Madagascar

Le président malgache destitué par l’Assemblée nationale

Crise politique à Madagascar

Témoignages.re / 29 mai 2015

L’Assemblée nationale malgache a voté mercredi 27 mai, la destitution du président Hery Rajaonarimampianina, qui l’a qualifié d’ « inacceptable » et a appelé la population au calme. Le dossier est désormais entre les mains de la Haute Cour constitutionnelle qui devra valider ou non ce résultat.

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Hery Rajaonarimampianina et son épouse Voahanagy posent avec les époux Obama à la Maison-Blanche, en marge du sommet États-Unis Afrique, un des événements qui a marqué le retour de Madagascar sur la scène internationale.

La motion votée mercredi pour destituer le président a obtenu plus que la majorité des deux tiers requise à l’Assemblée nationale, soit 121 voix pour sur 125 votants. Le parlement malgache compte 151 élus. Les députés, venus en groupe, ont déposé le texte auprès des neuf membres de la Haute Cour constitutionnelle, marquant ainsi leur solidarité.

Une nouvelle crise en perspective

Elu démocratiquement fin 2013, avec l’appui de l’ancien président de la transition, Andry Rajoelina, Hery Rajaonarimampianina avait rapidement pris ses distances avec ce dernier, s’isolant politiquement. Il avance sans structure, ni parti politique permettant de le soutenir. Depuis plusieurs mois Hery Rajaonarimampianina est contesté pour son inertie et ses tâtonnements alors que la population et la communauté internationale avaient espéré par son élection une sortie de crise, qui dure depuis cinq ans.

Cette situation arrive au moment où les deux anciens hommes forts du pays, Andry Rajoelina, arrivé au pouvoir en 2009 par un coup de force, et Marc Ravalomanana, l’ancien président renversé en 2009 et revenu d’exil par surprise fin 2014.
Ces derniers tentent de revenir à la tête du pays. D’un côté, Marc Ravalomanana a placé son épouse Lalao comme candidate aux élections municipales du 31 juillet pour la mairie de la capitale, Antananarivo. Il a également repris les rênes de son parti, Tiako i Madagasikara (TIM). Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana sont tous les deux députés et pour la première fois, les deux hommes ont uni leurs votes contre Hery Rajaonarimampianina.

Les députés ont contesté la décision par le président de la dissolution de toutes les institutions, y compris l’Assemblée nationale, lors des assises nationales de réconciliation, tenues au début du mois de mai. Dans un discours prononcé à la nation, depuis le Palais d’Etat d’Iavoloha, le président Rajaonarimampianina avait tenté de calmer le jeu en indiquant « n’avoir pas encore confirmé la dissolution », affirmant qu’« il importe de résoudre la crise, non pas d’en créer ».

Hery Rajaonarimampianina conteste la décision

« Selon les informations et rapport que j’ai eu, seulement 80 députés ont été présents mardi soir et pourtant 125 sont enregistrés au vote », a indiqué le président Hery Rajaonarimampianina dans son discours, dénonçant « le manque d’une totale transparence et l’irrespect de la procédure légale ».

Ce dernier a indiqué que « la déchéance d’un président élu est une affaire sérieuse qu’il ne faut pas prendre à la légère et à la hâte. Je suis encore là, et j’exerce encore les fonctions en tant que président de la République dans un cadre tout à fait légal, face aux informations véhiculées selon lesquelles je ne suis plus à ma place ». Pour lui, il est « inacceptable qu’une décision d’une telle ampleur soit un moyen pour déstabiliser le pays ».

Pour les députés frondeurs, « le Président de la République a sciemment violé, voire méprisé, de façon grave, répétée et inconsidérée la Constitution », a expliqué aux médias malgaches, l’un des députés ayant déposé la motion auprès de la Haute Cour Constitutionnelle. Pour ces derniers « le non respect de la laïcité de l’État, en confiant la conduite du processus de réconciliation nationale au FFKM (Conseil des Églises chrétiennes à Madagascar)".

Ces derniers ont également dénoncé « le non respect de l’article 168 de la Constitution, étant donné que ce mandat se serait fait au détriment du Conseil de réconciliation Malagasy (FFM), fait partie des points soulevés », a relevé L’Express de Madagascar. La motion des députés comprend aussi « le dépassement du prescrit constitutionnel de douze mois, pour la mise en place de la Haute cour de justice (HCJ), plaidant qu’en matière juridictionnelle, une juridiction n’est installée qu’à compter de la prestation de serment de ses membres ».

SaiLin


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