Economie

Un test décisif pour l’avenir

Plan d’austérité en Grèce

Geoffroy Géraud-Legros / 14 mai 2010

Ce qui se joue en Grèce va bien au-delà des frontières de ce pays d’un peu plus de 10 millions d’habitants : le rapport de forces engagé entre le monde du travail très mobilisé et un Gouvernement appuyé par le FMI et la Commission européenne apparaît comme un moment-test de la stratégie adoptée par ces derniers et les grands intérêts économiques. Un choix rejeté par la population grecque, qui en appliquant d’un coup au pays un abaissement sans précédent des protections sociales, cherche à faire supporter le coût de la crise par le monde du travail.

La crise grecque a rendu plus visible dans l’opinion le pouvoir immense des bailleurs de fonds internationaux — dont le FMI — et celui des agences de notations, dont les appréciations peuvent décider du destin d’une économie. Elle a montré aussi la détermination de la Commission européenne à imposer des plans de rigueur ultralibéraux aux économies des États membres, en échange de plans de "sauvetage".
Les agences de notations et la Commission européenne ont adressé au Gouvernement grec le même reproche d’un manque d’efficacité dans la mise en place des politiques de « discipline financière »… En clair : les protections dont bénéficient les travailleurs n’ont pas été assez dégradées pour permettre aux entreprises d’effectuer des gains de productivité suffisants pour leur permettre d’être concurrentielles.

Consensus politicien…

Pourtant, ni la “Nouvelle démocratie” (Droite conservatrice), ni les socialistes du PASOK ne sont hostiles à l’application de mesures qui visent à abaisser le coût du travail et à fragiliser le salariat. Les deux formations, qui ont alterné au pouvoir depuis la chute du régime fascisant des Colonels en 1974, ont engagé à tour de rôle des programmes de restructuration, de privatisation et de « flexibilité ».

… rejeté par le peuple

C’est la population grecque elle-même qui constitue le véritable obstacle à la réalisation des programmes soutenus par la Commission et le FMI. Au cours de la décennie précédente, les mobilisations sociales ont gagné en ampleur dans le pays, aboutissant à l’embrasement du pays en décembre 2008, après le meurtre d’un jeune de 15 ans par la police. L’année qui suivit cette flambée insurrectionnelle vit la chute du Gouvernement conservateur dirigé par Costas Caramanlis, battu aux Législatives de septembre 2009 après avoir évoqué un programme d’austérité beaucoup plus « léger » que celui que le PASOK de Georges Papandréou tente d’appliquer aujourd’hui.
Un plan de réduction des déficits qui combine une augmentation de la TVA, la création de multiples taxes à la consommation, des coupes dans les revenus des retraités des secteurs publics et privés, une réduction des traitements des fonctionnaires, la baisse des investissements publics… L’annonce conjointe d’une taxation minime du revenu de certaines entreprises ne suffit pas à faire oublier que c’est le travail et non le capital qui est appelé à assumer le coût de la crise.

La Grèce, maillon faible du capital ?

Les mouvements qui ont suivi l’annonce de mesures que le dirigeant du plus grand syndicat grec qualifie nomme les « plus injustes et les plus dures de l’histoire moderne de la Grèce » montrent une intensité de mobilisation unique depuis la sortie du régime autoritaire, il y a 35 ans. Au cours de journées de grève générale, des dizaines de milliers de citoyens ont manifesté dans l’ensemble du pays.
Ce refus massif de “réformes” présentées comme inévitables tant par la Commission que par le Gouvernement socialiste grec et un FMI dirigé par le socialiste français Dominique Strauss-Kahn fait craindre à ces derniers que la Grèce s’avère le « maillon faible » du vaste dispositif mis en place en vue de faire assumer le coût de la crise par le salariat.
Une appréhension que partagent les Gouvernements européens : acteurs et auteurs de la rigueur infligée à la Grèce, ces derniers tentent d’imposer à leurs populations des mesures similaires… et s’inquiètent de voir leur stratégie contrecarrée en Grèce par des mobilisations de grande ampleur, qui pourraient annoncer un mouvement à l’échelle de l’Europe.

Geoffroy Géraud-Legros


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