Economie

Tourisme : échec politique

Baisse de la fréquentation l’an dernier

Geoffroy Géraud-Legros / 14 mai 2011

Dans un contexte de croissance de l’activité touristique dans la zone, La Réunion a enregistré l’an dernier une baisse de fréquentation. Un constat qui laisse présager l’échec d’une politique dont la Direction de la Région a fait son cheval de bataille et où elle s’est assignée des obligations de résultat. Et que le président de Région, Didier Robert (UMP), a souhaité prendre en charge personnellement.

La communication de M. Didier Robert affectionne les chiffres ronds. Lors du lancement de sa campagne, le candidat UMP s’affirmait capable de recueillir « 4 milliards » d’investissements pour La Réunion. Le projet présenté comme l’alternative au tram-train consistait à faire rouler « 2.000 bus ». Dans le domaine du tourisme, objet des déclarations les plus percutantes de la nouvelle équipe dirigeante de la Région, l’ambition est clairement annoncée : faire venir « 600.000 touristes » dans notre île à l’horizon 2014.

Baisse et manque à gagner…

Un objectif dont la réalisation qui paraît plus éloignée après une année de mandature UMP : les chiffres dévoilés avant-hier par l’IRT (Ile de La Réunion Tourisme) montrent une fréquentation en baisse par rapport à l’exercice précédent. 420.300 touristes se sont rendus dans notre île l’année passée, contre 421.900 en 2009. Limité en apparence, ce décroissement signifie en réalité un manque à gagner certain pour notre économie.

… dans un environnement pourtant favorable

Surtout, cette contre-performance détone dans l’environnement géographique de La Réunion, où les indicateurs font apparaître une vigueur renouvelée de l’activité touristique. Ainsi, le nombre de touristes se rendant à l’île Maurice s’est accru de 8,5% au dernier trimestre 2011 par rapport à la même période en 2010. Ces chiffres décevants et ce contraste avec l’orientation générale de l’activité touristique dans la zone interrogent directement les choix opérés par le Conseil régional.
Misant sur la critique tous azimuts de l’équipe en place, la campagne menée par l’UMP avait constitué la question du tourisme un enjeu politique. Un an plus tard, les déclarations volontaristes, les actions menées tambour battant et les augmentations massives du budget aboutissent à un recul de la fréquentation : un résultat qui indique l’échec de la stratégie arrêtée par la Région, mais qui est aussi celui de Didier Robert lui-même.

L’échec d’un engagement

Le jour de son entrée en fonction, le nouveau président de la Région avait créé une mini-surprise dans les médias en annonçant qu’il assumerait de fait la vice-présidence au Tourisme, en plus des fonctions de dirigeant de l’exécutif régional et de ses nombreux mandats. Intervenant après une campagne virulente dirigée contre les élus chargés du Tourisme au cours de la mandature sortante, cette décision était érigée en symbole du « changement » par la stratégie de communication du dirigeant UMP. Personnellement impliqué, Didier Robert a mis de puissants moyens financiers au service de ses déclarations volontaristes : d’acomptes en rallonges, le budget de l’IRT a quasiment doublé au cours de la première année de sa mandature, passant de 10 à 19 millions d’euros.
Ses atouts semblaient d’autant plus solides qu’en sa qualité de parlementaire, le nouveau président de la Région avait décroché une mission dans le cadre du « Développement du tourisme dans l’océan Indien et la Méditerranée ». On aurait pu penser que l’arrivée à la tête de l’IRT de Jacqueline Farreyrol, qui lui a succédé au poste de député de la IIIème circonscription, pouvait être un élément supplémentaire de dynamisation. Défaut de planification et de coordination (voir encadré), empressement excessif, mauvaise identification des cibles, communication mal dirigée, intérêts individuels… les causes de l’échec enregistré par cette stratégie à fonds renforcés et perdus sont multiples, et laissent place à l’interprétation. “Témoignages” y reviendra ultérieurement. Ce qui est certain, c’est que M. Didier Robert, qui s’est impliqué dans chacun de ses épisodes, enregistre là un échec politique évident.

Geoffroy Géraud-Legros


Une stratégie sans stratèges : l’exemple australien

Quelles sont les provenances “ciblées” par la politique de l’IRT ? Les études montrent que plus de 80% des touristes qui se rendent dans notre île viennent de France hexagonale, les visiteurs issus de pays de la zone demeurent, quant à eux, extrêmement minoritaires. Cela, malgré les coûteux efforts déployés par Jean-François Sita, vice-président chargé de la Culture, pour attirer la clientèle australienne. Sous son impulsion, le choix de la Région s’est déporté sur la ville d’Adélaïde (État d’Australie du Sud) comme base de la stratégie réunionnaise d’attraction des visiteurs.
Ce choix d’une métropole excentrée, capitale d’un État fédéré qui compte environ 1 million et demi d’habitants, a supplanté celui de la capitale économique, Sidney. La métropole est pourtant située en Nouvelle Galles du Sud et à proximité de l’État de Victoria, qui comptent à eux deux environ 12 millions d’habitants. L’option « Sydney » offrait donc l’opportunité de toucher l’aire où se concentre la moitié de la population du pays.
Fort louable dans l’intention, l’ambition de diversifier la provenance des touristes a-t-elle donné lieu à une stratégie concertée ? La lecture croisée des déclarations de Jean-François Sita et de Pascal Virolleau apporte une réponse négative à cette interrogation : pour le premier, c’est, sans autres considérations, la présence d’un festival qui a déterminé le choix de la destination Adelaïde. Le directeur de l’IRT déclare pour sa part « avoir axé [les] efforts sur les pays disposant d’une ligne aérienne vers notre île et non soumis au problème des visas ».
Or, si des lignes existent bien entre notre pays et l’île-Continent, la ville d’Adélaïde ne dispose pas de connexion directe avec La Réunion. S’y rendre implique d’emprunter Air Mauritius depuis Plaisance, ou d’utiliser la correspondance établie par Air Austral avec un partenaire australien à partir de Sidney, destination directe de la compagnie régionale. Faut-il voir là un effet de l’inclinaison du sommet de la Région, favorable aux intérêts mauriciens, relevée par plusieurs observateurs ? Le constat, en tout cas, ne laisse pas de place au doute : alors que qu’un demi-million d’euros ont été investis dans cette stratégie mal ajustée, la présence australienne demeure négligeable dans notre île.


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