Il ne faut pas banaliser ce que les Noirs ont enduré à travers l’Histoire

12 mai 2007

(Aujourd’hui 10 mai), la presse relate que cette date de l’abolition de l’esclavage, reconnue officiellement par l’Etat, ne passionne pas les foules à La Réunion, qui préfère celle du 20 décembre comme date de référence.
Mais ce qui me pousse à écrire tient plutôt de l’horreur d’un système, car le peuple noir a été victime d’agressions, de violences et d’humiliations. Il ne faut pas banaliser ce que les Noirs ont enduré à travers l’Histoire. La France a reconnu l’esclavage, l’Eglise catholique a demandé pardon par rapport à son soutien passé de l’esclavagisme. Cette notion de pardon, bien que positive, est-elle suffisante ? Si le Vatican a accumulé une partie de sa fortune incommensurable grâce à l’esclavage, ne devrait-il pas, pour prouver sa sincérité, payer des dommages financiers consistants aux descendants des esclaves, qui se trouvent généralement dans un état de grande pauvreté dans les pays modernes, et aux pays auxquels ils ont été arrachés, privant ces nations de leurs forces les plus vives et freinant gravement et pour des siècles leur développement ?
Une demande en réparation devrait être évaluée avec un comité international d’experts, et les sommes colossales qui ont enrichi sociétés et religions durant des années devraient être reversées aux descendants des victimes. L’Allemagne le fait bien pour les familles des juifs exterminées et pour Israël.
On parle de la soi-disant "dette" du Tiers-monde, c’est en fait le monde riche qui a une dette colossale envers l’Afrique, entre autres.
Ceux qui ont profité de cette monstrueuse richesse, accumulée scandaleusement, feraient preuve de bonne foi si cette fortune était redistribuée aux descendants d’esclaves, même si une telle action devait les ruiner. L’Eglise, qui fait vœu de pauvreté, serait fidèle à sa tradition "officielle" et aiderait des pays et des gens - qui n’ont pas, eux, fait ce vœu de pauvreté - à atteindre un niveau social et économique plus décent.
Comment les ancêtres africains, dont les familles ont été disloquées, soumis jadis à l’esclavagisme, convertis par la violence, déracinés et dépossédés de leur culture, enchaînés et vendus comme du bétail, voient-ils du ciel leurs descendants embrasser la religion complice de l’esclavagisme ? N’est-ce pas leur manquer de respect, les offenser, trahir leur mémoire et leurs souffrances passées ?
Le Pardon est possible seulement s’il y a un dédommagement aussi douloureux pour les coupables que le crime l’a été pour les victimes. Même s’il n’est que non violent et financier.
Les Africains ont, à force de sueur et de nouvelles souffrances, obtenu la décolonisation politique, il leur reste à gagner la décolonisation spirituelle. Celle-là est beaucoup plus facile car aucune armée n’est là pour les en empêcher. Ils auront alors retrouvé leur dignité et la fierté de leur négritude.

Respectueusement,

D.B.
Le Tampon


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Messages

  • Très bon article : il exprime ce que nombre d’entre nous pensent, mais ne disent pas !
    J’aimerais prendre contact avec l’auteur de cet article pour essayer -peut-être - une réflexion ou une action même symbolique.
    Vous avez mon adresse e-mail ; est-ce possible ?
    En attendant votre réponse.
    Malcolm


Témoignages - 82e année


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