Economie

Les limites de la stratégie de Maurice

Une industrie touristique touchée par les conséquences de la crise en Europe

Manuel Marchal / 21 juin 2010

La semaine dernière se tenait à Maurice la conférence Business Law 2010. Le représentant des hôteliers et des restaurateurs de Maurice a dit craindre une année 2010 pire que l’an dernier. 2009 a en effet marqué le début d’une crise liée à une stratégie. C’est tout un modèle qui est remis en cause car avec la crise économique, les touristes européens sont moins nombreux.

Alors que La Réunion accueillait la semaine dernière des experts de l’Association internationale de développement urbain venus faire un diagnostic sur la relance du tourisme, chez nos voisins mauriciens, la conférence Business Law 2010 a été aussi l’occasion de faire le point sur cette industrie. L’an dernier, les deux îles avaient connu des résultats très différents. À La Réunion, la fréquentation touristique a augmenté, alors qu’à Maurice, elle a diminué. Les efforts des acteurs de ce secteur avec l’Île de La Réunion Tourisme (IRT) ont en effet permis à notre île de réussir à augmenter le nombre de touristes malgré la crise qui portait un coup à de nombreuses autres destinations. Ce succès de notre île s’est retrouvé également dans les résultats de sa compagnie aérienne avec des bénéfices pour Air Austral, ce qui n’était pas le cas de ses concurrents l’an dernier.

Le dépaysement à proximité

En 2009, Maurice a vécu une baisse de sa fréquentation touristique de 6,4%.
Ce résultat montre la limite d’une stratégie. Comme d’autres îles isolées, Maurice a misé sur le tourisme pour contribuer à son développement. Et ses visiteurs viennent en grande partie d’Europe, continent éloigné de 10.000 kilomètres. Mais la hausse du prix du pétrole et la crise économique viennent tout bousculer. L’augmentation du prix du carburant renchérit le prix du transport pour faire ces 10.000 kilomètres. Dans le même temps, l’Europe est touchée par la pire crise depuis 1929. Le pouvoir d’achat diminue et il faut faire des choix. Pour un touriste européen en quête de dépaysement, il existe des destinations bien plus proches de Maurice offrant des prestations comparables, et moins chères. Sans compter que les projets de taxe carbone pénaliseront d’abord les voyages les plus lointains, ce qui concerne notamment les liaisons entre l’Europe et notre région.
À ces facteurs structurels s’ajoutent plusieurs faits. C’est tout d’abord la vente de chambres d’hôtel à Maurice. Ceux qui ont misé sur la construction d’hôtels tentent de libérer une partie du capital immobilisé pour l’utiliser ailleurs. Si les perspectives de cette industrie touristique étaient florissantes, l’investisseur ne chercherait pas à récupérer son capital.

Une concurrence sans issue

Pour tenter de sortir au plus vite de la crise, des actions ont été entreprises. Mais elles ont pour conséquence de détourner de La Réunion vers Maurice des touristes potentiels. Ce sont par exemple des prix cassés sur les billets d’avion. Si de telles actions continuent, c’est une politique suicidaire car elle aura des répercussions négatives sur nos deux pays.
C’est un autre modèle qu’il est maintenant venu le moment de construire. Et ce domaine du tourisme montre ce que pourra provoquer l’application des Accords de partenariat économique : une concurrence dévastatrice.
Une autre alternative est possible, c’est celle du co-développement. En recherchant les complémentarités de nos îles, et en allant vers l’autonomie énergétique et l’autosuffisance alimentaire, il est possible de réorienter les sommes considérables dépensées dans les importations vers des investissements créateurs de nouvelles richesses.
L’élévation générale du niveau de vie de notre région pourra alors marquer la naissance d’un nouveau flux touristique en provenance des habitants du Sud de l’océan Indien. Nos voisins pourront trouver à Maurice et à La Réunion le dépaysement à proximité de chez eux.

Manuel Marchal


2010 pire que 2009 pour le tourisme à Maurice ?

Dans son édition du 18 juin, notre confrère mauricien "L’Express" rend compte de l’inquiétude du président de l’Association des hôteliers et restaurateurs de Maurice (ARHIM). Selon ce responsable de cet important syndicat patronal, l’année 2010 sera pire que 2009, or, 2009 était une année de crise. Voici de larges extraits de cet article de "L’Express".

« Les inquiétudes du monde du tourisme s’accentuent avec la crise de l’euro. Car Tommy Wong, le président de l’Association des Hôteliers et des Restaurateurs de l’Ile Maurice (AHRIM), est d’avis que 2010 pourrait être « pire » que l’année dernière pour l’industrie touristique si la tendance se maintenait, surtout avec la crise.
Tommy Wong intervenait hier lors de la conférence Business Law 2010, qui se tient à l’hôtel Intercontinental, Balaclava. (…)
« Nous avons beaucoup appris avec la crise en 2009 et nous devons appliquer ce que nous avons retenu », dit-il.
Selon lui, les acteurs de l’industrie touristique doivent s’adapter pour avancer. Il affirme que le profil des clients a changé au cours de ces dernières années. « Les touristes sont devenus cost conscious et privilégient souvent des destinations tout de près de chez eux ou réduisent tout simplement leur séjour dans les hôtels ». Selon Tommy Wong, Maurice devrait surmonter plusieurs défis afin de satisfaire les besoins et d’attirer ce genre de touristes. Il faudra en même temps résoudre plusieurs problèmes tels que la congestion routière ou la propreté.
Comme Tommy Wong, d’autres intervenants, dont Nando Bodha, ministre du Tourisme, ont souligné l’importance de prospecter de nouveaux marchés pour ne pas dépendre de l’Europe. L’Inde et la Chine sont deux marchés que Maurice souhaite exploiter au maximum.
D’ailleurs, consciente du potentiel du marché asiatique, la Mauritius Tourism Promotion Authority compte organiser, en septembre, une campagne de promotion dans trois pays d’Asie, notamment la Chine, la Malaisie et l’Inde. Atom Travel compte aussi accentuer sa présence sur ces marchés. (…) »


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