APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
Energies
5 mai 2004

Le conseiller régional Philippe Berne est de retour de Paris, où il s’est rendu à l’invitation d’Electricité de France (EDF) à une rencontre entre M. Roussely, le PDG, et des élus d’Outre-Mer, parmi lesquels il représentait le président Paul Vergès. Hier, il a réitéré la position de la collectivité régionale sur la politique énergétique de l’île. Non sans laisser poindre des craintes devant certains non-dits des interlocuteurs parisiens.
Dans la problématique de la production d’énergie à La Réunion, des incertitudes demeurent à quelques semaines de la restructuration d’Électricité de France, l’organisme d’État qui depuis vingt-neuf ans a présidé aux choix d’investissements et d’équipements de notre île pour la production d’électricité. Est-ce la raison pour laquelle, à quelques semaines de son départ probable, l’actuel dirigeant d’EDF a souhaité rencontrer les élus des DOM, de la Corse et de Saint-Pierre et Miquelon ?
Le moins que l’on puisse dire, après les impressions rapportées par le conseiller régional réunionnais, est qu’EDF n’a pas fait toute la lumière sur son positionnement devant les choix à faire, dans l’urgence que représente la perspective d’une population insulaire d’environ un million d’habitants d’ici à 2025.
Dans un rappel des données générales énergétiques, Philippe Berne a réaffirmé les objectifs de la Région Réunion pour atteindre "l’autonomie électrique" dans moins de vingt-cinq ans, période pendant laquelle les besoins en énergie - actuellement en augmentation de 7% à 8% par an - vont continuer à croître.
Les deux axes de cette politique sont d’une part les économies d’énergie - celles réalisées par les installations extensives de chauffe-eau solaires (environ 12.000) auraient déjà permis d’économiser environ 50 MW - d’autre part une politique volontariste de développement des énergies renouvelables (houle marine, géothermie, éolien, photovoltaïque, biomasse, etc...)
Mais les retards pris par EDF dans le raccordement de certaines réalisations - comme le lycée HQE* de Saint-André ou les installations photovoltaïques de particuliers - laissent l’élu régional dubitatif quant à la qualité du partenariat qui devrait présider à la politique de compensation-substitution progressive des énergies fossiles par les énergies renouvelables, à raison de 30 à 35 MW par an.
La principale conséquence des directives européennes et de l’adaptation des lois françaises qui doit en découler fait peser une menace, dans les DOM, sur le système de péréquation tarifaire, laissé dans le flou. Et cela en dépit du positionnement unanime des représentants d’Outre-Mer
1/ pour le maintien d’un système de péréquation nationale et
2/ pour le maintien du service public de l’électricité, même si EDF doit dans ce cadre changer de rôle, et se positionner en acheteur et distributeur unique, pour suivre les nouvelles dispositions légales et les dérogations admises dans les pays non raccordés.
La troisième orientation affichée par le conseiller régional réunionnais découle de la compétence que la LOOM (loi d’orientation pour l’outre-mer) reconnaît aux Régions ultramarines pour l’élaboration d’un Plan régional des énergies renouvelables et d’utilisation rationnelle de l’énergie (P.R.E.R.U.R.E.), adopté en 2000 par la Région Réunion. "Si nous n’avons pas notre mot à dire sur le Programme pluriannuel d’investissement (PPI), le P.R.E.R.U.R.E. deviendra vite une coquille vide" a commenté Philippe Berne en rappelant que la Région propose d’équilibrer dans son plan énergies fossiles et énergies renouvelables. C’est la position qu’elle avait défendue devant le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, en février 2002. Mais la suppression, dans le projet de loi d’orientation pour l’énergie, de l’article rédigé à cet effet, inquiète les élus. Tout comme les inquiète aussi l’absence de réponse sur une mise en relation du PPI et du P.R.E.R.U.R.E. D’autre part, les remises en cause du service public - sur lequel repose la légitimité de la péréquation tarifaire - et la notion de “système électrique insulaire” font peser une réelle menace sur la péréquation. Et sur ces différents aspects, la direction actuelle d’EDF n’a apporté aucun éclaircissement, selon le conseiller régional. "On est au début d’une prise de position réunionnaise sur ces questions", a-t-il conclu, en rappelant qu’à l’issue de la rencontre du 8 avril entre une délégation du Conseil régional et des salariés et représentants syndicaux d’EDF, la proposition d’organiser "des États Généraux ...pour la défense du service public de l’électricité" avait reçu
l’assentiment général.
Pascale David
* (HQE) haute qualité environnementale.
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