Après la Banque mondiale, au tour du Fonds monétaire international de réviser ses prévisions à la baisse
26 janvier 2012
Publiées, le 24 janvier, les analyses du Fond Monétaire International, “Perspectives de l’économie mondiale” et “Rapport sur la stabilité financière mondiale” mettent en avant la détérioration de la croissance mondiale, qui fléchit à 3,75% en 2012. La situation économique européenne est plus alarmante que prévue et devrait avoir des répercussions à La Réunion et dans le monde.
En effet, l’organisation a dû revoir ses estimations de croissance à la baisse, « les conditions financières se détériorent, les perspectives de croissance s’assombrissent et les risques baissiers s’intensifient. La croissance mondiale devrait se situer à 3,75% en 2012, soit une révision à la baisse de près de 3/4 de point » par rapport aux estimations de septembre 2011.
Les pays développés restent vulnérables « aux effets de débordement d’une éventuelle intensification de la crise dans la zone euro » et à leurs propres difficultés économiques et financières en raison de la conjoncturelle actuelle. De fait, « la croissance des économies émergentes et en développement devrait aussi fléchir du fait de la détérioration de l’environnement extérieur et de l’affaiblissement de la demande intérieure », note le FMI.
Le gouffre européen
Le FMI avoue qu’au « vu l’intensité de la récession de 2009, ces taux de croissance sont trop faibles pour pouvoir véritablement combattre un chômage très élevé », d’autant plus que les politiques économiques menées en Europe n’ont pas pour effet de relancer la croissance et l’emploi, mais de répondre à l’urgence du déficit.
La note sur la stabilité financière publiée par le FMI, le 24 janvier, a également pointé du doigt « l’action des pouvoirs publics (qui) n’a pas suffi pour contenir les interactions négatives ». Cela a conduit certains pays à se sont trouvés piégés dans une situation de « mauvais équilibre » avec le désengagement des investisseurs étrangers à long terme.
Le FMI met en exergue le rôle qu’a dû prendre la Banque Centrale Européenne, « les établissements locaux n’ont pu combler le déficit de financement et la Banque centrale européenne (BCE) est devenue un soutien essentiel pour la dette souveraine de la périphérie par l’intermédiaire de son programme de rachat d’obligations (SMP) », bien que la recapitalisation des banques ait eu un effet positif sur « l’état d’esprit des marchés et les conditions de financement », mais n’a pas apporté de solution réelle sur le long terme pour les dettes souveraines.
L’économie mondiale ralentie par l’Europe
Contrairement aux discours politiques, le FMI atteste que « la zone euro devrait désormais connaître une récession modérée en 2012 ». Cette perspective s’explique par « la forte révision à la baisse (1,5 point) par rapport à septembre 2011 » due à « la montée des rendements des titres souverains, les effets de l’inversion du levier financier sur l’économie réelle et l’impact de la poursuite du rééquilibrage budgétaire annoncée par les gouvernements de la zone euro ».
La situation économique de la zone euro entraîne avec elle les économies des pays en voie de développement, qui dépendent des exportations vers l’Europe, mais aussi « dans la plupart des autres économies avancées, où la marge de manœuvre des gouvernements est limitée, la croissance sera également plus faible, principalement à cause des retombées commerciales et financières de la crise de la zone euro qui aggravent les effets des fragilités déjà existantes ».
Une croissance mondiale en repli
« En 2012/13, la croissance des économies émergentes et en développement devrait se situer en moyenne à 5,75%, soit un net repli par rapport aux 6,75% enregistrés en 2010/11, et environ 0,5 point en dessous des projections de septembre 2011 ». Le FMI l’explique par « la détérioration de l’environnement extérieur et le ralentissement de la demande intérieure dans les principales économies émergentes ».
Inquiet de la tournure que prend l’élaboration des plans de rééquilibrage budgétaire à moyen terme aux États-Unis et au Japon, entre autres, le FMI estime que ceux-ci ne devraient pas peser, car « les turbulences qui frappent la zone euro rendent les titres publics de ces pays plus attractifs aux yeux des investisseurs ». Mais si les niveaux d’endettement public restent élevés et sans « stratégies de rééquilibrage budgétaire crédibles et bien définies », les marchés mondiaux des obligations et des changes risquent de fluctuer à volonté et faire peser des taux d’emprunt élevés.
L’Asie en modèle
De plus, le FMI préconise qu’à court terme, les économies émergentes et en développement doivent « se concentrer sur la riposte à la modération de la demande intérieure et au ralentissement de la demande extérieure des économies avancées, tout en s’attaquant à la volatilité des flux de capitaux ». Là où les économies développées font face à une inflation forte, une croissance du crédit au niveau maximum et une baisse des capitaux, le FMI considère que les pays concernés devraient prendre exemple sur la Chine et certaines économies émergentes d’Asie. Les pays maitrisent leurs inflations, possèdent une dette publique modérée et des excédents extérieurs appréciables, « les gouvernements peuvent alors se permettre d’accroître les dépenses sociales pour venir en aide aux ménages les plus pauvres face à l’affaiblissement de la demande extérieure ».
Le FMI conclut son rapport en préconisant « l’amélioration des dispositifs de protection sociale et des systèmes de retraite, de santé et d’éducation, le renforcement des secteurs financiers, et la promotion d’un environnement plus propice à l’investissement privé ».
Céline Tabou
Les préconisations du FMI Le contexte actuel, marqué par des systèmes financiers fragiles, des dettes et des déficits publics élevés ainsi que des taux d’intérêt proches de zéro, devrait intensifier la crise dans la zone euro, qui entraînera avec elle toutes les économies développées et les pays en voie de développement, notamment les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Face à ces perspectives sombres, le FMI propose se trois conditions « pour promouvoir une reprise plus énergique » : Ajustement budgétaire. Sur le court terme, les pays doivent « laisser librement jouer les stabilisateurs automatiques tant qu’ils seront en mesure de financer directement des déficits plus importants. Réexaminer le rythme des rééquilibrages budgétaire à court terme. L’ajustement budgétaire doit se faire graduellement pour éviter de peser sur le social et de « miner la confiance des marchés ». À moyen terme, les États-Unis et le Japon doivent fournir des plans de rééquilibrage crédibles, car aucun des deux pays n’est assuré de conserver son statut de « valeur refuge ». Parmi les mesures envisageables par le FMI, les réformes dites « propres à ralentir la croissance des dépenses de santé et de retraite » ainsi que le plafonnement des dépenses discrétionnaires et les réformes fiscales destinées à gonfler les recettes budgétaires. L’adoption de plans crédibles à moyen terme permettra d’assainir les bilans, la croissance et la création d’emploi. Liquidités. Inversion du levier financier des banques. Ajustements financiers. Dans la suite des propos tenus par Christine Lagarde, présidente du FMI, des progrès soutenus dans l’assainissement et la réforme des systèmes financiers doivent être rapidement réalisés, afin de normaliser les conditions de crédit et d’aider à réduire la charge que doivent assumer les politiques budgétaire et monétaire pour accompagner la reprise. |
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