Economie

Un centre d’innovation génétique à La Réunion

La filière caprine

Témoignages.re / 16 octobre 2012

Au cours d’une conférence de presse suivie d’une démonstration dans un élevage à Bras-Panon en présence du directeur de CAPGNES , Monsieur P. Bouet et des représentants de la Chambre d’agriculture, un point d’étape a été fait sur les expérimentations en cours sur la filière caprine à La Réunion.

Les éleveurs caprins de La Réunion ont la volonté d’améliorer la qualité des troupeaux par l’apport de la race boer, race à viande par excellence, originaire d’Afrique du Sud. Cette race répond à la demande de l’ensemble des acheteurs sur l’île.

Ces éleveurs se sont regroupés en associations, qui ont permis l’importation d’animaux reproducteurs boers d’Allemagne en 2005 et 2007, en partenariat avec les principaux acteurs du milieu caprin réunionnais. De par l’insularité de notre île, ces importations ont répondu à 2 problématiques : l’amélioration du troupeau allaitant et surtout l’apport de nouveau sang.

Cette démarche est appréciée des éleveurs, mais les coûts engendrés (achats des animaux, coûts du transport, démarches sanitaires...) et l’arrêté préfectoral interdisant l’importation des animaux vivants constituent un obstacle à toute reconduite de ce type d’opération.

Les associations d’éleveurs se tournent vers la Chambre d’Agriculture, afin de bénéficier d’insémination artificielle boer. Cette demande a été portée à l’attention du Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt.

L’insémination artificielle, grâce à son assurance sanitaire et à son coût plus modeste, répond aux attentes des professionnels. De plus, elle permet de suivre plus efficacement l’évolution de l’amélioration génétique. Malheureusement, la production caprine française étant essentiellement tournée vers la production laitière et fromagère, aucun schéma de sélection viande n’existe en France et donc aucune dose d’insémination n’est produite. D’ailleurs, la race boer n’est pas reconnue au niveau national, étape incontournable pour la mise en place d’un programme d’amélioration génétique.

3 ans d’expérimentation

Ainsi, en 2008, une mission conjointe entre l’Office de Développement de l’Economie agricole des Départements d’Outre-Mer (ODEADOM) et Capgènes, seul Organisme de sélection caprin en France, se déplace dans l’ensemble des DOM afin de faire un état des lieux des filières caprines allaitantes, essentiellement basées dans les Outre-mers, et proposer un programme d’actions répondant aux attentes des professionnels caprins.

Les conclusions de cette mission débouchent sur le choix de La Réunion pour créer le programme de sélection génétique de la race boer. Ainsi, l’expérimentation de l’IA Boer voit le jour, d’abord encadrée par la Chambre d’Agriculture puis, en 2011, par l’ARSEC.

Cette expérimentation couvre une période de 3 ans et doit répondre aux questions de la fertilité des semences des boucs boers et de la réponse des chèvres boers au protocole de synchronisation des chaleurs. Les semences sont récoltées par Capgènes sur des boucs issus de Suisse. Cette expérimentation est menée en parallèle des travaux menant à la reconnaissance de la race Boer et de la chèvre "péï", races reconnues par arrêté ministériel du 22 décembre 2011.

L’expérimentation IA caprine


Depuis 2009, la Chambre d’Agriculture accompagne les acteurs locaux de la filière caprine (ADPECR, Boer Marron et CPCR), en partenariat avec le CIRAD et CAPGENES (organisme de sélection en caprin) dans des projets structurants.

Ainsi, l’expérimentation en insémination artificielle sur chèvre allaitante a pu voir le jour, à La Réunion. Elle durera 3 ans avec la production en 2010 de 200 doses d’IA Boer, de 480 doses en 2011 et de 600 doses en 2012.

Les éleveurs qui participent à cette nouvelle expérience doivent respecter un cahier des charges établi par Capgènes et un protocole strict afin de garantir le meilleur taux de réussite possible.

Les résultats de la première campagne d’insémination témoignent de leur implication : 63% de réussite alors que la moyenne nationale est aux alentours de 60%. Ainsi, 235 chevreaux ont vu le jour chez les 11 éleveurs ayant participé à la première campagne d’insémination.

Sur la campagne 2011-2012, 17 éleveurs se sont associés à cette démarche pour un taux de réussite légèrement en baisse à 56%.

La dernière campagne d’expérimentation a débuté depuis le 1er juillet 2012 et doit s’achever en juin 2013. Déjà 21 éleveurs ont adhéré à ce programme et il y a encore de la place pour ceux qui veulent s’engager dans cette démarche d’amélioration génétique.

La filière caprine en bref


La filière caprine, à La Réunion, est dynamique, mais encore peu structurée. Le cheptel caprin est estimé à un peu plus de 40.000 chèvres mères pour environ 1.450 éleveurs et détenteurs.

Cette production a un réel attrait de par les traditions (rituels tamouls, élevages d’arrière cours traditionnels...), mais certains bouchers font part de leurs difficultés à s’approvisionner en viande de cabri produite localement. En effet, sur les 1.247 Tonnes EC consommées seules 490 TEC sont issus des élevages réunionnais.

La production locale est assurée par environ 220 éleveurs dits professionnels.


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