Economie

Tokyo et Pékin se passent du dollar

Un changement considérable

Céline Tabou / 30 mai 2012

La Chine et le Japon ont décidé de remettre en cause l’hégémonie du billet vert, en échangeant leurs monnaies sans passer par le « US dollar ». Cette décision a été annoncée mardi 29 mai par le ministre japonais des Finances. Jusqu’à présent, 60% des échanges entre les 2ème et 3ème puissances économiques mondiales se font en utilisant la monnaie nationale des États-Unis, le dollar.

L’objectif des deux puissances économiques mondiales (Chine : 2ème, Japon : 3ème) est de dynamiser leurs commerces et investissements bilatéraux. Il sera donc possible d’échanger des yuans contre des yens, ou des yens contre des yuans, grâce à un calcul de taux de change qui se fera sans passer par la monnaie américaine.
Pékin souhaite réduire les risques liés aux fluctuations du dollar, qui a vu sa courbe faire des dents de scie. Pékin possède une bonne partie de la dette américaine en bon du Trésor, la fluctuation du dollar a entrainé des pertes pour les Chinois qui ont vu leurs échanges avec les Américains se refroidir.

Internationaliser le yuan

C’est la première fois que la Chine accepte de négocier sans passer par la case dollar, traduisant sa stratégie d’internationalisation progressive de sa monnaie, le renminbi (yuan).
« C’est un pas important vers l’internationalisation du yuan. Cet accord ouvre les portes à une conversion future de la monnaie chinoise directement dans d’autres monnaies, et cela, en plus de ce traité yen-yuan. Il y aura donc d’autres monnaies qui entreront dans cet accord à l’avenir », a estimé Yao Wei, analyste en Chine pour la Société Générale à Hong Kong à Radio France Internationale.
Dans le cadre de cette internationalisation, Pékin et Tokyo ont déjà signé, fin 2011, une série d’accords financiers visant à faciliter le commerce entre leurs deux pays. Depuis, Tokyo a annoncé l’achat d’obligations d’État chinoises, signe de la confiance que porte le Japon à l’économie chinoise. D’ailleurs, des obligations japonaises libellées en yuans devraient être mises sur le marché au Japon.
« La longue marche vers l’internationalisation du yuan est donc en route, mais le chemin sera encore long. Malgré nos efforts, le yuan n’est pas encore une monnaie de réserve. Si nous pouvons échanger directement sans passer par le dollar avec des blocs économiques importants, cela facilitera évidemment les questions de liquidités et de dettes. Mais il a fallu beaucoup d’efforts pour arriver à ce niveau de confiance et ces efforts sont régulièrement interrompus par des problèmes politiques », a affirmé Xia Yeliang, professeur d’économie à l’Université de Pékin, à RFI.

Contribution à un plan de relance

L’accord yen-yuan devrait contribuer à la stratégie monétaire chinoise, et plus généralement au plan de relance de l’économie chinoise basé sur les grands chantiers d’infrastructures des grandes compagnies d’État. Mais sur le long terme, la Chine aura besoin des entreprises privées pour tirer la croissance vers le haut et donc posséder une place financière de taille internationale.

Céline Tabou


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