France

Plusieurs milliers de suppressions de poste à Renault

Crise en France

Céline Tabou / 18 janvier 2013

Le 15 janvier, le fleuron de l’industrie automobile française, le groupe Renault, a annoncé la suppression de 7.500 emplois dans l’ensemble des secteurs du groupe. Deux jours plus tard, ce sont 8.260 postes concernés par le plan de redressement envisagé par la direction.

Le plan de réduction d’effectifs annoncé par Renault est destiné à « assurer la pérennité de ses usines françaises » a reçu un meilleur accueil du gouvernement que la restructuration présentée six mois plus tôt par PSA Peugeot Citroën, a noté l’agence de presse Reuters. Renault a décidé de supprimer 7.500 emplois en France d’ici 2016, soit 15% environ de ses effectifs, dans le cadre d’un projet d’accord avec les syndicats.

Une question de productivité

Dans la suite du choc de compétitivité lancé par le gouvernement, à travers un plan détaillé pour l’industrie française, Renault a souhaité rapprocher la compétitivité des usines françaises de celle des sites britanniques et espagnols de l’alliance Renault-Nissan. En préparation depuis septembre 2012, Renault avait préparé l’éventualité d’une suppression massive de poste dans l’ensemble du territoire. Carlos Tavares, numéro deux du groupe, avait d’ailleurs souhaité discuter avec « les syndicats des moyens d’améliorer la compétitivité des usines en France. Dès juin, il avait indiqué que le groupe se devait d’abaisser son point d’équilibre financier pour parer à toute baisse des volumes », a expliqué Reuters.

Pour Fred Dijoux, représentant CFDT chez Renault, « il n’y a pas eu récemment de plan social, mais le groupe aura perdu près de 20.000 emplois en France en une décennie, ce qui interroge sur sa stratégie industrielle dans notre pays ». Ce dernier participe aux négociations sur la compétitivité et a indiqué que « Renault a franchi la ligne rouge depuis longtemps ». Renault emploie aujourd’hui 54.000 personnes en France, et PSA 80.000 environ.

« C’est une catastrophe pour l’ensemble des catégories de personnels », a réagi Fabien Gâche de la CGT. Ce dernier a ajouté que les syndicats s’attendaient à des annonces de tel ordre, mais « tout de même pas à ce point », le syndicaliste CGT craint "des pertes de compétences". Après avoir supporté une série de mesures, il y a cinq ans, pour des raisons de « compétitivité », comme une augmentation du temps de travail, avec l’allongement du temps de travail journalier, la baisse des pauses, la suppression de jours de RTT, et une baisse de la majoration des heures supplémentaires, les salariés craignent aujourd’hui pour leur emploi. Ce plan a permis 65 millions d’euros annuels de gain pour Renault, selon “L’humanité”.

En novembre, la direction s’était engagée à « ne pas fermer de sites industriels pendant la durée de l’accord » de compétitivité, cependant plusieurs sites fonctionnent à près de 50% de leur capacité. La suppression des postes envisagée, les syndicalistes ne pensent pas que ce nouvel accord « mettrait les sites en position favorable » comme convenu au début des négociations. Malgré tout, cette annonce a trouvé un bon écho au sein du gouvernement qui a indiqué par la voix d’Arnaud Montebourg qu’il « n’y a pas pour nous un certain nombre de lignes rouges qui ont été franchies », a déclaré le ministre du Redressement productif à la sortie du Conseil de ministres.

Le gouvernement en accord avec Renault

Ce plan de redressement pour faire face à un marché automobile en pleine déprime est considéré « acceptable », car il était basé sur des départs à la retraite non remplacés et pas sur des licenciements. «  Première ligne rouge, pas de plan social, pas de licenciement, la première ligne rouge est respectée. Deuxième ligne rouge, pas de fermeture d’usine, pas de fermeture de site, la deuxième ligne rouge est respectée », a-t-il déclaré. « C’est mieux que de se retrouver avec des plans sociaux, des fermetures d’usines brutales qui font beaucoup de mal au moral des entreprises », a ajouté le ministre, en faisant allusion à PSA Peugeot qui a fermé son site d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Le ministre a également ajouté que ces suppressions d’emplois étaient pour l’instant « des propositions dans la discussion », dans le cadre « du dialogue social de compétitivité ». « Ces propositions, c’est jusqu’en 2016, il y aura 7.500 départs naturels à la retraite qui ne seront pas remplacés. Cela fait partie de ce que nous avons demandé, de l’anticipation. Que Renault l’annonce pour quatre ans, c’est au moins dire aux pouvoirs publics et aux partenaires sociaux où ils vont, c’est mieux que de se retrouver avec des plans sociaux, des fermetures d’usines », a-t-il déclaré à la presse. L’objectif du gouvernement est de permettre à Renault « dans une période très déprimée (…) » de « conserver ses avantages compétitifs et comparatifs de manière à ce que cette entreprise ne prenne pas le chemin d’autres entreprises en Europe dans le monde des constructeurs automobiles ».

Céline Tabou


Kanalreunion.com