Economie

Nou lé kapab !

1ères Assises régionales pour l’innovation

Jean Fabrice Nativel / 14 octobre 2009

Aux régions françaises dont les DOM, la Commission européenne leur a demandé d’élaborer une Stratégie régionale d’innovation (SRI). Se met en place un Comité de pilotage où siègent l’État, le Conseil régional et le Conseil général et le Comité régional pour l’innovation [1] (CRI) présidé par Jean-Raymond Mondon, président du Conseil économique et social régional de La Réunion (CESR). Des groupes de travail se forment pour concevoir des propositions… qui en principe tiennent compte du contexte local marqué par un taux élevé de chômeurs, d’illettrés… et aussi par un nombre inquiétant de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Aux instances européennes doit être présenté un document commun en décembre de cette année. C’est pourquoi hier toute la journée à l’espace Tamarun – La Saline les-Bains, un point a été réalisé sur les travaux effectués par et en présence des personnes qui se sont associées au CRI.

L’innovation s’accorde les participants, c’est la recherche mais c’est également le social, culturel, l’économique et peut-être même la politique. Une d’entre elles a été citée par Jean-Raymond Mondon et Maya Césari – conseillère régionale –, il s’agit du Groupe de Dialogue interreligieux de La Réunion. Un espace où se rencontrent baha’i, bouddhistes, catholiques, hindouistes, juifs, musulmans, protestants etc. Une illustration du respect des autres dans leurs diversités. De l’innovation, il en a été question avec Érick Petit de la Rhodière, gérant de Kazabwa et Richard Touret, président de Binarysec. Le premier a mis au point une technique de ventilation des maisons qui ne laissent passer aucune goutte d’eau. Le second est au top de la sécurité en matière d’informatique. Malgré leurs atouts respectifs, force est de constater que percer le marché local reste difficile. Demain qu’on ne vienne pas leurs reprocher qu’ils s’établissent ailleurs du moins pour Binarysec. À La Réunion, nou lé kapab de faire preuve d’innovation. Aussi de souligner le procédé de fécondation de la vanille découvert par l’esclave Edmond Albius qui meurt pourtant dans la misère.

Cette année, il a été demandé aux Réunionnais par le biais d’États-généraux d’émettre des propositions pour le développement de l’île. La copie a été remise au gouvernement et aux collectivités. Le Conseil régional et le Conseil général ont transmis un document commun de propositions au gouvernement. Cette fois-ci, les instances européennes demandent des propositions pour une Stratégie régionale d’innovation.

Gageons qu’avec toutes ces entreprises, des solutions soient trouvées au problème du chômage ! L’avenir le dira. En tout, les 800.000 Réunionnais y seront attentifs.

Texte et photos Jean-Fabrice Nativel

Plus d’informations sur www.innovonslareunion.org


« Notre avenir dépend de l’innovation »
Pour Véronique Stern, responsable de secrétariat SRI, « notre avenir dépend de l’innovation (…) une stratégie… pour créer de l’emploi ». Elle ajoute « pour cela il faut une politique claire ».


« Ke linovasion i rèst pa simpleman in mo an lèr »
L’innovation selon Jean-Raymond Mondon, président du CESR, « dwa konserné tout domoun ». Après avoir mis en avant la trouvaille d’Edmond Albius et le fait d’avoir mis du caoutchouc sur les roues des charrettes bèf, il a souligné que lorsque des entrepreneurs trouvent des solutions à leurs problèmes. Ils innovent.


« L’innovation ce n’est pas simplement la recherche… »
« L’innovation s’est, soit une nouvelle idée ou une nouvelle application d’une idée déjà existante à la fois pour une valeur ajoutée au niveau économique, social et culturel », explique Maya Césari, conseillère régionale. « L’innovation ce n’est pas simplement la recherche mais aussi l’invention et la création des ouvriers… », insiste-t-elle.


Des propositions

Lors de ces assises ont été exposé les propositions de trois groupes de travail.
Elles sont pour l’atelier “Attractivité et performance du système de formation réunionnais” de créer un environnement de recherche de qualité, se donner des moyens pour réussir la percolation, d’ouvrir le monde de la formation sur l’entreprise et la société, développer et/ou valoriser les compétences des salariés, favoriser l’innovation pédagogique : innover pour insérer autrement, structurer un cluster (en français “grappe” est une architecture composée de plusieurs ordinateurs formant des nœuds, où chacun des nœuds est capable de fonctionner indépendamment des autres – www.commentcamarche.net –).
L’atelier “Percolation de l’innovation dans les TPE/PME" souhaite augmenter le nombre de d’innovateurs sur le territoire, créer un environnement favorable à l’innovation, d’accompagner les entreprises à l’innovation, faciliter l’accès à l’information et la lisibilité, en transversalité établir la percolation : rapprocher la recherche de l’innovation.
L’atelier “Aménagement, organisation et attractivité du territoire” propose de mettre en place des outils d’aide à la décision, à l’information et à l’évaluation, de nouveaux outils opérationnels et financiers, des facteurs de l’attractivité interne, d’organiser et qualifier la conduite de projet, de créer un « cluster » aménagement du territoire.


L’innovation, condition de l’ouverture : La Réunion, laboratoire et « vitrine »

Les différents documents insistent sur le fait que la stratégie d’ouverture de La Réunion n’est réalisable qu’à la condition d’une généralisation du principe d’excellence (voir ci-dessous). Les handicaps de la taille de l’île et de ses coûts de production peuvent être partiellement surmontés par une politique d’innovation qui, tout en renforçant la durabilité de l’attractivité du territoire, contribuera à son efficacité dans l’ouverture.
Les propositions dans ce sens sont nombreuses d’un document à l’autre : “Vendre La Réunion comme terre d’accueil des TIC” (Technologie de l’information et de la communication), en en faisant un outil de coordination et de savoir-faire réunionnais à l’export (projet d’un pôle innovation numérique réunionnais) ; affirmer la santé comme axe majeur de co-développement : « Le positionnement au cœur de l’océan Indien, allié à la qualité de la médecine sur l’île doivent inciter à la mise en place d’un secteur de recherche-développement autour des questions de santé en milieu tropical. Cet axe majeur offre des possibilité y compris économiques réelles, face aux besoins des pays pauvres mais aussi des pays émergents de la zone » ; développer la capacité exportatrice de l’agro-alimentaire en jouant sur le dynamisme du pôle agro-nutrition en milieu tropical ; renforcer l’excellence environnementale de La Réunion en mutualisant avec les pays voisins la gestion des déchets, leurs flux et les capacités de retraitement et de valorisation.
C’est dans le domaine énergétique que cette valorisation du capital d’innovation de La Réunion dans un processus d’ouverture est la plus fortement projetée : le programme GERRI, déclinaison du cadre national défini par le “Grenelle de l’environnement”, et s’appuyant sur le travail de fond décennal du PRERURE en matière d’autonomie énergétique de La Réunion, entend « ouvrir la voie pour des solutions pérennes duplicables » dans le champ des énergies renouvelables et de leur application (transports-déplacement, construction-urbanisme et tourisme). Il s’agit de « faire de La Réunion un espace d’excellence, d’innovation et de démonstration en matière de développement durable ». GERRI, qui a donc l’ambition d’élever « ce département, le plus peuplé et le plus moderne de l’Outre-mer français » au niveau mondial « pour être identifié et reconnu », se présente comme un réponse à un besoin sociétal, s’adressant à « une population métissée, jeune, familiarisée avec les standards européens et désireuse de s’investir dans un projet fédérateur ».


Société et sociétale ont été les mots maintes et maintes fois prononcés comme innovation d’ailleurs.

[1Il a un rôle de proposition méthodologique, d’impulsion et d’implication des acteurs locaux .


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