Economie

Un suivi individualisé pour faire face aux difficultés conjoncturelles

Georges Rygaloff, Tiers de Confiance à la Médiation à La Réunion

Témoignages.re / 22 septembre 2009

M. Georges Rygaloff, correspondant CGPME REUNION en charge de la cellule de suivi de la crise a été nommé Tiers de Confiance de la Médiation à La Réunion. Questions, panorama et enjeux.

Au plus proche de l’entreprise, les Tiers de Confiance de la Médiation, désignés dans chaque département au sein des réseaux professionnels (Chambres de Commerce et d’Industrie, Chambres des Métiers et de l’Artisanat, MEDEF, CGPME, UPA, APCE et réseaux professionnels d’accompagnement à la création/reprise d’entreprises), sont à disposition pour accompagner gratuitement dans les démarches vers la Médiation, mais également pour d’autres difficultés dépassant le ressort de la Médiation du Crédit (demandes d’étalement des dettes fiscales et sociales, etc.).
Ils proposent un suivi individualisé pour répondre à toutes les questions et orienter les demandeurs pour faire face aux difficultés conjoncturelles liées à la crise économique.

En cette période de récession, quel est le problème le plus fréquemment rencontré par les entreprises à La Réunion et pourquoi ?
Georges Rygaloff : Un problème de trésorerie incontestablement.
Celui-ci trouve son origine dans plusieurs facteurs :

- faiblesse structurelle des fonds propres dans la plupart des PME, d’où une forte vulnérabilité avec la crise.

- chute du chiffre d’affaires (baisse de la consommation et des investissements).

- alourdissement du poste clients, avec des délais de règlement de plus en plus longs (les clients eux-mêmes ont du mal à se faire payer) et une augmentation des créances douteuses.

- alourdissement relatif des stocks, avec la chute des ventes.
Dans ce contexte, même celles qui ont des marchés et des carnets de commandes remplis se trouvent étranglées, alors que leur rentabilité reste encore correcte.

Quels sont les principaux secteurs touchés ?

- Principalement le BTP où, à côté de la baisse des commandes, les donneurs d’ordre (y compris les Collectivités) retardent leurs règlements malgré les règles concernant les délais de paiement : ce sont donc les sous-traitants qui font malgré eux les banquiers. Ces entreprises représentent aujourd’hui 80% des dépôts de bilan. Le tourisme et l’hôtellerie/restauration sont également très affectés avec notamment un problème de baisse significative de leur chiffre d’affaires.

L’action des banques ne donne apparemment pas satisfaction : pourquoi ?

- Dans ce contexte de crise où beaucoup d’entreprises souffrent d’un problème de trésorerie, les banques sont effectivement perçues comme celles qui détiennent la clé de leur survie. Depuis le début de la crise, elles ont certes affiché leur volonté d’accompagner les entreprises : mais ce n’est souvent pas ce que l’on constate sur le terrain, où on a l’impression que le message officiel n’est pas toujours bien passé aux niveaux inférieurs. D’autant que l’on assiste à un allongement des délais de décision, d’exécution des opérations, alors même que le facteur temps est essentiel dans la gestion de la trésorerie des entreprises. Cependant, ne généralisons pas non plus : les niveaux de compétence et de professionnalisme sont très variables à l’intérieur d’une même banque. Si certains conseillers réduisent ou dénoncent un peu rapidement les crédits, parfois même pour 2000 ou 3000 euros, d’autres jouent bien le jeu.
Il faut rappeler que le métier des banques consiste à gérer les risques, et qu’elles doivent par conséquent s’assurer que leur client a des perspectives raisonnables de rembourser les crédits pendant la durée du financement. Elles ont donc besoin de documents prévisionnels étayés et crédibles : or de nombreuses PME ne savent pas élaborer de prévisionnels.
Actuellement nul ne saurait prédire la durée et l’ampleur de la crise, ce qui rend dé facto la fiabilité des prévisionnels toute relative.
Du côté des PME, il est vrai qu’elles sont moins soutenues que les plus grandes entreprises. Quand les banques affichent une légère augmentation globale de leurs encours de crédit, cela masque en fait : une augmentation significative des crédits pour les grosses entreprises et une baisse des encours de crédits pour les TPE/PME, d’où le sentiment qu’elles ne jouent pas le jeu. Or le problème des TPE/PME est complexe : elles souffrent souvent de façon structurelle d’une faiblesse des fonds propres. Ce qui veut dire qu’en temps normal, elles dépendent principalement de financements extérieurs : crédit bancaire, crédit fournisseur pour financer leurs postes clients et leurs stocks. Dans la période actuelle, les stocks s’alourdissent, les délais clients s’allongent (certaines créances devenant même compromises) alors même que le chiffre d’affaires baisse. Ces financements extérieurs ne peuvent donc pas augmenter indéfiniment et doivent rester en rapport avec le chiffre d’affaires de l’entreprise.
Cela dit, il est vrai que l’image des banques s’est considérablement dégradée ces derniers temps. Leur sauvetage à coups de milliards d’euros, suite à des pertes gigantesques liées à des opérations risquées et non maîtrisées, a bien été nécessité par leur place centrale dans l’économie, puisque c’est sur elles que repose la confiance dans le système. Le public a donc bien du mal à comprendre qu’elles soient sauvées du fait de leur rôle dans l’économie, et qu’elles ne soient pas plus actives dans le soutien aux entreprises.
D’autre part, les récentes affaires des bonus des traders, qui continuent à effectuer les mêmes opérations risquées ayant entraîné leurs déboires, ne font rien pour redorer leur blason.
La situation décrite laisse donc apparaître un paradoxe de taille :
Pourquoi encourager des prises de risques susceptibles de mettre à mal le système, et refuser le risque sur les entreprises qui représentent l’économie réelle, avec tous les enjeux sociaux que nous connaissons ?

Le dispositif de médiation est-il suffisamment connu et utilisé par les entreprises et pourquoi ?

- Les efforts déployés en termes de médiatisation devrait permettre au dispositif d’être connu. Pour le moment les chiffres restent assez décevants : environ 190 dossiers soumis, dont un tiers ne relève pas du Médiateur du Crédit, soit 125 dossiers éligibles, qui représentent tout de même 4000 emplois concernés et un encours de 55 millions d’euros.
Il est important de rappeler que le Médiateur du Crédit n’est qu’un intermédiaire entre la banque et l’entreprise qui n’est pas satisfaite de la décision de son banquier. Les dossiers éligibles concernent les entreprises connaissant des difficultés conjoncturelles du fait de la crise, et en aucun cas celles structurellement fragiles depuis beaucoup plus longtemps.
Le taux de succès de la médiation du crédit s’avère toutefois important puisque 75% des dossiers traités ont trouvé une issue favorable. Mais il est possible aussi qu’il y ait chez les entreprises un certain scepticisme vis-à-vis de ce dispositif, ou la crainte que le recours au Médiateur puisse nuire à leur relation avec la banque ou le conseiller.
Cela dit, le Médiateur du Crédit dispose maintenant d’un réseau de Tiers de Confiance du Médiateur, qui émane des Chambres Consulaires et des organisations professionnelles, dont la CGPME. Ceux-ci sont souvent saisis directement par des entreprises qui connaissent des problèmes. Cependant une grande partie de ces dossiers ne relève pas du Médiateur, si bien que ceux-ci ne rentrent pas dans les statistiques. Par exemple, il peut s’agir d’une assistance pour monter un dossier d’étalement de dettes fiscales ou sociales, d’un conseil en matière de gestion de la trésorerie, ou d’organisation, etc. Ainsi, depuis la mise en place du dispositif, la CGPME, avec un seul Tiers de Confiance, a reçu environ 50 dossiers dont très peu ont été transmis au Médiateur.

Quels sont les principaux motifs qui amènent les entreprises à saisir le Médiateur du Crédit ou le Tiers de Confiance ?

- Principalement des problèmes de trésorerie ; mais parfois également une inquiétude sur l’avenir, et le besoin de parler à un tiers qui ne soit ni un client, ni un fournisseur, ni un banquier…

Que va pouvoir apporter concrètement la signature de la convention de partenariat entre la Médiation du Crédit et les établissements financiers et organisations socioprofessionnelles ?

- Avant la signature de cette convention, de nombreux intervenants étaient déjà mobilisés sur ce sujet : la Préfecture, les élus, les organismes fiscaux et sociaux, les banques, OSEO, les organismes consulaires, les organisations professionnelles, etc.
Si ce document permet de mieux sensibiliser les conseillers de banque et d’améliorer leur écoute des clients, tant mieux. Mais nous verrons à l’usage…

Expliquez nous une intervention type du tiers de confiance, et ce que l’entreprise peut en attendre à minima ?

- Les situations sont très variables. Quand bien même il s’agisse d’aider une entreprise à remplir un formulaire, il est nécessaire de partir d’un diagnostic, et de connaître un minimum d’éléments : son historique, son activité, son marché, les problèmes rencontrés, ses derniers bilans, etc.
Et c’est à partir de ces éléments que des solutions pourront être trouvées, qui ne sont pas forcément celles que demandait initialement le chef d’entreprise, et c’est en cela que le diagnostic revêt toute son importance : avoir tous les éléments afin de prendre les bonnes décisions.
Ainsi, il est inutile de faire appel au Médiateur du Crédit si les problèmes de trésorerie sont dus à une mauvaise gestion du poste clients ou à des stocks trop lourds.
Quelques exemples : s’il s’agit, d’une chute du chiffre d’affaires, commençons par voir les mesures prises pour réduire les charges avant de faire financer les pertes par la banque. Si les dettes sont trop lourdes, il peut être envisagé une conciliation avec les créanciers, voire un redressement.
Le Tiers de Confiance a fréquemment un rôle de conseil, mais… avec ses limites : hélas, toutes les situations ne trouvent pas forcément leurs solutions…

Propos recueillis par Christine Niox-Château,
Chargée de communication CGPME Réunion


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