Economie

Les erreurs du FMI en Grèce

Premier plan de sauvetage de 110 milliards d’euros

Céline Tabou / 8 juin 2013

Dans un rapport confidentiel, le Fonds monétaire international (FMI) a reconnu que le premier plan de sauvetage de 110 milliards d’euros, de la Grèce en 2010 a été un « échec notable ».

Le mea-culpa du FMI met en exergue l’échec des politiques d’austérité imposées par l’institution et notamment la troïka (Banque centrale européenne, Union européenne et FMI), qui aura fait de la Grèce, un laboratoire économico-politique. Le rapport confidentiel, révélé par le Wall Street Journal, fait le bilan de l’impact d’un plan de sauvetage de 110 milliards d’euros lancé en 2010 pour sauver le pays de la faillite.

Un bilan mitigé du plan de sauvetage de 2010

En 2010, le pays possède une croissance inférieure à 9% au troisième trimestre, contre -1% au premier trimestre. Élu en octobre 2009, le gouvernement socialiste grec de Georges Papandréou découvre que la droite annonçait un déficit officiel à 6 % du PIB, alors que celui-ci était de 12,7%. En dépit d’un contexte économique et financier morose, le gouvernement maintient son plan de relance de 2,5 milliards d’euros.

Deux mois plus tard, les agences de notation internationales baissent successivement leur note de la dette grecque, entrainant une hausse des taux d’intérêt des organismes financiers qui pénalisent les emprunts d’Athènes. Georges Papandréou présente un plan de rigueur pour revenir en dessous des 3 % de déficit avant 2013. Ce plan comprend, la baisse des dépenses de l’État, le gel des recrutements et des salaires des fonctionnaires et une hausse de la fiscalité.

En janvier, le Premier ministre demande alors une « assistance technique pour évaluer les besoins en matière d’administration fiscale et de budget » au FMI, sans parler d’aide financière. La Commission européenne valide alors le plan de rigueur de la Grèce. Le gouvernement grec demande fin avril une aide financière, car ils ne peuvent plus emprunter sur les marchés à cause des hausses des taux d’intérêt. L’Union Européenne accepte un plan de sauvetage de 110 milliards d’euros de prêts sur trois ans, en contrepartie d’un plan d’économies de 30 milliards d’euros. Ce plan d’économie consiste à des coupes budgétaires de 10% dans la fonction publique et une réforme des retraites. Cette aide ne suffira pas, un plan est renégocié le 10 mai, à travers le Fonds européen de stabilité financière (FESF), le pays peut emprunter.

Incompétence et mauvaises gestions

Ce premier plan de sauvetage, suivi de mesures d’austérités drastiques, aura été « nécessaire » pour éviter la sortie de la Grèce de la zone euro, a expliqué le FMI. Cependant, il aura mené à plusieurs « échecs notables ». L’institution a noté que « la confiance du marché n’a pas été rétablie, les banques ont perdu près de 30% de leurs dépôts et l’économie a enregistré une baisse bien plus importante que prévu ». De plus, la Grèce est le pays qui possède le plus fort taux de chômage de l’Union européenne, avec 27,0% en février 2013, dont 62,5% chez les jeunes (février 2013).

L’institution internationale a indiqué qu’il aurait été « préférable de demander d’emblée aux créanciers du pays de renoncer à une partie de leurs avoirs plutôt que de le faire deux ans plus tard ». Mettant l’accent sur la restructuration de la dette, l’institution a indiqué que celle-ci n’avait pu se faire qu’en 2012, alors que la détérioration de l’économie du pays persistait, obligeant à un second plan d’aide. Le Fonds regrette le manque de « division claire du travail » au sein de la troïka, allant jusqu’à reprocher aux Européens de ne pas avoir eu assez d’expérience et de « compétences » sur le programme d’aide à la Grèce. Le FMI dénonce également l’insuffisance des efforts déployés pour identifier les réformes structurelles permettant de favoriser la croissance.

De son côté, la Commission européenne s’est défendue par la voix de Simon O’Connor, porte-parole d’Olli Rehn, commissaire aux affaires économiques et monétaires : « Nous sommes en désaccord fondamental avec l’idée selon laquelle il n’y a pas eu assez d’efforts faits pour identifier les réformes structurelles favorisant la croissance ». Pour ce dernier, la Commission est « une force motrice importante », ajoutant que la troïka « n’existait pas il y a trois ans » et « a été mise sur pied à partir de rien ».

Les tensions montent entre le FMI et Bruxelles

Simon O’Connor a jugé « infondé » et « erroné », les critiques faites par le FMI, car la Commission européenne aurait tout mis en œuvre pour éviter un défaut de paiement de la Grèce et des «  conséquences épouvantables  » pour le pays et la zone euro. Mettant en avant l’absence de mécanisme de sauvetage comme le Mécanisme économique de stabilité (MES), Simon O’Connord expliqué que le cas grec « était sans précédent », d’où la nécessité « d’apprendre sur le tas ».

« Nous avons des traditions et des approches différentes, mais nous avons toujours réussi à aboutir à des solutions solides » au sein de la troïka, a expliqué le porte-parole d’Olli Rehn, commissaire aux affaires économiques et monétaires. Ce dernier a annoncé la publication prochaine d’un rapport sur le travail avec ses partenaires. Mais les récentes déclarations de l’ancien ministre des Finances, Evangelos Venizelos, pourraient mettre la Commission européenne dans l’embarras.

Ce dernier a expliqué que « le document validait les réserves exprimées par la Grèce », face aux conditions imposées par le plan de sauvetage de 2010, ajoutant, « il y a beaucoup de choix que nous n’aurions jamais faits de notre propre chef, mais que nous avons dû faire pour éviter le pire ». De son côté, le Premier ministre grec, Antonis Samaras, a indiqué que son gouvernement tentait depuis un an de « corriger les erreurs du FMI ».

Céline Tabou


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