Economie

Les pauvres paient les conséquences des liens entre les politiques au pouvoir et le grand Capital

Derrière la sous-estimation de la gravité de la crise économique et sociale par la classe politique dirigeante

Témoignages.re / 14 janvier 2013

Sous la signature d’Éric Toussaint, le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) a publié récemment un dossier très intéressant sur les causes profondes et réelles de la crise dont souffre de plus en plus une grande partie de l’humanité, pendant que les plus riches continuent de profiter du système capitaliste en s’enrichissant toujours davantage. Une situation à laquelle est également confronté le peuple réunionnais.
Dans ce dossier, le CADTM souligne notamment que nous sommes confrontés à la plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la Seconde Guerre mondiale à l’échelle européenne et que nous ne devons pas sous-estimer la capacité des gouvernants à mettre à profit cette situation de crise, comme le rappelait encore vendredi dernier Paul Vergès à sa conférence de presse. Nous allons publier de larges extraits de cette étude, en invitant les lecteurs de "Témoignages" et le peuple réunionnais en général à en tirer les enseignements pour notre pays.

De manière régulière, les grands médias abordent les questions suivantes à propos de la crise économique, financière et sociale actuelle à laquelle sont soumis les peuples du monde :

• un possible éclatement de la zone euro ;

• l’échec des politiques d’austérité en matière de relance économique ;

• les tensions entre Berlin et Paris, entre Londres et les membres de la zone euro ;

• les contradictions au sein du Conseil de la BCE (Banque centrale européenne) ;

• les énormes difficultés pour trouver un accord sur le budget de l’Union européenne ;

• les crispations de certains gouvernements européens à l’égard du FMI (Fonds monétaire international) à propos du dosage de l’austérité.

Tout cela est vrai. Mais il ne faut surtout pas oublier un point fondamental : la capacité de gouvernants, qui se sont mis docilement au service des intérêts des grandes entreprises privées, de gérer une situation de crise, voire de chaos, pour agir dans le sens demandé par ces grandes entreprises.

Des vases communicants

Le lien étroit entre les gouvernants et le grand Capital n’est même plus dissimulé. À la tête de plusieurs gouvernements, placés à des postes ministériels importants et à la présidence de la BCE, se trouvent des personnes directement issues du monde de la haute finance, à commencer par la banque d’affaires Goldman Sachs.

Certains responsables politiques de premier plan sont récompensés par un poste dans une grande banque ou une autre grande entreprise une fois qu’ils ont accompli leurs bons offices pour le grand Capital. Ce n’est pas nouveau, mais c’est plus évident et régulier qu’au cours des 50 dernières années. On peut parler de véritables vases communicants.

Les priorités du Capital et du politique

Considérer que la politique des dirigeants européens est un échec parce que la croissance économique n’est pas de retour, c’est en partie se tromper de critère d’analyse. Les objectifs poursuivis par la Direction de la BCE, par la Commission européenne, par les gouvernements des économies les plus fortes de l’UE (Union européenne), par les Directions des banques et des autres grandes entreprises privées, ce n’est ni le retour rapide à la croissance, ni la réduction des asymétries au sein de la zone euro et de l’UE afin d’en faire un ensemble plus cohérent où serait de retour la prospérité.

Parmi leurs objectifs principaux, il faut en souligner deux : 


1- éviter un nouveau krach financier et bancaire qui pourrait se révéler pire que celui de septembre 2008 ; 


2- utiliser plusieurs armes (l’augmentation très importante du chômage, le remboursement de la dette publique, la recherche de l’équilibre budgétaire, le fouet de la quête de l’amélioration de la compétitivité des États membres de l’UE les uns par rapport aux autres et par rapport aux concurrents commerciaux des autres continents) pour avancer dans la plus grande offensive menée depuis la Seconde Guerre mondiale à l’échelle européenne par le Capital contre le Travail.

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Les objectifs du Capital : augmenter les inégalités

Pour le Capital, il s’agit avant tout, pour augmenter ses profits,

- d’accroître encore la précarisation des travailleurs,

- de réduire radicalement leur capacité de mobilisation et de résistance,

- de réduire les salaires et différentes indemnités sociales de manière importante tout en maintenant les énormes disparités entre les travailleurs dans l’UE afin d’augmenter la compétition entre eux.

D’abord, il y a les disparités entre les salariés d’un même pays : entre femmes et hommes, entre CDI (Contrats à durée indéterminée) et CDD (Contrats à durée déterminée), entre travailleurs à temps partiel et travailleurs à temps plein.

À l’initiative du patronat et avec l’appui des gouvernements successifs (et en leur sein les partis socialistes européens ont joué un rôle actif), ces disparités se sont accrues au cours des 20 dernières années. Et puis, il y a les disparités entre les travailleurs des différents pays de l’UE. Les disparités entre travailleurs des pays du Centre et ceux des pays de la Périphérie à l’intérieur de l’UE sont le complément de celles se creusant à l’intérieur des frontières nationales.
La volonté des gouvernants de faire baisser les salaires

Revenons à la question des salaires. Selon Michel Husson, en Allemagne, le coût salarial unitaire réel a baissé de près de 10% entre 2004 et 2008. Dans le reste de l’Europe, pendant la même période, il a également baissé, mais dans une proportion bien moindre qu’en Allemagne.

C’est à partir de la crise de 2008-2009, qui affecte durement l’Eurozone, que l’on constate une chute très nette des salaires réels des pays les plus touchés. C’est ce que souligne Patrick Artus : « On constate dans les pays en difficulté de la zone euro (Espagne, Italie, Grèce, Portugal) une forte baisse des salaires réels ».

Patrick Artus déclare que la baisse des salaires correspond à une politique délibérée des dirigeants européens, et il ajoute que, de toute évidence, cette politique n’a ni permis de relancer l’investissement dans les pays mentionnés, ni de rendre plus compétitives les exportations des mêmes pays.

Patrick Artus écrit que les effets favorables « des baisses de salaires sur la compétitivité, donc le commerce extérieur, ou sur l’investissement des entreprises ne sont pas présents ». Il ajoute que la baisse de salaire a deux effets clairs : d’une part, elle a augmenté la profitabilité des entreprises (donc, en termes marxistes, une augmentation du taux de profit par une augmentation de la plus-value absolue) ; d’autre part, elle a diminué la demande des ménages, ce qui a renforcé la contraction de l’économie.

Cette étude réalisée par Natixis vient confirmer que le but des dirigeants européens n’est ni de relancer l’activité économique, ni d’améliorer la position économique des pays de la Périphérie par rapport à ceux du Centre. La baisse des salaires vise à réduire la capacité de résistance des travailleurs des pays concernés, augmenter le taux de profit du Capital et pousser plus loin le démantèlement de ce qui reste du "welfare state" construit au cours des 35 années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale (période qui a été suivie par le tournant néolibéral de la fin des années 1970 - début des années 1980).


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