Madagascar

99% des bénéfices quittent Madagascar

Les compagnies minières critiquées

Témoignages.re / 22 janvier 2013

Sucre, production d’électricité, carburants, grande distribution, grands hôtels, grandes entreprises du BTP… tous les secteurs susceptibles de réaliser d’importants bénéfices sont devenus des filiales ou des succursales de groupes extérieurs au pays. Quel est le pourcentage des bénéfices qui quittent notre île pour enrichir d’autres pays que La Réunion ? Cette question reste sans réponse. À Madagascar, le gouvernement a apporté un exemple précis : une compagnie minière ne verse que 1% de ses bénéfices aux Malgaches, c’est la conséquence d’une loi datant de plus de 10 ans. C’est ce qu’indique cette dépêche de “Chine nouvelle”.

Les exploitants des ressources minières, dont particulièrement la compagnie d’exploitation de nickel et de cobalt menée par le Groupe Sherritt dans l’Est de Madagascar, sont de nouveau critiqués par le président de la Transition Andry Rajoelina.

Lors d’une récente cérémonie de présentation de vœux présidentiels à Antananarivo, la capitale malgache, Rajoelina a indiqué que l’exploitation du nickel et du cobalt, qui font partie du trio de tête des richesses malgaches, rapporte au peuple malgache seulement 1% des véritables bénéfices engrangés.

« Cette exploitation rapporte annuellement 1,5 milliard de dollars. Or, seulement 15 millions de dollars reviennent au peuple malgache et cela sur un investissement total initial de 5 milliards de dollars officiellement publié », a indiqué Rajoelina.

1% de redevance

« En faisant un rapide calcul mental, après seulement 3 ou 4 ans, le prix de revient est largement recouvert et les bénéfices seront pharaoniques pour les sociétés qui exploiteront durant des années encore après », a-t-il rajouté.

Cela n’est pas juste et non équitable, a mentionné Rajoelina.

Dimanche dernier, lors de l’inauguration de divers projets présidentiels à Toamasina (Est), dont l’Hôtel de Ville, les logements sociaux et l’hôpital aux normes internationales, Rajoelina est revenu sur le projet Ambatovy.

« Le projet Ambatovy ne verse que 1% seulement de redevance dans les caisses de l’État. Or, Madagascar est le deuxième pays exportateur de nickel et de cobalt dans le monde. Dans d’autres pays comme le Canada, la Russie, l’Afrique du Sud, cette redevance est à plus de 10%. Nous ne pouvons plus accepter d’être exploités de cette manière », a précisé Rajoelina.

« Dans le cadre du partenariat entre l’État et le secteur privé, des négociations ont été menées auprès de la société Sherritt Ambatovy et cette dernière a consenti à équiper ce nouvel Hôtel de Ville. Tout le monde a constaté ce qu’il en était et on a renvoyé ces dotations scandaleuses à ses envoyeurs », a-t-il déclaré à Toamasina.

Une loi datant de 2002

« Suite à des discussions entre la Commune urbaine de Toamasina (CUTOA) et Ambatovy, il s’est avéré que l’Hôtel de Ville de Toamasina, nouvellement réhabilité, avait besoin de meubles. La compagnie considère qu’il s’agissait d’une entente qui profite aux deux parties et a pris l’engagement d’octroyer des meubles tirés de son stock de mobiliers ayant déjà été servis ainsi que des meubles neufs pour les 5 bureaux des autorités de la CUTOA », a indiqué de son côté Ambatovy.

Le chef de la communication d’Ambatovy, Val Andriamahaitsimiavona, a précisé que la livraison par Ambatovy de ces meubles s’est effectuée le 13 décembre 2012 et le montage de ces meubles ayant déjà servi revenait au personnel de la commune tandis que les nouveaux meubles ont été montés par les fournisseurs.

En ce qui concerne la redevance minière de 1% d’Ambatovy, Val Andriamahaitsimiavona a indiqué que sur le plan malgache, le projet Ambatovy est régi par la Loi sur les Grands Investissements Miniers (LGIM) en date du 8 octobre 2002, modifié par la loi 2005- 022 et qui fixe la redevance minière à 2%.

Investisseurs du Canada, du Japon et de Corée du Sud

« Le projet Ambatovy n’est pas basé sur un contrat d’État entre l’État malgache et l’investisseur Ambatovy, mais se fonde sur les mécanismes prévus par la LGIM. Si la LGIM avait prévu la redevance minière à 2%, elle prévoit en outre d’autres dispositions de nature fiscale notamment un système d’abattement fiscal », a expliqué ce chef de la communication du projet.

« Pourtant, contrairement aux autres firmes qui exportent des minerais, la compagnie Ambatovy exporte du nickel et du cobalt raffinés et donc de produits finis. Ce procédé lui donne accès à un abattement de 50% sur la valeur desdits produits », a continué Val Andriamahaitsimiavona, expliquant la redevance à 1%.

Le projet Ambatovy est le fruit d’un partenariat entre les sociétés canadiennes Sherritt International Corporation et SNC-Lavalin Incorporated, japonaise Sumitomo Corporation et sud-coréenne Korea Resources Corporation.

En septembre dernier, l’État malgache a accordé le permis d’opérer à Ambatovy pour une période de six mois, renouvelable pour la durée de vie de la mine.


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