Economie

Plus de 50 milliards d’euros retirés des comptes en banque

La Grèce s’enfonce dans la crise

Manuel Marchal / 4 juin 2011

C’est dans la remise en cause politique du cadre qui a conduit la Grèce à la catastrophe que se situe l’issue à la crise. Toute faillite serait le début de la fin de l’euro, et le retour à la domination absolue du dollar en Europe.

Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour la Grèce. L’agence de notation Moody’s a dégradé la note de la dette souveraine. Cette dernière est désormais CAA1, ce qui signifie que l’agence laisse entendre que ceux qui prêtent de l’argent à la Grèce courent un risque de ne pas être remboursés.
Autre annonce hier : entre décembre 2009 et mars 2010, les Grecs ont retiré 50 milliards d’euros de leurs comptes en banque, indique "Le Monde". C’est une diminution de 16% des sommes gérées par les établissements bancaires en Grèce.
Trois raisons expliquent ce phénomène. Tout d’abord la fuite des capitaux. Selon le Ministère de l’Économie en Grèce, les avoirs grecs à l’étranger peuvent être estimés à 280 milliards d’euros. C’est beaucoup plus que les 199 milliards d’euros qui restent encore dans les banques en Grèce.
L’autre raison de ces retraits, c’est la peur de la faillite. Les épargnants préfèrent retirer leurs économies pour être sûrs de les préserver.
Enfin, la dernière raison est sans doute la plus inquiétante. Des Grecs sont obligés de puiser dans leur épargne pour faire face aux conséquences d’un plan de rigueur sans précédent. Mais aujourd’hui, que reste-t-il dans les banques en Grèce ? Car force est de constater que la situation s’aggrave de jour en jour.
En effet, en échange d’un prêt de 110 milliards du FMI, le gouvernement socialiste a imposé des mesures d’austérité : baisse des salaires et des retraites, hausse des impôts.

L’abandon de l’euro évoqué

À la fin du mois dernier, un vent de panique avait soufflé. Le Premier ministre avait annoncé que l’État serait en cessation de paiement si une tranche de 12 milliards du prêt n’était pas versée au mois de juin. Du coup, des Grecs se sont précipités par milliers aux guichets des banques pour retirer toutes leurs économies. La crise de confiance s’installe de manière durable.
Dans ce flot d’informations, une retient l’attention. Il s’agit d’une déclaration de la représentante de la Grèce à la Commission européenne, Maria Damanaki. Selon cette dernière, si le plan d’austérité ne ramène pas l’équilibre dans les finances, alors la Grèce abandonnera l’euro et reviendra au drachme.
Si le gouvernement grec prenait un jour une telle décision, alors ce serait un grave coup porté à la seule monnaie actuellement susceptible de tenir tête au dollar. Combien de temps alors l’euro pourrait résister à ce cataclysme que constituerait une telle défiance ?
Nul doute qu’un tel résultat ferait les affaires des initiateurs de la guerre monétaire déclenchée par l’effondrement de la banque Lehmann Brothers. Car si l’euro est anéanti, des pays européens pourraient atteindre le degré de vulnérabilité atteint aujourd’hui par la Biélorussie (voir encadré) : dévaluation à deux chiffres et inflation galopante.

L’issue est dans le politique

Pour tenter de sortir de la crise, un bruit court qu’un nouveau prêt pourrait être demandé par le gouvernement grec. Ce dernier ne cherche donc pas à mettre en cause le système qui a placé le pays dans cette situation, il tente de mettre en œuvre des solutions techniques pour régler un problème qui a dépassé depuis longtemps les frontières de l’économique.
Car même si l’État grec vendait tout ce qui est en sa possession, il ne pourrait pas rembourser sa dette. C’est donc bien dans une décision politique que réside la sortie de crise.
Mais cela suppose de remettre en cause le cadre qui a conduit à cette catastrophe. Et jusqu’à présent, le gouvernement socialiste au pouvoir en Grèce applique des mesures qui certes lui sont imposées, mais qui surtout renforcent l’emprise des intérêts extérieurs sur l’économie du pays. Or, c’est sans doute dans la capacité de la Grèce à surmonter la crise que se joue l’avenir de l’euro. Les initiateurs de la guerre monétaire vont-ils réussir à rétablir le règne absolu du dollar sur le continent européen et dans le monde ?

M.M.


39% d’inflation prévue en Biélorussie

À la différence de la Grèce, la Biélorussie n’est pas sous le parapluie de l’euro. Elle doit appeler le FMI à son secours, mais sa situation s’aggrave bien plus rapidement.

Confrontée à une grave crise économique et financière, la Biélorussie, qui a dû se résoudre à dévaluer sa devise nationale de 36% la semaine dernière, a annoncé lundi le relèvement de ses taux directeurs, qui passeront de 14% à 16% le 1er juin.
Ce relèvement qui, selon la banque centrale du pays, reflète « la croissance continue des prix et les anticipations élevées d’inflation » fait suite à de précédentes hausses de taux décidées en mars et en avril.
Minsk estime en effet que l’inflation pourrait atteindre 39% cette année et la banque centrale biélorusse a perdu un quart de ses réserves de change cette année en essayant de soutenir le rouble.
En prenant la décision de relever ses taux, la banque centrale espère rétablir la balance des paiements de la Biélorussie, qui attend de la Russie une assistance financière de l’ordre de 3 milliards de dollars. (2 milliards d’euros).
Le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, avait déclaré la semaine dernière que cette aide pourrait être débloquée le 4 juin. Mais la Biélorussie, a-t-il dit, doit privatiser d’importants pans de son économie — jusqu’à 7,5 milliards de dollars d’actifs — pour compléter ce plan de sauvetage financier.
Mais ce plan de privatisation exigé par le pouvoir russe en contrepartie de son soutien financier a provoqué de fortes tensions la semaine dernière. Le Président Alexandre Loukachenko a ainsi prévenu Moscou que l’État biélorusse ne braderait pas ses actifs en contrepartie de crédits russes.


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