musclés : manque de capital-risque, manque d’investissement des pouvoirs publics, manque de connexions entre les mondes de la recherche, de l’économie, de la société civile et, en règle générale, manque de punch.

 

« Il faut se rendre compte que le terrain de jeu de La Réunion, ce n’est même plus l’océan Indien, c’est le monde. L’avenir est dehors, la distance n’est plus un problème, nous bénéficions d’un regard très positif sur nos compétences, nos outils, nos résultats, il faut passer à une autre dimension, il faut tirer vers le haut et prendre des risques. Le monde change vite, il faut se positionner, car il va continuer à changer ! ».

Saura-t-on le faire ? Les moyens existent : « Les partenaires privés et publics peuvent développer un projet via le CRT qui offre 100% de défiscalisation sur les projets des entreprises, c’est une opportunité exceptionnelle, à saisir. Exportons nos idées, exportons notre savoir-faire ! ».

Son enthousiasme est communicatif : voici qui donne envie de plonger. Y compris près de la lave : c’est là qu’on fait des découvertes porteuses au bon endroit au bon moment…

ARVAM

Création en 1992. L’ARVAM (Agence pour la Recherche et la Valorisation marines) est une association loi de 1901. Elle est à la fois agence d’exécution et pôle de recherche et développement dans la gestion et la valorisation des ressources marines et côtières. L’ARVAM a obtenu en 2010 le label national CRT (Centre de Ressource technologique) pour une durée de trois ans, le renouvellement de ce label est en cours d’évaluation.

 

Effectif : 8 salariés.

 

Missions : Recherche appliquée au niveau régional, national et international. Le label CRT fait de l’ARVAM une interface entre le monde scientifique et les acteurs économiques. Sa plate-forme technique et scientifique est installée dans les locaux du GIP CYROI, sur le site TECHNOR.

 


Kanalreunion.com