Madagascar

La communauté internationale accentue sa pression

Témoignages.re / 5 août 2010

De nombreux évènements ont marqué la dernière quinzaine du mois de juillet dans la Grande Île.
Parmi les plus saillants, les observateurs ont relevé les pressions multiformes émanant de la communauté internationale, qui s’est vraisemblablement engagée dans une “nouvelle” démarche afin de convaincre Andry Rajoelina et les Autorités de la Transition à assouplir leur position et à accepter une nouvelle rencontre avec les chefs des trois autres mouvances politiques (Ravalomanana, Ratsiraka, Zafy).

La communauté internationale n’a guère varié dans ses objectifs. Selon elle, seuls les Accords de Maputo et d’Addis-Abeba restent l’unique base de discussions pouvant déboucher sur une issue à la crise. De leur côté, les Autorités de la transition soulignent que l’échec patent de la médiation internationale interpelle les Malgaches, qui doivent se décider à régler eux-mêmes leurs différends et rechercher ensemble les voies et moyens pour mettre fin à la Transition qui n’a que trop duré, et pour aller le plus rapidement possible vers la mise en place de la quatrième République, à partir d’une nouvelle Constitution qui obtiendrait l’aval de la population.

Le droit d’ingérence à l’ordre du jour ?

La France, par la voix de son ambassadeur, a mis les points sur les “i” à l’occasion de la célébration du 14 Juillet lors de la réception traditionnelle à la Résidence de France. S’érigeant en donneur de leçons, l’ambassadeur Châtaigner a notamment fustigé l’opposition, comme le pouvoir désigné par lui, comme les responsables de la crise politique. S’étendant sur la situation intérieure, il a exigé la dissolution des milices désignant nommément sous ce vocable les Forces d’intervention spéciale (FIS), unité militaire mixte de toutes les forces armées chargée de la sécurité, accusant le FIS d’exactions et d’atteintes aux droits de l’Homme. L’ambassadeur a également exhorté les dirigeants de la Transition à respecter leurs engagements, les appelant à plus de transparence dans la conduite des affaires économiques, et à respecter les droits de tous les opérateurs privés ou nationaux, etc.
Comme de juste, cette intervention de l’ambassadeur de France a soulevé un tollé général tant elle rappelle un comportement illustrant une époque révolue où le colonisateur rappelait à l’ordre ses “sujets” !
À noter la venue d’une délégation conjointe d’élus ACP et de l’Union européenne, qui a précédé ces injonctions de la France.

Une délégation de sénateurs membres du groupe d’amitié France-Madagascar est venue ensuite, en précisant devant la presse qu’elle n’avait reçu aucun mandat, étant seulement préoccupée par l’avenir de la coopération amicale entre les deux pays et de la francophonie, mais faisant toutefois allusion à la nécessité de « négociations » pour sortir de la crise.
De son côté, le président Andry Rajoelina, en visite à Majunga, a rencontré la presse locale le 25 juillet et, dans son intervention radio-télévisée diffusée par les médias officiels, a répondu de manière directe à tous ces comportements étranges, en appelant tous les représentants des pays étrangers à Madagascar à respecter le pays et ses dirigeants « tout comme je respecte la France, les Français et le président Sarkozy », a-t-il précisé.

La visite de M. Joachim Chissano, mandataire du GIC

Le 23 juillet, Joachim Chissano, ancien président de la République mozambicaine, négociateur mandaté par le Groupe international de contact (GIC), foulait le sol malgache. La présidence de la Transition et le ministère des Affaires Étrangères précisaient à ce propos que les Autorités de la Transition n’avaient pas invité M. Chissano, dont la visite ne leur avait été annoncée que trois jours avant son arrivée.

Au cours de ses cinq jours passés dans la capitale, Joachim Chissano devait rencontrer les représentants de diverses associations de la société civile et de certains partis politiques, notamment les porte-parole des trois mouvances politiques opposées à la Transition (Ravalomanana, Ratsiraka, Zafy), le ministre des Affaires Étrangères et le président Andry Rajoelina. Les observateurs ont également noté que parmi les personnalités reçues par Chissano figuraient d’éventuels « premiers ministrables » présentés par la rumeur comme les futurs dirigeants d’une « Transition-bis ».

M. Chissano s’était également entretenu avec les organisateurs des « rencontres préliminaires » (ou Dinika Santatra) censées préparer la Conférence Nationale souhaitée par tous. Parmi les organisateurs de ces « rencontres préliminaires » figuraient les “Notables” ou Ray aman-dreny Mijoro (RMM). Ces derniers devaient souligner pour leur interlocuteur l’importance de ces « rencontres préliminaires » réunies dans les 119 districts à travers l’île. En effet, selon le RMM, elles permettraient à tous de mieux s’informer des véritables aspirations de la population, en vue de la réalisation de la Conférence Nationale, prévue pour élaborer les grandes lignes de la Constitution de la quatrième République. Les “Notables” ont souhaité l’appui matériel et financier de la communauté internationale dans la réalisation de ces objectifs. Ce à quoi M. Chissano devait rétorquer que les institutions responsables qu’il représentait ne donneraient leur réponse à ces demandes que vers la mi-août.

Double langage ?

Or, dans un communiqué du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine en date du 23 juillet 2010, à l’issue de sa 237ème réunion, cette institution régionale : « ... a réaffirmé toutes ses précédentes décisions sur la situation à Madagascar, notamment les décisions prises lors de ses réunions du 17 février et 19 mars 2010 relatives à : l’imposition de sanctions ciblées à l’encontre des individus et entités entravant le retour à l’ordre constitutionnel et l’aboutissement des efforts que déploient l’UA et la SADC en vue de la mise en œuvre rapide des Accords de Maputo et de l’Acte additionnel d’Addis-Abeba... ».
Il est clair que M. Joachim Chissano était déjà au courant de cette position du CPS en venant à Madagascar. En a-t-il informé ses interlocuteurs ? Lesquels ? Pourquoi a-t-il promis une réponse aux notables du RMM, alors qu’il était déjà au courant de la position du CSP ?
Autant de questions qui nous portent à croire que le “double langage” a sa place quelque part dans cette visite du médiateur Chissano. Dans quel but ? Le communiqué du CSP est clair à ce sujet : « la mise en œuvre rapide des Accords de Maputo et de l’Acte additionnel d’Addis-Abeba ».

Qui a intérêt à reporter les consultations électorales ?

Un constat fait actuellement l’unanimité dans l’opinion : afin de sortir le pays de l’impasse, la Transition doit prendre fin, les élections doivent se tenir au plus vite.
Mais des manœuvres se font jour, qui défendent l’idée de mettre en place une « transition bis » qui intégrerait en son sein les trois mouvances politiques opposées à Andry Rajoelina (Ravalomanana, Ratsiraka, Zafy), et réaliserait le « consensus et l’exclusivité » décrits par les Accords de Maputo et Addis Ababa comme la panacée pour un retour à l’ordre constitutionnel.
Certaines composantes de la société civile entrent dans ce jeu malsain, quitte à retarder le plus longtemps possible les échéances électorales.
Du côté des Autorités de la Transition, le président Rajoelina a maintes fois réitéré que la Transition ne devrait pas aller au-delà du 31 décembre 2010, et que la mise en place d’une « transition bis » est inopportune car elle ne ferait que retarder les échéances électorales, sans pour autant être assurée de l’accord de la majorité des Malgaches, et pourrait même être à l’origine de nouvelles tensions. De nombreux partis et organisations politiques se prononcent dans le même sens. Ainsi les accusations portées par certains contre Andry Rajoelina et ses partisans de vouloir prolonger la “transition” pour s’enrichir indument tombent d’elles-mêmes. L’avenir nous informera sur l’issue de ce débat qui retient actuellement l’attention des Malgaches.

B.Y.


Kanalreunion.com