Economie

Les Réunionnais ont perdu 4,5 milliards d’euros en 2011

4,8 milliards d’importations pour 300 millions d’exportations : le résultat de la crise structurelle

Manuel Marchal / 29 juin 2012

Les chiffres du commerce extérieur rappellent l’ampleur de la dépendance de La Réunion à des produits dont elle ne fixe pas le prix. Ces chiffres sont les indicateurs de l’impasse du modèle actuel qui produit chômage et vie chère. Ils signifient donc l’urgence d’une rupture avec comme point de départ l’autonomie énergétique. Car le modèle du tout-automobile et de la production d’électricité à partir d’énergies fossiles a enlevé plus de 800 millions d’euros aux Réunionnais en 2011, 800 millions qui pourraient créer des dizaines de milliers d’emplois dans notre pays.

Dans les grandes lignes, La Réunion a toujours l’économie d’un pays qui n’est pas développée. La principale source de devises de son industrie sont des produits issus de l’agriculture ou de la pêche, dont nous ne fixons pas le prix. Le sucre reste le premier produit d’exportation, alors que notre pays n’est plus une société de plantation.
Du côté des importations, La Réunion doit massivement acheter ailleurs ce qu’elle ne produit pas et pour cause. Car à partir du moment où La Réunion a été intégrée dans le marché français puis européen, ses industries n’étaient pas de taille à lutter face à celles des pays développés de l’hémisphère Nord.
Avec un taux de 6,58%, La Réunion a donc connu en 2011 un taux de couverture des importations toujours aussi inquiétant. Ce sont les produits pétroliers qui sont, en valeur, en tête des produits importés, devant les automobiles particulières. 21.960 voitures ont été déchargées dans notre île l’an dernier, un nombre en augmentation.

Le poids du tout-automobile

Le poids du tout automobile continue de peser toujours plus lourdement sur notre pays. Mis à part quelques unités, les voitures mises en circulation et leur carburant sont des produits importés à 100%, et dont nous ne fixons pas le prix. Cela laisse notre pays sous la dépendance de spéculateurs extérieurs : les volumes de produits pétroliers consommés ont diminué, mais leur prix à l’importation a augmenté, un effet de la tendance mondiale à laquelle s’ajoute l’opacité dans laquelle se construit le prix de la marchandise avant son chargement dans le bateau à destination de La Réunion.
À cela s’ajoute le recours toujours important aux énergies fossiles pour produire de l’électricité. Le plan de développement des énergies renouvelables lancé sous l’ancienne mandature de la Région a connu un coup d’arrêt depuis 2010. Nous en subissons les conséquences. Seules l’hydroélectricité et la bagasse sont massivement utilisées pour produire de l’électricité, il suffit d’un manque de pluie ou d’une mauvaise récolte de cannes pour qu’aussitôt, les producteurs d’électricité fassent venir du charbon ou du fioul pour compenser le déficit en énergie verte.
Au total, le modèle "énergie fossile" construit autour de la voiture individuelle et des centrales charbon-fioul a nécessité l’importation de 880 millions d’euros à La Réunion en 2011. Cette somme, c’est quasiment un équipement comme la Route des Tamarins tous les ans, ou alors c’est le financement en deux ans d’un tram-train.
Par ailleurs, La Réunion paie aussi le prix de ne pas avoir d’industrie pharmaceutique : plus de 250 millions d’euros de médicaments ont été importés.

50% des importations viennent de France

C’est donc une fois de plus le résultat d’un modèle qui est exposé. Cela démontre que ce système n’a pas pour but le développement du pays, sinon notre île ne serait pas aussi dépendante de l’extérieur.
Cette dépendance a un prix, c’est un chômage de masse du fait de l’insuffisance du secteur industriel qui pourrait produire une part importante des produits importés.
Mais force est de constater que ce système permet à un pays de tirer son épingle du jeu. À elle seule, la France importe en valeur plus que tous les autres fournisseurs de La Réunion, Chine comprise. En 2011, 2,4 milliards d’euros ont été prélevés à La Réunion pour acheter des produits fabriqués en France.
Cela signifie que notre île a apporté une contribution importante au maintien ou à la création d’emplois dans l’ancienne puissance coloniale, mais cela au détriment de l’emploi à La Réunion.
Cette somme doit être mise en regard avec celle qui est transférée par la France vers La Réunion au titre de la solidarité nationale. Selon le dernier "TER", 850 millions d’euros avaient été versés au titre des prestations familiales en 2010, et 787 millions d’euros de minima sociaux, soit beaucoup moins que les 2,3 milliards d’euros de marchandises achetées à la France cette même année.

Manuel Marchal

Importations : le poids du tout automobile

La lecture des produits les plus importés en valeur fait apparaître le poids du tout automobile à La Réunion. Arrivent en effet en tête les produits pétroliers, devant les voitures. Pas très loin derrière, se trouvent les camions.

Les 5 produits les plus importés en valeur en 2011

Produits pétroliers 570 millions d’euros
Automobiles 288 millions d’euros
Médicaments 251 millions d’euros
Avions 234 millions d’euros
Camions 80 millions d’euros

Exportations : pas de changement depuis 66 ans

Jusqu’en 1946, La Réunion était une colonie, ce qui la classait dans la catégorie des pays sous-développés. À cette époque, le premier produit d’exportation était le sucre.
66 ans après l’intégration dans la France en tant que département, le sucre reste le premier produit exporté, loin devant le poisson et le rhum. D’autres productions industrielles n’ont pas pu se développer.
Autrement dit, la structure des exportations n’a pas changé depuis 66 ans, c’est bien l’échec d’un modèle.

Les 5 produits les plus exportés en valeur en 2011

Sucre 71 millions d’euros
Poisson 52,5 millions d’euros
Rhum 18 millions d’euros
Voitures d’occasion 13 millions d’euros
Déchet de fer, fonte ou acier 11,5 millions d’euros



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  • Effectivement, la politique de l’importation, y compris des produits qui concurrencent les notres ont un retentissement très important et néfaste sur notre économie, nos entreprises et l’emploi. Ce système existe depuis longtemps. Les élus s’en sont accommodés et s’en accommodent toujours, puisque leurs partis sont financés par cette oligarchie économique. Plus il y a d’importations plus il y a des profits. L’octroi de mer, calculé sur ces importations, représente des fonds dont les mairies sont les premières bénéficiaires à hauteur de 80%. Par conséquent, l’absence de volonté politique à changer ce système perdurera, si il n’y a pas de prise de conscience populaire et de mobilisation.

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