Economie

Nerica : croisement entre les riz d’Afrique et d’Asie

Autosuffisance alimentaire —2—

Témoignages.re / 30 décembre 2015

Voici la seconde partie de l’article publié dans la revue de l’ONU Afrique Relance au sujet du riz Nerica.

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Pieds de Nerica.

Grâce aux travaux novateurs de M. Monty Jones, un chercheur de la Sierra Leone qui a trouvé de nouvelles façons de croiser des espèces courantes de riz africain et asiatique, l’ADRAO — également connue sous le nom de Centre du riz pour l’Afrique — est parvenue à mettre au point ce nouveau type de riz. Lorsque les premiers tests du Nerica ont été effectués dans des champs d’essai de la Côte d’Ivoire en 1994-95, explique M. Nwanze, l’ADRAO s’est aperçue que cette nouvelle variété « alliait ce que le riz asiatique et le riz africain avaient chacun de mieux à offrir ».

Il n’y a pas qu’une seule variété de Nerica, indique M. Nwanze. On en compte environ 3 000 variétés différentes. Les variétés les plus appréciées ont en commun certaines caractéristiques.

Tout comme les variétés de riz africain qui ont évolué pendant des millénaires dans l’environnement difficile du continent, le Nerica est très robuste et résistant aux agressions extérieures que sont la sécheresse, les maladies courantes du riz et les parasites. Les variétés de Nerica actuellement utilisées conviennent le mieux aux plateaux secs de l’Afrique de l’Ouest, qui ne sont généralement pas irrigués et sont éloignés des vallées en basse altitude et autres sources d’irrigation d’accès facile. Au lieu d’essayer de modifier l’environnement à l’aide d’irrigation et d’engrais pour l’adapter aux riz asiatiques à rendement élevé, explique M. Nwanze, « notre approche a consisté à fournir des technologies adaptées à l’environnement ». (Certaines nouvelles variétés de Nerica, adaptées aux vallées plus humides, sont également testées actuellement au Burkina Faso.)

Comme les variétés asiatiques, mais contrairement au riz africain traditionnel, le Nerica donne des récoltes beaucoup plus importantes. Il a même un rendement plus élevé que les deux variétés dont il est issu. Chaque panicule (grappe) de la variété africaine compte une centaine de grains. Chaque panicule de la variété asiatique en compte environ 250. Mais les panicules du Nerica en comptent 400 en moyenne. Cela veut dire que même sans intrants, le Nerica peut donner de 1,5 à 2,5 tonnes de riz par hectare, contre une tonne ou moins en moyenne pour les variétés traditionnelles.

Chaque grain de riz de Nerica comprend également plus de protéine que les deux variétés d’origine. Alors que la teneur en protéines de ces deux variétés d’origine est de 8 à 10 % environ, elle peut atteindre de 10 à 12 % dans le cas du Nerica.

Le Nerica pousse beaucoup plus vite. La récolte se fait en général de 90 à 100 jours après l’ensemencement, contre 120 à 140 jours dans le cas des variétés asiatiques de riz pluvial utilisées en Afrique de l’Ouest. Cela permet aux fermiers non seulement de toucher plus rapidement l’argent provenant de leurs ventes sur les marchés, mais aussi de consacrer le temps ainsi gagné à d’autres cultures.

Dès les premiers stades de sa croissance, le Nerica pousse abondamment, près du sol, et arrive à étouffer les mauvaises herbes.

Auparavant, note M. Nwanze, l’amélioration des riz pluviaux faisait l’objet de très peu de recherches. « On disait qu’ils étaient très peu rentables. » Mais puisque environ 70 % des 20 millions de riziculteurs africains — dont une majorité de femmes — cultivent du riz pluvial — l’ADRAO a décidé qu’il était essentiel de mettre l’accent sur ce « secteur particulier de la société qui était négligé, les agricultrices, les petits producteurs pauvres ».

Une aubaine pour les femmes

En Guinée, le Nerica est très apprécié par les agricultrices, qui ont vu leurs récoltes de riz et leurs revenus augmenter considérablement. Le bureau national de coordination mis en place par le gouvernement pour le Nerica encourage les femmes à créer des syndicats de production contribuant à la diffusion de la nouvelle variété, à la formation et à la gestion des stocks de graines.

En plus de son rendement élevé, le Nerica est également apprécié des femmes pour plusieurs autres raisons. Le fait qu’il pousse plus rapidement que les variétés ordinaires de riz permet aux associations de femmes de se consacrer à d’autres cultures. Dans un certain nombre de communautés rurales de Guinée, elles plantent du niébé, un type de haricot qui pousse en deux mois et qui régénère les éléments nutritifs des terres où l’on cultive le Nerica.

Le fait que le Nerica réduise la croissance des mauvaises herbes, note M. Nwanze, est également « très important pour les agricultrices, car elles consacraient à l’élimination des mauvaises herbes de 40 à 60 % environ » de leur travail total de riziculture. « Maintenant, les femmes passent moins de temps à enlever les mauvaises herbes. »

(à suivre)

Ernest Harsch, extrait de Afrique Relance



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  • Si cette variété de Riz Nerica peut vraiment produire jusquà 2,5 tonnes par hectare en 90 à 100 jours ,le Réunionnais devraient penser sérieusement à mettre en place une filière rizicole .

    En effet , même avec un rendement moyen de 2 tonnes à l’hectare tous les 100 jours , il ne faudrait que 12000 ha de surface agricole pour produire la quantité de Riz consommée chaque année par les réunionnais , soit environ 72000 tonnes de riz d’après les chiffres communiquées par les services des douanes.

    Si la filière canne à sucre n’est plus rentable sur les petites exploitations difficilement mécanisables , celles ci devraient être affectées à la culture du Riz Nerica .

    La réunion continuerait de produire de la canne à sucre sur ses meilleures terre à canne , mais produirait également le riz nécessaire à sa consommation sur les terres moins favorables à la canne mais qui permettraient un bon rendement pour la variété de riz Nerica .

    Comme je l’ai signalé dans une autre intervention , on pourrait également envisager d’affecter une partie des terres agricoles qui ne conviendraient pas à la culture du riz ou de la canne , à des cultures fruitières et notamment au cacaoyer qui pourrait lui aussi avoir d’excellent rendement à l’île de la Réunion .

    Les réunionnais ne seraient pas forcément obligés de mettre en place d’énormes usines pour traiter leur production agricoles , mais ils pourraient envisager de les faire traiter dans les grandes usines qui existent déjà chez nos voisins mauriciens ou malgaches . La canne à Sucre pourrait être transportée par bateau à L’île Maurice pour et le cacao à Madagascar . Les planteurs paieraient au malgache et aux mauriciens le prix de l’usinage et récupéreraient les produits finis , pour les vendre eux mêmes sur le marché international ou en Europe .

    Mais pour cela il faut aussi mettre en place les outils institutionnels d’une véritable zone économique des Mascareignes . Cette option pourrait être étudiée sérieusement à l’occasion de la prochaine loi sur le nouveau statut des collectivités territoriales d’outre mer prévue en 2016 ou 2017. D’ici là la Région Réunion et le Département de la Réunion pourraient commencer à débroussailler le terrain et vérifier la faisabilité de ce projet de zone économique des pays de la Région des îles francophones de l’océan indien .

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