Economie

Panique à bord

Bureaux d’études réunionnais

Jean Fabrice Nativel / 9 septembre 2009

Monsieur le préfet de La Réunion, vous recevrez bientôt la visite des membres de la Chambre Syndicale des ingénieurs et bureaux d’études de La Réunion (SYNTER) non pas pour des nouvelles réjouissantes mais pour des nouvelles alarmantes. En effet, les bureaux d’études de La Réunion connaissent une baisse importante d’activité d’où des licenciements. Ils attendront de vous des solutions à leur crise pour qu’elle ne s’aggrave pas. « On sait que l’on peut compter sur vous en pareille circonstance ».

Panique à bord des bureaux d’études (BE) de La Réunion qui interviennent en amont de la construction d’infrastructure comme les établissements scolaires, les logements qu’ils soient publics ou privés ainsi que la réalisation de routes etc… "Lancement" hier matin "des fusées de détresse" de la Chambre Syndicale des ingénieurs et bureaux d’études de La Réunion (SYNTER) (1) "dans l’une des cabines" d’un restaurant de la capitale avant que les BE ne coulent.

Baisse d’activité de 40% et des effectifs

En effet depuis octobre de l’année dernière, l’activité n’a cessé de baisser pour atteindre actuellement 40% souligne Hervé Gaudex, président de cette chambre. Ce qui est considérable.
Les BE du SYNTER sont 23 —soit la majorité des BE à La Réunion— emploient ou plutôt employaient 350 personnes car 25% de cet effectif soit 87,5 employés a bénéficié de départs volontaires ou de licenciements économiques. En effet se séparer de personnel compétent pour cause de baisse d’activité, les responsables des BE l’ont fait à contre-cœur.

Des BE réunionnais compétents

Cette diminution de 25% est peut-être peu par rapport au nombre d’ouvriers du bâtiment. Mais la comparaison s’arrête ici. Des études de faisabilité de ces bureaux dépendront la construction par exemple de logements. Encore faut-il qu’elles soient faîtes avec rigueur et sérieux. Au sein de certains BE, des soi-disant professionnels sont prêts à tout, dénonce le SYNTER pour décrocher des marchés. D’ailleurs, ils – ces professionnels – n’habiteront jamais ces logements qui se fissurent peu de temps après l’entrée du locataire. Il met certes les pieds dans un appartement neuf, mais qui en réalité cache des anomalies – tous les logements ne sont pas à mettre dans le même panier. On s’étonne après de parkings inondés. Pour sortir de la voiture et cheminer au rez-de-chaussée, prévoyez une tenue de plongée ou un canot pneumatique. D’où le dicton « bon marché i kout shèr » !

Études abandonnées, bureaux d’études pas payés

Les études, c’est du sérieux. Et des études, les BE en manquent. La faute notamment aux collectivités. Prenant les commandes de certaines d’entre elles, des élus ont abandonné les projets de leurs prédécesseurs sans prendre la peine d’informer les bureaux d’études retenus pour le dit projet. Quelle impolitesse ! Un projet abandonné, c’est de l’argent perdu pour les BE qui doivent néanmoins payer les personnes employées à l’étude de ce projet. En conséquence, ces entreprises perdent malgré elle de l’argent. « É larjan i trouv pa sou in galé ».

Trésorerie « grippée »

La trésorerie de ces BE, qui sont avant tout des petites et moyennes entreprises, fond comme neige au soleil – rien à voir le changement climatique. Face aux gros BE, ils ne font pas le poids si bien qu’à terme, on licenciera et on fermera ces structures. « Le gro i manj lo p’ti ».

Les BE réunionnaises sont en état d’alerte maximum. Pour renverser la vapeur, des projets doivent être lancées encore faut-il, que les maîtres d’ouvrages s’activent. Voilà Monsieur le préfet, un énième dossier posé sur votre bureau. Mes salutations distinguées et bon travail.

Texte et photo Jean-Fabrice Nativel

(1)Hervé Gaudex (président), Hervé His et Fabrice Vendomel (vice-président), Ginet Deletre (trésorier).


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