Economie

Région Réunion responsable de l’effondrement du tourisme dans l’île

Le requin n’explique pas la crise, une stratégie déplorable et l’effet inflationniste de l’aide au voyage sur le prix des billets d’avion font fuir les touristes

Manuel Marchal / 2 mars 2015

La fréquentation touristique continue de s’effondrer à La Réunion. Un rapport est sorti récemment, il met les problèmes sur le dos du requin, une espèce de poisson présente pourtant depuis quelques millions d’années à La Réunion. Une vice-présidente a saisi l’occasion pour dire que cela rappelle quelques vérités. À propos de vérités, la Cour des comptes avait publié en février 2014 un rapport sévère sur la stratégie touristique de La Réunion. Ces quelques extraits permettent de rappeler la vérité de la situation, n’en déplaise à cette vice-présidente de la Région.

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600 000 touristes et 20 000 emplois dans le tourisme, c’était la promesse électorale de Didier Robert. Mais où sont donc passés les touristes ?

Les touristes fuient La Réunion. Les hôtels de l’île ont connu une nouvelle baisse de la fréquentation en 2014. La chute est de 8 %, selon l’enquête de l’INSEE publiée vendredi. C’est la 3e année consécutive de baisse. C’est une claque pour la Région Réunion, responsable du tourisme dans l’île. En 2010, Didier Robert s’était fait élire en promettant notamment 600.000 touristes qui allaient créer 20.000 emplois. On est bien loin du compte. L’explication de cette crise ne réside pas dans les arguments diffusés par la Région Réunion. Un rappel s’impose. C’est un document qui n’a que 12 mois.

Les magistrats de la Cour des comptes avaient enquêté sur la politique touristique à La Réunion, le rapport date de février 2014. Leurs remarques donnent des explications sur l’effondrement de la fréquentation touristique. Elles insistent sur les conséquences de décisions stratégiques prises par l’autorité responsable, en clair la Région Réunion.
Ce sont ces choix qui sont à l’origine de la crise actuelle, et non pas le requin, une espèce de poisson plus vieille que les dinosaures, et qui a élu domicile dans l’océan Indien avant même que La Réunion sorte de l’eau.

Force est de constater que les autres pays où vit le requin n’utilisent pas sa présence pour expliquer la variation de leur fréquentation touristique. Le requin existe aussi à l’île Maurice et aux Maldives, deux pays qui accueillent chacun un million de touristes par an. Quelques extraits du rapport de la Cour des comptes publiés l’an dernier pour rappeler la vérité :

Ce qu’écrit la Cour des comptes

« Dans l’océan indien, La Réunion est en retrait par rapport à ses concurrents, Maurice (965.000 touristes en 2012) et les Maldives (958.000 touristes), qui ont connu une croissance supérieure à 30 % ces dix dernières années. (…) »

« Des hypothèses irréalistes, comme l’objectif de parvenir à 600 000 touristes d’ici 2015 à La Réunion, l’offre d’hébergement étant incapable d’absorber un tel flux. (…) »

« À La Réunion, les actions de promotion, qui prennent la forme d’événementiels organisés en métropole et à l’étranger, sont peu évaluées alors qu’elles entraînent des frais importants liés au transport aérien, au fret et à l’hébergement des participants sans avoir d’effet structurant immédiat. »

« La Réunion participe depuis 2010, avec les îles de la zone (Maurice, Seychelles, Madagascar, Mayotte, Comores, Maldives), à une nouvelle stratégie promotionnelle destinée à séduire les clientèles étrangères, particulièrement les touristes européens et chinois, en leur proposant des offres combinées inter-îles. Fin 2013, ce concept des « îles vanille » se traduit essentiellement par la vente d’offres combinées entre La Réunion et Maurice et peine encore à se matérialiser dans les taux de fréquentation en raison notamment des différences dans les réglementations relatives aux visas et au fait que les partenaires sont également des concurrents. »

« Les dispositifs de continuité territoriale (aide au transport en faveur des résidents) et de congés bonifiés (prise en charge des frais de voyage des fonctionnaires tous les trois ans) peuvent avoir un caractère inflationniste sur les tarifs aériens. »

Région Réunion persiste

Manifestement, la Région Réunion n’a pas pris en compte ces remarques, car la crise s’est encore aggravée en 2014. Les hôtels ont encore perdu de la clientèle et ce n’est pas fini. Car en cette année électorale, la Région Réunion compte développer encore davantage la mesure clientéliste des bons de réduction sur les billets d’avion. Elle va mettre 24 millions d’euros en fonds propres dans une subvention qui atterrira directement dans les caisses des compagnies aériennes. Cela contribuera à augmenter artificiellement les prix, et donc à faire fuir les touristes.


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