Economie

Retarder la transition énergétique augmentera le prix du changement climatique

Des économistes alertent

Témoignages.re / 7 janvier 2013

Cinq économistes l’affirment : tergiverser encore quelques années avant d’engager la transition énergétique pourrait septupler le coût de la lutte contre le changement climatique.

« Mesdames et messieurs, les experts, qui négociez, depuis les années 1990, le cadre de la lutte contre le changement climatique, vous allez nous coûter cher » . La critique ne porte pas sur l’organisation d’innombrables rounds de négociations, réunions intermédiaires, groupes de travail, sans oublier les conférences des parties (COP) annuelles. Des événements dont on finit par penser qu’ils servent plus à soutenir les industries du transport aérien et de l’hôtellerie qu’à baisser la concentration de gaz à effet de serre (GES). La critique porte plutôt sur l’incapacité de nos experts à convaincre les politiques de l’urgence à réduire notre empreinte carbone.

Depuis le sommet de Copenhague de 2009, la collectivité mondiale s’est fixée comme objectif de stabiliser le réchauffement à 2°C (par rapport à l’ère préindustrielle) d’ici à la fin du siècle. À suivre le plan d’action adopté à Bali, deux ans auparavant, cet objectif requiert, au minimum, que les pays les plus développés abattent de 25 à 40% leurs émissions de GES entre 1990 et 2020 (on en est loin) et de 80 à 90% entre 1990 et 2050.

Le chemin inverse

Pendant le même temps, rappelle le GIEC, les pays émergents devront avoir sévèrement infléchi leurs émissions. Jusqu’à présent, ils ont plutôt emprunté le chemin inverse.

Aussi invraisemblable que cela paraisse, l’effort à produire pour décarboner ainsi nos sociétés n’est pas hors de portée financière. Le GIEC et l’économiste Nicholas Stern sont d’ailleurs à peu près d’accord. En consacrant l’équivalent de 1% par an de notre PNB pour améliorer notre habitat, réduire nos besoins de mobilité, réduire notre addiction aux énergies fossiles, le défi des 2°C peut être relevé. À une condition : débuter tout de suite.

Un détail sur lequel 5 économistes viennent de mettre le doigt.

Monétariser les émissions

Dans un article publié, jeudi 3 janvier, dans "Nature", Joeri Rogelj (université de Zürich) et ses co-auteurs chiffrent le coût du retard à l’allumage. Après avoir fait tourner 500 scenarii technologico-économiques, leurs conclusions sont assez simples. En mettant dès maintenant, tout le paquet technologique et organisationnel, il est très possible de stabiliser les émissions anthropiques de GES dès 2015 avant de les faire régulièrement diminuer jusqu’à atteindre les niveaux préconisés par le GIEC, dès 2007.

Et l’un des meilleurs moyens d’y parvenir est de monétariser les émissions mondiales de CO2. En faisant payer 20 dollars/tonne (15,2 euros par tonne) l’émission d’une tonne de gaz carbonique, les chances de succès sont estimées à 50%, contre 66% avec un coût d’émission de 40 dollars (30,4 euros). Pour mémoire, le prix du quota européen sur le marché spot est actuellement de… 6,7 euros.

Le mauvais exemple des U.S.A.

Évidemment, le montant de la facture augmente à mesure que l’on tarde à agir (en 2020… ?). Et pour cause. Il faut tout faire en même temps, plus vite, plus fort. Cette fois, estiment nos économistes, pas la peine de penser inverser la tendance réchauffante, en moins de 30 ans, à moins de payer 150 dollars (114 euros) le rejet d’une tonne de gaz carbonique.

Pas pensable ? Allez savoir ce que l’avenir économique nous réserve. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’après avoir voté l’accord sur le mur fiscal, le Congrès américain aux U.S.A. a refusé d’adopter le budget de 60 milliards de dollars, prévu pour aider les victimes et réparer les dégâts de Sandy. Un ouragan que de nombreux scientifiques et responsables politiques américains n’ont pas hésité à attribuer au réchauffement climatique.


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