Economie

Pas de reprise de l’économie française

Prévisions pessimistes de l’INSEE

Céline Tabou / 4 octobre 2014

L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a confirmé la stagnation de la croissance française, contrairement aux estimations faites en juin, prévoyant une croissance modérée à 0,3 %. L’INSEE a revu à la baisse sa prévision de croissance passant de 0,7 % en 2014, à désormais 0,4 % du PIB pour la même année.

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Pas de reprise en vue pour l’économie, le BTP n’est pas encore sorti de la crise.

Après avoir prévu une reprise de l’économie française, l’INSEE a constaté une atonie de la conjoncture du pays, assurant qu’il n’y aurait pas de reprise « pour bientôt », contrairement à ce qu’annonce le gouvernement. La croissance annuelle du PIB de la France devrait être de + 0,4 % en 2014, comme en 2013 et 2012.

Un contexte économique morose

L’institut a indiqué qu’après une forte baisse de la croissance au premier semestre (-1,5 % puis -1,7 %), en raison du cumul de facteurs défavorables, « l’activité dans la construction continuerait certes de se contracter au second semestre mais le recul s’atténuerait », passant de -0,7 % à -0,5 %. L’INSEE précise que l’économie française devrait croître « à peine » d’ici la fin de l’année de +0,1 % par trimestre.
En moyenne annuelle en 2014, la croissance du PIB resterait modeste, à +0,4 %, comme en 2012 et 2013, ce qui s’explique par l’amélioration des données dans l’industrie manufacturière, passant à +0,1 %, après -0,6 % en 2013 et -2,1 % en 2012. Celle-ci « serait compensée par la nette dégradation dans la construction dont la production reculerait », de 3,6 % pour la troisième année consécutive.
Vladimir Passeron, chef du département de la conjoncture à l’INSEE, a expliqué lors d’une conférence de presse que la France se trouvait dans un « régime de croissance extrêmement bas », avec un taux de croissance de seulement 0,1 % par trimestre en moyenne depuis le printemps 2011.

Investissement en berne

L’économie française fonctionne au ralenti, d’autant plus que les ménages épargnent de plus en plus, avec un taux prévu à 15,6 % en 2014, contre 15,1 % en 2013. Cependant, ils consomment « à peine plus » (+0,1 % en 2014). Le point de difficulté du pays reste l’investissement des ménages qui a fortement reculé (-2,5 % après -2,7 %).
Quant à l’investissement des entreprises, il s’est de nouveau contracté au deuxième trimestre 2014 passant de -0,7 % après -0,6 %. La construction continue sa baisse avec -1,4 %, et également les produits manufacturés : -1,0 %. L’INSEE a noté qu’en raison de « l’atonie persistante de la demande, l’investissement des entreprises reculerait de nouveau au second semestre mais plus modérément (-0,3 % puis -0,2 %)".
Le projet de loi de finances pour 2015, présenté mercredi 1er octobre au Conseil des ministres, prévoit une croissance de 1 %, avec ce qu’elle implique pour les rentrées fiscales ainsi que les dépenses sociales, pour annoncer un déficit public en légère baisse. La croissance devrait être à 4,3 % du Produit intérieur brut après 4,4 % cette année, a noté le projet du gouvernement. Suite aux données de l’INSEE, le ministre des Finances Michel Sapin s’est défendu d’avoir présenté une prévision “sincère”, ce que le président François Hollande a qualifiée de “réaliste”. Bercy a ainsi précisé que son hypothèse était “médiane”, et même « légèrement inférieure au consensus des économistes », qui est de 1,1 %.

Le chômage reste important

Dans le domaine de l’emploi, fer de lance du gouvernement, l’INSEE a indiqué qu’en dépit d’une légère progression de l’emploi dans les secteurs marchands non agricoles au deuxième trimestre 2014 (+8 000 postes après -20 000), dû au rebond de l’intérim. L’atonie de l’activité du pays entraînera un recul de l’emploi marchand au second semestre 2014 soit -26 000 par trimestre en moyenne. D’ailleurs, hors intérim, l’emploi marchand est quasiment stable, car le secteur détruit 5 000 postes par trimestre.
Pour l’INSEE, « la poursuite de la montée en charge des emplois d’avenir serait atténuée par les sorties plus nombreuses de contrats uniques d’insertion », en 2014. Cependant, le soutien du gouvernement des emplois aidés pourrait compenser le recul de l’emploi marchand et l’emploi total serait quasi stable au second semestre. En dépit de cette stagnation, le chômage augmente au second trimestre 2014, passant à 10,2 % de la population active en France en moyenne. L’institut prévoit une augmentation de 0,1point d’ici la fin de l’année, pour atteindre 10,3 %.
Selon des économistes cités par l’Agence France Presse, il faut près d’1,5 % de croissance en moyenne pour faire refluer le chômage. Avec une croissance prévue à 0,4 %, aucun experts ne prévoit de baisse avant 2015. D’ailleurs, plusieurs membres du gouvernement, dont le Premier ministre Manuel Valls, ont admis que les chiffres du chômage ne pouvaient être bons en l’absence de croissance.
Le ministre du Travail, François Rebsamen, a fixé un objectif de maintien du taux sous la barre des 10 % en France en 2014, souhaitant ramener le nombre de chômeurs « le plus près possible des trois millions » d’ici à la fin du quinquennat en 2017. Pour cela, le gouvernement mise tout sur le Pacte de responsabilité, dont il attend plusieurs centaines de milliers d’embauches.
Le pacte alloue 40 milliards d’euros aux entreprises d’ici à 2017, en contrepartie de créations d’emploi dans les différentes branches professionnelles. Cependant, les négociations n’ont toujours pas été entamées, et le principal syndicat du patronat a mis en avant ses propres propositions pour créer des emplois, laissant seule les industries chimiques signer un accord.


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