10 septembre 2007
L’attention des responsables éducatifs est régulièrement appelée sur les “jeux” dangereux et les pratiques violentes qui se déroulent au sein des écoles et des établissements scolaires, mais aussi à l’extérieur. Si l’on ne peut connaître actuellement avec certitude le nombre d’enfants et d’adolescents qui s’adonnent à ces “jeux” dangereux et à ces pratiques violentes, ces phénomènes sont récurrents. Tout en veillant à ne pas dramatiser les faits, il convient de tout mettre en œuvre pour qu’ils ne soient pas niés ou masqués. Ces conduites à risques doivent être l’objet d’une prévention active, et l’école doit offrir aux parents les moyens de mieux les appréhender. Une plaquette a ainsi été réalisée à destination des équipes éducatives et des parents. Elle permet de mieux connaître ces pratiques (jeux de non-oxygénation, jeux d’agression) et d’en reconnaître les signes d’alerte, qu’ils soient physiques ou comportementaux. Enfin, cette brochure donne des conseils sur les messages à transmettre aux jeunes.
On distingue deux types de “jeux” dangereux et de pratiques violentes : les “jeux” de non-oxygénation et les “jeux” d’agression. Leur identification est rendue difficile par les multiples appellations données par les enfants et adolescents, alors qu’il s’agit souvent d’une même pratique ou de la recherche de mêmes effets.
Les “jeux” de non-oxygénation ou d’asphyxie, de strangulation, de suffocation sont appelés de plusieurs noms : 30 secondes de bonheur, rêve bleu, rêve indien..., le plus connu est le “jeu” du foulard. Ce type de “jeu” consiste à freiner l’irrigation sanguine du cerveau par compression des carotides, du sternum ou de la cage thoracique, pour ressentir des sensations intenses, des visions pseudo-hallucinatoires. Cette pratique peut aussi conduire à un coma profond, voire la mort. Le risque de mort est d’autant plus grand que l’enfant reproduit ce “jeu” seul à son domicile, comme cela a été le cas dernièrement dans notre île.
Le point commun des “jeux” d’agression est l’usage de la violence physique gratuite, généralement par un groupe de jeunes envers l’un d’entre eux. On distingue les jeux intentionnels et les jeux contraints.
Concernant les jeux intentionnels, tous les enfants participent de leur plein gré aux pratiques violentes.
On peut citer le “jeu” du cercle infernal, le “jeu” de la cannette, etc... Le principe est toujours le même. Au sein d’un cercle de jeu, un objet est lancé ; le joueur qui ne le rattrape pas devient la victime et est alors roué de coups par les autres joueurs.
Par contre, pour les jeux contraints, l’enfant qui subit la violence du groupe n’a pas choisi de participer. Il est clairement identifié comme une victime puisqu’il n’a pas donné son consentement. On peut donner l’exemple du “happy slapping”, en français “joyeuses claques” : il s’agit d’une pratique consistant à filmer, à l’aide de son téléphone portable, une agression perpétrée par surprise, puis de procéder à la diffusion de ces images. Cette pratique, outre les violences physiques, vise également à porter atteinte à la dignité et à l’image de la victime.
Qu’ils soient intentionnels ou contraints, ces “jeux” peuvent avoir des conséquences graves et diverses : hématomes, fractures, séquelles neurologiques, voire mener à la mort.
La sensibilisation des adultes est une étape obligatoire
La connaissance des signes d’alerte est une information importante à donner aux adultes. Il convient de garder à l’esprit que l’apparition de l’un ou plusieurs de ces signes ne signifie pas que l’enfant ou l’adolescent s’adonne obligatoirement à l’un de ces “jeux”. Il ne s’agit là que de rassembler un certain nombre d’éléments d’information, d’alerter sur la convergence de signes destinés à favoriser une certaine vigilance des adultes sur ces pratiques.
Cette information s’adresse avant tout aux adultes de référence de l’enfant, c’est-à-dire aux parents, mais également aux professionnels : membres de la communauté éducative, représentants des milieux associatifs, sportifs...
Elle constitue un préalable indispensable pour que ceux-ci puissent poursuivre le dialogue avec les élèves et pour que les parents puissent, de manière individualisée, répondre aux questions de leur enfant et/ou adolescent.
C’est seulement après qu’une première réflexion s’est engagée avec les adultes que l’on pourra envisager, si cela s’avère nécessaire, une intervention en direction des élèves eux-mêmes.
Cette intervention doit être mise en place soit après un accident ou un incident, soit après qu’un membre de l’équipe éducative ait repéré de telles pratiques ou initiations à ces pratiques.
Elle doit répondre également à la demande de parents ou d’autres partenaires accueillant des enfants, dans un cadre périscolaire par exemple.
L’intervention en milieu scolaire, décidée par le directeur d’école et l’inspecteur de l’Éducation nationale, responsable de circonscription, ou le chef d’établissement, se doit d’être intégrée dans le cadre d’une prévention globale des conduites à risques. Plusieurs expériences ont déjà démontré à quel point les interventions auprès des enfants ne peuvent donner pleinement leur effet s’il n’y a pas une démarche de réflexion et de mise en cohérence des adultes, parents et membres de la communauté éducative dans son ensemble.
L’information doit être fiable et adaptée. Elle peut être apportée par des adultes de l’institution ou par des professionnels extérieurs, à condition que leur qualification à intervenir sur le sujet soit bien établie préalablement.
Le message doit apporter la connaissance des signes d’alerte sur ces pratiques et intégrer des éléments de compréhension sur ce qui se joue, aux différents âges, en termes de recherche de soi et de ses limites.
Même si, dans notre île, ce phénomène est moins répandu qu’en Métropole, il convient tout de même de rester vigilants. Parents, enseignants, élèves doivent être informés des risques encourus, une campagne de sensibilisation à ces “jeux” dangereux serait donc nécessaire.
Sophie Périane
Avec la brochure “EduSCOL” : Prévention de la violence
Le devoir de surveillance
L’institution scolaire assume la responsabilité des élèves qui lui sont confiés. Pour l’école primaire, la circulaire n° 97-178 rappelle que le devoir de surveillance incombe aux directeurs d’école et aux enseignants. Pour les collèges, l’obligation de surveillance est précisée dans la circulaire n° 96-248 du 25 octobre 1996. Ces textes rappellent, en particulier, l’attention qui doit être portée aux moments où les élèves ne sont pas en classe, pendant les récréations et les interclasses.
Le “happy slapping” : un acte grave puni par la loi
Le “happy slapping” consiste à enregistrer et à diffuser des images de violence.
Les nouvelles dispositions législatives prévues par la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance (article 222-33-3 du code pénal) précisent les peines encourues par les auteurs de ces infractions. Ces sanctions sont particulièrement lourdes puisque toute violence, même légère, est punie de 3 ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende, dès lors qu’elle est commise sur un mineur de moins de 15 ans, une personne vulnérable ou une personne chargée d’une mission de service public, comme un enseignant.
Sont également punis par la loi :
le fait d’enregistrer et de diffuser des images de violence ;
le fait de diffuser l’enregistrement de telles scènes.
Ces infractions sont très largement les faits de lycéens et même de collégiens.
Aussi convient-il de sensibiliser les élèves et leurs parents à la gravité de ces actes et de les informer des sanctions auxquelles s’exposent leurs auteurs.
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