Economie

Taux de couverture des importations : 6%

Les chiffres du commerce extérieur confirment l’impasse catastrophique du modèle actuel

Manuel Marchal / 16 juin 2010

Le déséquilibre entre les importations et les exportations augmente, le taux de couverture des importations diminue d’un point, et le nombre d’entreprises exportatrices a baissé de 42 unités. La décision d’arrêter le tram-train va encore accentuer ce déséquilibre en délocalisant la création d’emplois et de richesses en dehors de notre île.

Hier à la Préfecture, autour du préfet, le directeur adjoint des services des Douanes et le directeur régional de l’INSEE ont présenté les chiffres du commerce extérieur de La Réunion.
Les données confirment une évolution structurelle constatée depuis 60 ans. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le taux de couverture des importations était de 100%, il est aujourd’hui de 6%, c’est même un point de moins qu’en 2008.
Cela veut dire que la crise diminue plus fortement les exportations que les importations. Une conséquence, c’est une baisse de 42 unités du nombre des entreprises travaillant pour l’export.
17 fois supérieures aux exportations, les importations proviennent à 65% d’Europe. À elle seule, la France fournit plus de 54% des exportations. Autrement dit, la majorité de ce qui est importé provient d’une des régions du monde où le coût de production est le plus élevé, éloignée de 10.000 kilomètres qui plus est. Si l’on ajoute les situations de monopoles, les conditions de la vie chère sont réunies.
Au sein des importations, ce sont les hydrocarbures et les automobiles qui sont les premiers produits. Ensemble, ils représentent 14% des importations. Le tram-train est un projet qui a pour conséquence de faire reculer justement les importations d’hydrocarbures et d’automobiles. Les données du commerce extérieur permettent de se rendre compte du coup porté à notre pays par la décision d’arrêter le tram-train. Car le résultat, c’est une poursuite de l’augmentation des importations des véhicules automobiles et des hydrocarbures, et donc une accentuation de la dépendance de La Réunion envers des produits dont elle n’a aucun moyen de peser sur le prix.
C’est vers cette aggravation de la situation qu’amène tout droit la décision prise par le président de la Région alors que l’alternative avait justement pour but de diminuer les achats de produits importés afin d’investir l’argent ainsi épargné dans des projets pour le développement du pays, et donc dans la création d’emplois et de richesses à La Réunion et pas en Europe.

Manuel Marchal


17 fois plus d’importations que d’exportations

Pour Vincent Hec, directeur adjoint des services des Douanes, deux éléments marquent l’année 2009. D’une part, le « fort déséquilibre » des échanges commerciaux. En effet, les importations sont 17 fois supérieures aux exportations (4,2 milliards d’euros d’import contre 247 millions d’euros d’export). Conséquence, le taux de couverture de La Réunion (indicateur mesurant l’indépendance économique) reste à 6% en 2009, contre 7% en 2007.
Autre élément clé que note Vincent Hec, les échanges commerciaux en 2009 sont en baisse par rapport à 2008. Ainsi, les chiffres de l’importation s’élèvent à 4,2 milliards d’euros en 2009 contre 4,5 milliards en 2008 (soit une baisse de 7,60%). En ce qui concerne les exportations, ce chiffre est de 247 millions d’euros en 2009 contre 260 millions d’euros en 2008 (soit une baisse de 4,99%). La baisse des exportations se retrouve également dans les chiffres du nombre de sociétés réunionnaises exportatrices. Elles étaient 635 en 2008 contre 593 en 2009.
Thierry Blin, directeur régional du Commerce extérieur, note tout de même une reprise depuis la fin de l’année 2009 et qui s’est poursuivie au premier trimestre 2010. « Sur les 3 premiers mois de l’année, les exportations vers les pays tiers ont progressé de 48% », signale-t-il. « De mars 2009 à mars 2010, la hausse est de 10% », poursuit-il.
Ces études ne prennent pas en compte la valeur des exportations de services.


Pétrole et automobile : 14% des importations

Dans les détails, les principaux produits importés sont les produits pétroliers (7,60% des importations, soit 471.000 tonnes de carburants), les voitures de tourisme (6,49% des importations) malgré une baisse du nombre d’automobiles importées (29.000 en 2008 contre 21.900 en 2009), les médicaments (5,77% des importations), des composants électroniques (3,04% des importations) ainsi que les véhicules de transport (2,26% des importations). A noter que si tous les produits importés connaissent une baisse ou une légère hausse, l’importation de composants électroniques connaît une hausse importante par rapport à 2008 (+116,92%), du fait notamment de la croissance du marché du photovoltaïque à La Réunion.
Les avions font également partie des principaux produits importés (6,96%), mais il s’agit d’un chiffre épisodique lié à l’achat en 2009 de deux boeing 777 en 2009. Ce chiffre a même tendance à fausser quelque peu les résultats de cette étude. Selon Pascal Chevalier, directeur de l’Insee, « sans ce chiffre, l’importation serait en baisse de 13% par rapport à 2008 au lieu des 7,60% enregistrés ».


65% des biens importés viennent d’Europe

Les importations arrivent principalement d’Europe (près de 65%) dont 54,21% de la France. Puis arrive l’Asie avec 18,76% des importations, l’Amérique avec 7,98% des importations (ce dernier chiffre est toujours lié aux deux boeing 777 achetés en 2009) et l’Afrique avec 4,85% des importations. Vincent Hec souligne cependant que les produits venant de la « zone Océan Indien » (îles voisines, Afrique du Sud, Inde et Australie) ne représentent que 5,05% du total, « ce qui montre la faible implantation au niveau régional ». Les produits importés arrivent principalement par bateau (80%).


Baisse des exportations malgré le transit

Les chiffres de l’exportation sont également à la baisse. La canne à sucre reste le principal produit exporté. Il représente 30,24% du total, soit une baisse de l’export de 8,87% alors que la récolte de 2008 était meilleure que celle de 2007. Les produits de la pêche arrivent en 2ème position des produits exportés (18,45%). « Leur exportation est favorisée par les aides européennes », indique Vincent Hec. Les voitures de tourisme, essentiellement des voitures d’occasion qui sont sorties du marché réunionnais, et le rhum, qui se porte très bien avec une hausse de 10,83% de son exportation, complètent le classement en tête.
A noter que les chiffres de l’exportation ne représentent pas complètement la réalité puisqu’ils intègrent le transit, c’est-à-dire des produits destinés à d’autres marchés, mais qui passent par La Réunion. C’est notamment le cas des voitures de tourisme ou encore des téléphones qui sont destinés aux pays de la région. « Les chiffres du transit restent relativement faibles. Ils ne représentent pas plus de 10% du total des exportations », précise Vincent Hec.
Là encore, les produits locaux sont essentiellement destinés au marché européen (56%) dont 42,41% pour la France. Contrairement aux importations, La Réunion est bien implantée dans la zone Océan Indien (îles voisines, Afrique du Sud, Inde, Australie) en ce qui concerne les exportations puisque 24,18% des produits locaux y sont exportés. Le bateau est le principal moyen de transport privilégié pour les exportations (71%).


Les raisons d’une année « sous perfusion »  : où est le milliard de la défiscalisation ?

Comme tous les pans de l’économie réunionnaise, le commerce extérieur n’a pas échappé à la crise en 2009. « Ce fut une mauvaise année », reconnaît Michel Lalande, préfet de La Réunion, qui rappelle que l’économie locale a vécu une année « sous perfusion », grâce au Plan de relance, aux avances sur la TVA ou encore au Protocole Novellli.
Mais qui est responsable de la situation ?
La crise trouve ses origines dans des décisions politiques. La remise en cause de la défiscalisation par le gouvernement a fait fuir les investisseurs, et entrainé une chute du nombre de logements neufs livrés. Depuis 2003, le nombre de visas de conformité électrique était largement supérieur à 10.000 par an, avec un pic à 13.000 en 2007. Mais en 2009, cet indicateur est repassé bien en dessous de 10.000. Quant au logement social, la situation est encore pire. La Cellule économique du BTP rappelait que si l’an passé, 2.991 logements neufs avaient été financés, « près de 90% des dossiers ayant été traités en fin d’année, leur réalisation n’interviendra pas avant juin 2010 ».
Le 8 septembre 2008, la FRBTP tirait déjà la sonnette d’alarme : 1 milliard d’euros pourraient ne pas être investis chaque année à La Réunion en cas de régime de défiscalisation moins favorable. 2009 a confirmé cette prévision catastrophique, résultat de décisions politiques prises à Paris. Et toutes les mesures prises par le gouvernement en 2009 sont très loin de représenter la perte provoquée par les décisions du pouvoir central.


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