Comores

Confirmation de l’ancrage de la démocratie aux Comores

Investiture du président Ikililou Dhoinine

Manuel Marchal / 26 mai 2011

Trois jours après l’investiture des gouverneurs des îles, c’est aujourd’hui qu’a lieu celle du président de l’Union des Comores. Ikililou Dhoinine succède à Abdallah Sambi et à Azzali Assoumani. 9 ans après la mise en application des accords de Fomboni, cette investiture confirme que malgré toutes les difficultés, la démocratie progresse aux Comores.

C’est aujourd’hui qu’Ikililou Dhoinine sera investi président de l’Union des Comores lors d’une cérémonie à laquelle participeront des invités venus des pays de la région, dont Paul Vergès. Cette investiture a lieu trois jours après celle des gouverneurs des îles d’Anjouan, de Mohéli et de Grande Comores. Elle confirme le progrès de la démocratie aux Comores. 10 ans après leur signature, les accords de Fomboni sont respectés, ce qui démontre la stabilité institutionnelle malgré toutes les difficultés.
Depuis 1975, les Comores n’ont pas été épargnées par les déstabilisations. Dès la proclamation de son indépendance, le pays était coupé en deux. Car Paris avait décidé de maintenir son administration sur l’île de Mayotte. Le résultat du référendum d’autodétermination s’est donc appliqué dans trois îles : Grande Comores, Anjouan et Mohéli. Plusieurs coups d’État ont ensuite été perpétrés, dans lesquels des soldats ayant servi dans l’armée française étaient impliqués. En 1997, une tentative de sécession a lieu à Anjouan où le drapeau de la France est brandi par les opposants au pouvoir central. Le pays est alors au bord de l’explosion et cela d’autant plus que des intérêts poussent à la sécession.

Dialogue inter-comorien

C’est là qu’intervient un nouveau coup d’État avec la prise de pouvoir du colonel Azali. S’ensuit alors l’ouverture d’un dialogue inter-comorien entre les représentants de trois îles pour déboucher sur la fondation d’un nouvel État.
La République islamique des Comores est remplacée par l’Union des Comores. Quant à la direction du pays, elle sera assurée successivement par un ressortissant des trois îles élu par l’ensemble des citoyens de l’Union.
En 2002, c’est un originaire de la Grande Comores qui doit inaugurer cette présidence tournante. Azzali Assoumani est élu pour un mandat de 4 ans.
En 2006, l’accord prévoit que le président doit être originaire d’Anjouan. C’est Abdallah Sambi qui est élu et investi pour une période de cinq ans. Durant son mandat, il a dû faire face à la tentative de sécession menée par des Anjouanais. Cette question fut réglée par une intervention de l’Union africaine tandis que les chefs de la sécession trouvaient refuge dans des casernes de l’armée française, d’abord à Mayotte puis à La Réunion où ils demandèrent sans succès l’asile politique.

Des difficultés surmontées

Le mandat du président Sambi a été marqué par une ouverture de l’Union des Comores vers de nouveaux partenaires. Cette période a coïncidé avec le déploiement de la politique africaine de la Chine, mais c’est surtout des pays du Golfe que sont venus les investisseurs. C’est un changement considérable qui montre que dans l’Union des Comores, la page des relations économiques post-coloniales est tournée.
En 2010, l’élection présidentielle met aux prises des citoyens de l’Union originaires de l’île de Mohéli. C’est Ikililou Dhoinine qui est élu. Il est le premier Mohélien à accéder à la responsabilité suprême dans l’Union des Comores.
Son investiture aujourd’hui concrétise la stabilité institutionnelle qui est désormais une caractéristique des Comores. 10 ans après leur signature, les accords de Fomboni continuent d’être respectés. Malgré toutes les difficultés, la démocratie continue de progresser chez nos amis comoriens, c’est une satisfaction pour toute notre région.
En témoigne d’ailleurs la forte participation aujourd’hui des pays qui ont soutenu ce processus.

M.M. 


2 milliards d’euros de Dubaï pour les infrastructures

Dans son discours de fin de mandat, le président sortant a annoncé qu’une fondation de Dubaï s’est engagée à verser deux milliards d’euros pour financer la construction d’écoles, de routes et d’infrastructures portuaires.

Le président sortant, Ahmed Abdallah Sambi, a choisi le stade de Missiri, dans sa « ville natale Mutsamudu qui m’a élevé et éduqué », pour faire son discours d’adieu. À cette occasion, une grande cérémonie religieuse (barzangué, ou madjliss en Shingazidja) a été organisée, le matin du vendredi 20 mai. Ce rassemblement a été l’un des plus grands qu’a accueilli ce stade depuis sa réhabilitation l’année dernière : une foule en effet très nombreuse s’était jointe à l’équipe du gouvernement fédéral dans sa totalité ; mais y avaient pris part également les gouverneurs élus et sortants (à l’exception de Mohamed Abdouloihabi), des parlementaires, des ulémas et des invités étrangers.
Le chef de l’État y a fait l’annonce d’une nouvelle à la mesure de cette solennité : il a en effet annoncé le don par une fondation de Dubaï, la Fondation Fatima, d’un montant faramineux de deux milliards d’euros. « Nous avons signé, le 4 novembre dernier, avec la Fondation Fatima basée à Dubaï, une convention portant sur un don de 2 milliards d’euros, soit quelque mille milliards de nos francs. Je sais que parmi vous ici, il y en a qui n’en croient pas leurs oreilles, mais je vous répète : deux milliards d’euros ! Autrement dit, l’équivalent de trente-trois ans de notre budget national ». Cette « aide non remboursable » sera « destinée à la construction de nouvelles infrastructures (écoles, routes, infrastructures portuaires…) ».
Mais elle est, selon lui, soumise à des conditions, notamment celle qui veut que « les fonds soient versés au fur et à mesure aux sociétés qui assureront ces travaux ». Ahmed Abdallah Sambi a longuement parlé de son bilan à la tête de l’État, « positif » d’après lui. Il a par là même rendu hommage aux trois personnes de son entourage qui l’ont le plus aidé, à savoir son épouse, son actuel ministre des Finances (Mohamed Bacar Dossar) et son assistante-interprète, une demoiselle dénommée Nakchami.
Il a dit avoir déblayé la voie pour son successeur, Ikililou Dhoinine, et a appelé tous les Comoriens à soutenir ce dernier dans ses efforts pour le développement pour l’archipel, lequel, d’après lui, « n’a jamais eu autant de perspectives d’avancée ». En tout cas, Ahmed Abdallah Sambi est persuadé qu’il a donné le meilleure de lui-même, et s’est dit pour cela « certain » qu’il n’a pas commis de faute pendant son règne, mais peut-être simplement des « erreurs ».

Source : "Al Watwan" 


Un défi : la relation avec Mayotte

En finir avec le plus grand cimetière de l’océan Indien

Depuis que le gouvernement français a imposé aux habitants d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comores la nécessité d’un visa pour entrer à Mayotte, des milliers de personnes ont péri noyées en tentant une traversée clandestine sur de frêles esquifs, les kwassa-kwassa. Entre Anjouan et Mayotte se situe le plus grand cimetière de l’océan Indien.
Au cours des 10 dernières années, les Comoriens ont réussi à pacifier les relations entre les trois îles administrées par l’Union des Comores. Il reste donc un formidable défi à relever, c’est arriver à pacifier les relations avec Mayotte.
Les Comoriens ont en tout cas réussi à démontrer que lorsqu’ils ne sont pas dérangés par les ingérences de mercenaires venus de France, ils arrivent à s’entendre et à trouver des solutions durables. Gageons que ce défi puisse être relevé dans la relation entre Mayotte et l’Union des Comores.


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