Economie

Les producteurs veulent « jouer collectif »

Filière fruits et légumes

Témoignages.re / 3 février 2011

Comme dans les filières de l’élevage, les producteurs de fruits et légumes veulent s’organiser afin de mieux se structurer. C’est désormais chose faite avec la création de l’Association réunionnaise des organisations de producteurs de fruits et légumes (AROP-FL).

L’AROP-FL a été officiellement présentée ce mercredi 2 février 2011 au Conseil général. Cette association compte à l’heure actuelle 9 groupements représentant près de 500 exploitants, soit une production de 17.735 tonnes de fruits et légumes (sur une production totale sur l’île de près de 80.000 tonnes). Son objectif est de fédérer « un maximum de producteurs de la filière organisée », de créer des emplois, de professionnaliser le secteur et d’améliorer la qualité des produits locaux. Le tout, dans les 10 prochaines années. À terme, l’objectif est de créer une véritable interprofession regroupant producteurs, industriels et distributeurs.

Près de 80.000 tonnes de fruits et légumes produits chaque année, un taux de couverture du marché local avoisinant les 70%, un volume d’exportation de 2.000 tonnes par an, un volume de produits transformés de 2.000 tonnes par an, tels sont les chiffres jugés « satisfaisants » de la filière fruits et légumes à La Réunion. Le tout, « alors que la filière est complètement inorganisée », rappelle Jean-Pierre Avril, président du Pôle de compétitivité Qualitropic. « Alors que les filières bovine et laitière se sont organisées depuis des dizaines d’années, la filière fruits et légumes a toujours fonctionné de cette façon. Mais aujourd’hui, nous devons réagir et organiser la filière », ajoute-t-il.

Cette évolution est notamment commandée par la volonté de « tendre vers l’autosuffisance alimentaire » sur l’île. « Sur le marché des fruits et légumes, il est évident que nous avons encore des marges de progression pour atteindre cet objectif », souligne Jean-Jacques Vlody, vice-président du Conseil général. Il insiste notamment sur la « nécessité de trouver des produits locaux dans les assiettes des restaurants collectifs ».

Cette évolution se traduit par la création de l’AROP-FL, en 2009. C’est Joël Sorres, producteur de melons et de concombres à la Petite-Île, qui a été désigné président de l’association. Cette dernière compte actuellement près de 500 adhérents membres de 9 Organisations de producteurs (OP) : SCA, Vivea, Sicatr, Anafruit, SCA Terre Bourbon, Fruits de La Réunion, SCA Ananas, APRFLDT et Vergers de La Réunion. Ces producteurs représentent près de 17.000 tonnes de fruits et de légumes produits sur l’île, soit 20% de la production locale.

L’AROP-FL aura pour rôle de permettre aux producteurs de fruits et légumes de « parler d’une seule voix » pour « promouvoir les produits locaux et leur qualité » auprès de leurs interlocuteurs, à savoir « les pouvoirs publics, les opérateurs économiques et les consommateurs ». Pour ce faire, « la filière doit se structurer », reconnaît Joël Sorres. Cela passe par une professionnalisation des agriculteurs et des salariés, une amélioration des techniques de production et l’innovation. Et ce, afin « d’améliorer la qualité des produits ».

Une fois cette structuration opérée, l’association devrait représenter près de 850 producteurs, soit 45.000 tonnes des fruits et légumes produits sur l’île. L’AROP-FL espère également créer de nouveaux emplois. « Une étude est en cours pour évaluer le nombre d’emplois qui pourrait être créé dans les 10 années qui viennent », précise Jöel Sorres. L’organisation souhaite aussi conquérir des parts de marché sur l’importation, mais aussi l’exportation. « Les marges sont considérables », martèle Jean-Pierre Avril qui rappelle qu’« aujourd’hui, nous n’arrivons pas à répondre aux demandes de la métropole et de l’Europe en fruits et légumes ». C’est le cas pour les letchis et les ananas Victoria.

Si les objectifs sont atteints, « la production augmentera et automatiquement les prix des produits vont baisser », estime Jean-Pierre Avril. Une baisse qui ne pourra réellement se faire que par la mise en place d’une interprofession. Ce qui est souhaité par les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. Reste à le concrétiser. « Le plus dur est à venir », prévient Jean-Pierre Avril en évoquant cette interprofession. En effet, contrairement à la filière bovine par exemple, la filière fruits et légumes est beaucoup plus variée, ce qui rendra le dialogue plus difficile. « Pour l’heure, tout le monde est favorable à la mise en place de cette interprofession. Il faut maintenant passer aux actes », confie un professionnel du secteur.


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