Economie

Pour un modèle de société basé sur la production locale

La CCIR et le Conseil interministériel

Sophie Périabe / 31 octobre 2009

Le 6 novembre prochain, Nicolas Sarkozy rendra sa conclusion sur les Etats Généraux de l’Outre-Mer en présence des les élus domiens. Avant de s’envoler pour Paris, Eric Magamootoo a tenu hier à exprimer ses attentes pour la Réunion ; pour lui, notre île doit restée une terre de production et non de consumérisme.

« Le président de la République doit apporter une affirmation claire, nette et précise d’un choix de société pour La Réunion » indique Eric Magamootoo. Un choix qui a été exprimé tout au long des Etats Généraux selon le président de la CCIR.
« La Réunion doit être une terre de production où la valeur du travail et la solidarité sont le ciment de la cohésion sociale. Nous avons ici des hommes et des femmes qui ont développés un savoir-faire, un savoir-être, nous avons un terroir qui nous offre des produits de qualité ». Le concept de terre de production endogène est plus que jamais à l’ordre du jour.
Entouré d’acteurs locaux de la production agroalimentaire réunionnaise, Eric Magamootoo craint qu’au nom du prix, « on livre aux consommateurs des produits qui ne respectent pas les normes de traçabilité, de développement durable, etc. On met en danger les filières agroalimentaires réunionnaises, on est en train de défaire ce qu’on a construit depuis des années ».
Le président de la CCIR lance donc un appel à Nicolas Sarkozy mais également à l’ensemble des réunionnais. « Nous pouvons et devons consommer local ».

« On ne peut pas tout faire au nom du prix »

Patrick Hoarau, président de la Sicalait était présent afin de défendre le modèle de développement de la filière laitière. « Nous avons choisi un modèle de développement familial » alors qu’il était possible de satisfaire la demande locale avec une seule exploitation d’une centaine de bêtes et une quinzaine d’emplois. « Au nom du prix, on ne peut pas tout faire. En métropole, c’est ce qui se passe avec la crise du lait. La filière meurt à cause du prix ».
La SICA Terre Réunionnaise, qui représente 170 producteurs et un volume de 8 à 10.000 tonnes de fruits et légumes chaque année, était également présente. Son président a tenu à rappeler que les collectivités locales ne jouent pas le jeu actuellement. « Nous avons la possibilité de subvenir aux besoins des collectivités mais on ne peut pas concurrencer les importations ». Aujourd’hui, selon M. Leveneur, les exploitations sont à la limite de l’étouffement, avec un cahier des charges strict à respecter. De l’autre côté, il y a les produits importés qui sont fabriqués sans aucun respect des normes.
Selon la SICA Terre Réunionnaise, il manque à La Réunion une réelle prise de conscience des élus et de la population sur l’importance de consommer local et de soutenir l’activité et les emplois qui vont avec.

Le rôle de la commande publique

C’est donc vraiment un modèle agricole raisonné et familial qui doit prévaloir à La Réunion selon les acteurs de la filière et la CCIR. « En terme de volume, il faut que la commande publique joue le jeu. Concernant les intrants et la continuité territoriale, les coûts de production à La Réunion doivent être identiques à n’importe quel territoire européen ».
Selon Eric Magamootoo, le concept de l’Outre Mer doit être remplacé par le concept des Outre Mer. « Ici, nous avons une production locale, ce qui n’est pas le cas de la Guadeloupe et de la Martinique. Les spécificités réunionnaises doivent être prises en compte afin de donner une chance à la production locale ».
Le président de la CCIR souhaite donc pouvoir compter sur l’aide de l’Etat pour un vrai contrôle des marchandises importées à la Réunion, « en terme de traçabilité, de bilan carbone, de critères sociaux, etc., et que les maires privilégient les produits locaux dans la commande publique ».

S.P.


APE : prendre en compte les spécificités locales

Olivier Chong, responsable d’Avi-ferme craint l’ouverture des frontières avec les accords APE. « Il faut savoir qu’il n’y aucune importation d’œuf actuellement à La Réunion. Avec les accords APE, toutes les frontières seront ouvertes avec les pays voisins ».
A La Réunion, les producteurs sont confrontés à la réglementation européenne, ce qui n’est pas le cas de nos voisins. « Nous risquons de nous dépositionner par rapport au prix pratiqué par nos voisins. On se demande si on ne va pas retrouver des œufs mauriciens ou sud africains sur le marché réunionnais ? Est-ce que nous, on ne sera pas obligé d’aller produire ailleurs et après importer à La Réunion ? » Aujourd’hui, la filière est très bien organisée et fait vivre des dizaines de familles réunionnaises.
Selon Eric Magammotoo, il est primordial que les négociations sur les APE prennent en compte les spécificités locales si on ne veut pas voir des filières totalement détruites. « La Réunion est un petit territoire et on se doit se préserver ce qui se fait ici ».

S.P.


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