Economie

Rigueur après rigueur, le gouvernement taxe la population

Le pouvoir a-t-il vraiment la volonté d’aller chercher l’argent là où il est ?

Céline Tabou / 7 novembre 2011

Nicolas Sarkozy et François Fillon ont annoncé un plan drastique destiné à satisfaire les agences de notations, qui menacent d’abaisser la note « AAA » de la France. Ce nouveau plan de rigueur aura des conséquences pour les plus démunis, notamment à La Réunion, où 49% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Ce soir, le Premier ministre présentera à la télévision le nouveau plan de rigueur annoncé par Nicolas Sarkozy avant le Sommet du G20 de Cannes et qui devrait permettre à l’État d’économiser 6 à 8 milliards d’euros. Tout va y passer, des collectivités territoriales à la TVA, d’un possible second jour de solidarité à une remise en cause du secteur de l’aide à la personne.

Objectif : Ne pas perdre le « triple A »

Au cours des négociations, le président a prévenu qu’il voulait des mesures lisibles par l’opinion et immédiatement efficaces. « Il n’est pas question que la France perde son triple A », aurait-il répété en privé, selon l’“Agence France Presse”. Dans sa suite, François Fillon a justifié les mesures drastiques destinées à réduire de 45 milliards d’euros le déficit public, creusé par son propre gouvernement.
Devant les participants du Congrès des maires de Haute-Savoie, samedi 5 novembre, à Morzine, il a indiqué que « l’heure de vérité a sonné, il n’est pas utile de s’en prendre aux agences de notations, aux banquiers, aux spéculateurs ou à je ne sais quel bouc émissaire, pas utile de faire croire qu’il y a des trésors cachés pour financer nos dépenses publiques ».

La faillite de la France

Dans son discours, François Fillon a affirmé avoir « attiré depuis longtemps l’attention sur notre situation financière, j’ai prononcé le mot de faillite pour réveiller nos consciences ; et j’ai écrit que la France pouvait supporter la vérité ». Quatre ans plus tard, la situation s’est aggravée, le déficit passé de près de 2% à plus de 7% est l’une des principales causes des déséquilibres financiers. Souhaitant « ramener à l’équilibre budgétaire » sans « étouffer les moteurs déjà très fragiles de la croissance », le gouvernement UMP veut mener « une politique difficile », qui devrait peser sur la population.
Le 21 septembre 2007, François Fillon annonçait que la France était en « état de faillite ». « En vérité, moi, je suis à la tête d’un État en situation de faillite sur le plan financier, un État qui est depuis quinze ans en déficit chronique, un État qui n’a jamais voté un budget en équilibre depuis vingt-cinq ans, ça ne peut pas durer ! ». Aujourd’hui, quel doit être l’état économique de la France, avec les crises économique et financière, et de la dette souveraine européenne ? Alors que le pays a vu son déficit public exploser, où le gouvernement compte-t-il tirer les 45 milliards d’euros d’économies annoncées aux participants du Congrès des maires à Morzine.

Décidé à faire des économies, où trouver l’argent ?

Ce troisième plan de rigueur devrait à nouveau toucher la population par des hausses d’impôts et de taxations (assurance, mutuelle), la réduction du budget de la Sécurité sociale, la hausse de la TVA dans la restauration et les services à la personne, le coup de rabot sur les niches fiscales qui financent les investissements à La Réunion, le gel des dotations de l’État aux collectivités territoriales qui s’impliquent dans l’aide sociale.
Face aux perspectives à venir, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a prévenu dimanche qu’il était « hors de question d’accepter cette nouvelle austérité », et en particulier « une nouvelle journée de travail gratuit ». En effet, de nombreux syndicalistes ont fustigé les mesures devant être prises qui rendent responsables les actifs et non actifs de la crise.
Taxer les hauts revenus, le système bancaire et les holdings ayant des comptes à l’étranger et exonérés d’impôts grâce à des finesses comptables pourrait être un moyen de trouver de l’argent, ont indiqué certains d’entre eux.

Céline Tabou


La comparaison à 1945 : un leurre

1945, la France voit la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des conséquences économiques et sociales de ce conflit. Cependant, boostée par le baby-boom, la France retrouve une forte natalité, son économie redémarre par la nationalisation des grandes entreprises, dans des secteurs clés comme l’énergie, le transport aérien, les banques, dont la Banque de France, les assurances, et le gouvernement provisoire, présidé par Charles de Gaulle, composé de communistes, de socialistes et de gaullistes crée la Sécurité sociale et les comités d’entreprise.
Les évènements sont bien différents de ceux que souhaite évoquer François Fillon dans son discours à Morzine. Construction de logements, aménagement du territoire, recherche scientifique, industries de transformation, de nombreux secteurs se sont développés suite aux investissements de 1945, permettant à la France de rattraper son retard en matière de technologie et d’entamer une période de croissance de 30 ans après 10 ans de dépression économique et 6 ans d’un conflit mondial qui a détruit un nombre considérable de richesses.


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