Economie

Oui à 600 millions d’euros mieux dépensés dans le BTP 

Alternatives Transport Réunion et la mobilisation pour sauver un secteur de notre économie

Témoignages.re / 6 février 2015

Vendredi dernier, la proposition d’un rassemblement pour sauver le BTP avait été accueillie favorablement par les organisations professionnelles du secteur. L’objectif est d’obtenir le soutien de l’État. Alternatives Transport Réunion – FNAUT propose que si les revendications sont satisfaites, les fonds obtenus pourront irriguer l’ensemble du BTP et donc permettre une suspension des travaux préparatoire de la route en mer.

« Le coup de force des camionneurs, cette semaine, a fait publiquement la démonstration que la NRL crée des conflits, sans résoudre les principaux problèmes posés au secteur du BTP ! Et fâcheusement, elle crée moins d’emplois qu’elle n’en avait promis. Dès le départ, même le manque de matériaux disponible et la complexité d’une route en mer avaient été soulignés face aux besoins colossaux de ce projet. Les problèmes ne pouvaient dès lors que s’accumuler.

D’un côté des carriers et transporteurs à l’appétit aiguisé par l’immense marché de remblais font le forcing pour libérer des sites d’extraction dans toute l’île, parfois en toute illégalité. De l’autre des riverains et associations se dressent pour défendre notre cadre de vie et nos ressources futures en eau, énergie, matériaux, faune et flore. Notre espace insulaire est si réduit qu’il en devient très convoité… Depuis 2012, quinze recours ont été déposés par 10 requérants (citoyens groupés ou non, associations) pour dénoncer l’inadéquation de la NRL.
Quand les majors du BTP et quelques transporteurs locaux ont pu, avec la NRL, se mettre à l’abri de la crise, tous les autres crient famine. Les syndicats de salariés, eux sont encore tiraillés entre ceux qui veulent encore croire en une NRL providentielle avec des milliers d’emplois, et ceux aujourd’hui désillusionnés par le maigre résultat.

L’actualité nous abreuve de ces conflits :
- On se souvient du scandale des carrières sauvages à La Possession fin 2014.
- En janvier on apprend qu’un site de concassage, à la légalité incertaine, perturbe la tranquillité des riverains de la ligne des 400 à Saint-Pierre.
- Le 14, des transporteurs menacent le préfet d’une opération escargot pour qu’il les autorise à poursuivre leur stockage de transit d’andains à Sainte-Anne, au-delà des conditions légales (mais leurs biens ne sont pas confisqués) ! Les gendarmes débarquent en force chez Aniel Boyer à Saint-Louis soupçonné de travail marron sur son site de concassage au Ouaki. Ses biens sont confisqués !
- Le 16, le collectif des riverains, soutenu par leur député, s’oppose à l’exploitation par Holcim, d’une carrière sur 60 hectares agricoles et menace de recours si le préfet ne s’y oppose pas.
- Ce mois-ci, les transporteurs et terrassiers de la FNTR n’arrivent pas à se partager le marché de 50 millions d’euros. Certains accusent leur président, J.B. Caroupaye, de faire « des choses dans leur dos » et scissionnent. D’autres bloquent l’accès à la plateforme de pesage de la SCPR (GTOI) au Port, à ceux qui « cassent les tarifs » de transport d’andains sur lesquels ils se sont entendus …

Assisterons-nous dorénavant à des batailles de rue entre « gangs de transporteurs » et « gros bras » pour s’accaparer le « gâteau » de la NRL ?

On le voit, la NRL ne parvient pas à donner le ballon d’oxygène attendu par le BTP qui a perdu 9 000 emplois jusqu’en 2014 (source FRBTP). L’investissement de 2 milliards d’euros - au moins - qu’atteindra ce chantier en mer à terme est donc très mal optimisé socialement et économiquement au regard des besoins de notre population. On prétend encore une fois former des centaines de jeunes dans des secteurs qui, devenus bientôt obsolètes, en feront de futurs émigrés forcés. Capitalisons plutôt ici nos formations !

Un front commun s’organise pour « sauver » La Réunion… Une délégation de socio-professionnel du BTP et d’élus se rendrait à Paris pour réclamer un investissement urgent de rééquilibrage de 600 millions d’euros.
Il faut en effet réorienter d’urgence la politique d’investissement vers une politique plus créatrice d’emploi que ne le fait la NRL qui réclame, elle, un savoir-faire maritime étranger à l’île. En mobilisant surtout des transporteurs et terrassiers, trop peu d’entreprises locales sont mises à contribution, quand 97% de son marché est capté par les groupes majors du BTP : Bouygues, Vinci et Holcim.

Ce ballon d’oxygène de 600 millions d’euros, cette fois mieux investi pour irriguer l’ensemble du BTP, nous permettrait de suspendre, sans dommage majeur, les travaux de la NRL jusqu’à l’issue des 15 recours. »

Le Bureau
ATR-Fnaut


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