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Figures réunionnaises

Eugène Dayot (1810-1852)

8 janvier 2008 Georges GAUVIN

Mon intention est de faire émerger de la mémoire des hommes et des femmes qui ont marqué l’histoire du pays, qu’ils aient fait ou non encore leur entrée dans dans l’historiographie officielle : Dayot, Hubert Delisle, Célimène, Anchaing, Albius, mais aussi Henri Lapierre, Isnelle Amelin, Roland Jamin, Evenor Lucas... des hommes et des femmes de Lettres, des savants comme Lislet Geoffroy, Thérésien Cadet, mais aussi des chantres de la culture populaire comme Madoré, Fourcade, Maxime Lahoppe, Benoîte Boulard etc.. Je voudrais faire connaître des hommes et des femmes qui en valent la peine et qui ont fait que nous sommes aujourd’hui ce que nous sommes. Georges Gauvin




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« Vingt ans et mutilé »
« Vingt ans et mutilé, voilà quelle est ma part vingt ans, c’est l’âge où Dieu vous fait un cœur de flamme l’âge où votre ciel s’embellit d’un regard où mourir n’est rien pour un baiser de femme ».
Ces vers d’Eugène Dayot ont bercé mon adolescence, car ce poète avait sa place dans la culture familiale et j’entends encore la voix grave de mon grand-père Jules Nativel, les dire, comme un présent que l’on offre.
Dayot repose au cimetière marin de Saint Paul, mort trop jeune en 1854 à seulement quarante-quatre ans, d’une maladie cruelle qui vous retire le goût aux plaisirs de la vie. A vingt ans, le mal dont il souffre se révèle sous son visage effrayant : la lèpre ! Pas de remède. Pire ! Le regard des autres qui vous exclut et vous isole. Pestiféré !
... Alors l’étudiant de vingt ans, brillant, doué pour les sciences qui se destinait à l’administration des ponts et chaussées se consacre à l’écriture. Il fonde en 1839, le journal “Le créole” où il défend des idées proches du mouvement des francs créoles. Collaborateur au “Courrier de Saint-Paul”, il y publie en feuilleton, son roman Bourbon Pittoresque dans lequel il met en scène des colons, des chefs marrons et des chasseurs d’hommes partis marron. De plus, il œuvre, pour l’abolition de l’esclavage, et aussi pour celle la peine de mort*.
Tour à tour poète, essayiste, journaliste et romancier, défenseur de grandes causes humanitaires, c’est à juste titre que des écoles, des rues, des quartiers portent aujourd’hui son nom. C’est une forme de reconnaissance mais bien insuffisante au regard de ce qu’il a été. Sera-t-il enfin un jour, un passage obligé de la jeunesse vers l’accès à la culture réunionnaise.
* Voir témoignages du 24 fevrier 2007 sous la rubrique « di sak na pou di »


Tradiksion an kréol rénioné

« Vingt ans et mutilé,voilà quelle est ma part /Vingt c’est l’âge où Dieu vous fait un cœur de flamme/L’âge où votre ciel s’embellit d’un regard/où mourir n’est plus rienpour un baiser de femme. »*- in bout lo fonnkèr E.Dayot,"le mutilé"
Kan moin lété ankor marmay, fonnkèr-la téi shant dann mon mémoir, akoz poète-la lavé son plas dann kiltir mon famiy.Mi ansouvien ankor, kan mon granpèr, Jules Nativel, téi résite sa, avèk son bèl voi, konm in kado pou moin.
Eugène Dayot, i dor dann simtièr marin Sinpol. La mor la trap ali bonèr, kan li lavé arienk karant-katran. Mor, avèk in maladi i fé pèrd aou ziska dèrnié grin lo gou la vi. Vintan , son vilin maladi i lèv kan li trap son vintan : la lèpr !dann tan-la lavé poin médikaman pou sa !Pli pir ! La manièr demoun i gard aou, i mète aou an déor la sosiété, i lèss aou tousèl. Ala ou lé péstiféré !
Donkalors, lo boug instruyé, gabié, pou la sians ; lo boug téi vé travay dann pon-é-shosé i larg tout an plas, li désid ékri.
Lané 1839, li fé in zournal i apèl « Le créole » : dann zournal-la, li fé la propagann pou lo zidé bann Frankréol. Lané 1844, li komans pibli an fèyton, dann « le courrier de Saint Paul » in liv, i apèl "Bourbon pittoresque » ousa li anparl bann kolon, bann shèf maron épi bann boug i sava tié bann maron avèk fizi. An plis ké sa, li domann labolision lésklavaz épi sète la pène dé mor.
Ala li lé zournalist, li fé sobatkoz bann z’idé,li ékri fonnkèr épi roman. ...Koméla, nana lékol, la ri, mêm inn dé kartié i port son nom. Lé bien pou li, mé la p’assé kan wi koné la valèr lo boug . Kansa banna va mète Dayot,dann lédikasion nasional, kansa va tiliz ali konm k’i fo pou aprann nout kiltir.
NB : lo bout fonnkèr an kréol :
« Vin t’an , la fine andikapé » :Vin t’an, andikapé déza, ala solman mon part,/Vin t’an, laz bondié i donn aou in kèr an flam/Laz out sièl i klèrsi zis akoz in rogar/Mèm la mor i kont pa koté lamour in fam »

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