Madagascar

Les effets boomerang des sanctions de l’Union Africaine

Témoignages.re / 24 mars 2010

Les 5 et 6 mars 2010, plus de deux mille cinq cents représentants d’associations, groupements et partis politiques, entités de la société civile se réunissaient au Centre de Conférence International d’Ivato pour faire le point sur la situation dans le pays, à la veille de la réunion convoquée par l’Union Africaine, le 17 mars, afin de statuer sur la « crise malgache ». L’Union Africaine prévoyait en outre de réunir le 8 mars, à Addis Abeba, les chefs des quatre mouvances politiques malgaches pour une ultime concertation.

Le grand nombre de participants à Ivato et leurs participations actives aux débats répondaient aux souhaits des organisateurs qui avaient voulu faire de cette réunion un forum ouvert à toutes les forces vives de la nation, en vue de trouver une issue consensuelle à la crise politique qui sévit depuis plus d’un an dans le pays. Seules les trois mouvances (Ravalomanana, Zafy, Ratsiraka), sur plus d’une centaine de partis et groupements politiques recensés, avaient refusé officiellement de participer à ce forum.

Huit importantes résolutions ont été adoptées par le forum, parmi lesquelles :

- La confirmation de Andry Rajoelina à la fonction de Président et de Chef des Institutions de la Transition.

- La convocation des électeurs pour la mise en place d’une Assemblée Constituante, précédée d’une Conférence Nationale.

- L’élaboration d’un nouveau Code électoral et la mise en place d’une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) chargée de conduire le processus électoral dans la transparence et le respect de la démocratie.

- L’ouverture de l’Éxécutif de la Transition aux forces vives favorables aux changements démocratiques.

Les participants ont souhaité à l’unanimité que le mandat de la Transition soit limité à cette année 2010.
Par ailleurs, les dirigeants de la Transition décidaient d’envoyer une délégation conduite par le Premier ministre Camille Vital pour remettre aux dirigeants de l’Union Africaine les résolutions du Forum d’Ivato.

La rencontre d’Addis Abeba annulée, l’Union Africaine sanctionne Madagascar
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Les Autorités de la Transition avaient déclaré officiellement qu’elles ne participeraient pas à la rencontre des quatre mouvances, à Addis-Abeba, et les trois autres entités ayant exprimé des réserves, l’Union Africaine dut annuler la rencontre.

Le 17 mars, l’Union Africaine adoptait une résolution édictant des sanctions contre Madagascar ; Selon le commissaire chargé du Conseil de Paix et de Sécurité (CSP) de l’organisation continentale, « ces sanctions ne visent que le camp Rajoelina ». « Principalement les membres des Hautes Autorités, des membres des Forces armées, des tribunaux. Des sociétés pourraient bientôt faire également l’objet de sanctions » (d’après l’AFP). En effet, 109 personnalités, en tête le Président Andry Rajoelina et son épouse, des membres de la Présidence, de la Haute Autorité de la Transition, de la Haute Cour Constitutionnelle, du Conseil Militaire pour la Défense Nationale, figurent sur la liste des « sanctionnés ». Ils sont interdits de déplacement dans certains pays africains, leurs passeports invalidés, leurs avoirs à l’étranger gelés, etc.

Cette décision de l’Union Africaine est vivement condamnée par l’opinion publique malgache qui la considère comme une humiliation, piétinant la souveraineté de Madagascar et des 20 millions de Malgaches, en cette année où le pays célèbre les 50 ans de son Indépendance.

Réplique de la Haute Autorité de la Transition

La Haute Autorité de la Transition (HAT), qui s’est réunie le jeudi 18 mars, a fermement condamné l’Union Africaine, et a préconisé l’application de diverses mesures, notamment :

- La convocation des représentants diplomatiques en fonction à Madagascar, afin qu’ils déclarent officiellement leur position face à ces sanctions de l’UA. Les ambassadeurs des Etats-Unis, de l’Afrique du Sud, du Canada, qui ont déjà publiquement soutenu le chantage de l’U.A, sont particulièrement visés par la HAT.

- Un réexamen des implications politiques des décisions de l’UA qui contredisent ses objectifs pour le développement et la coopération entre les pays membres.

- Le gel d’avoirs à Madagascar des sociétés appartenant aux chefs des trois autres mouvances.

- L’interdiction du retour au pays de Ravalomanana et Ratsiraka.

Il importe de noter que cette attitude de l’Union Africaine met dans une situation inconfortable des sociétés, comme celles qui se sont largement investies dans l’extraction des ressources minières à Madagascar (RIO TINTO - ou SHERRIT).
La HAT a par ailleurs décidé de mettre en place des structures chargées d’examiner d’éventuels partenariats avec des pays ou sociétés autres que les partenaires “traditionnels” de la Grande Ile.

Nul n’ignore que ces positions de l’Union Africaine, qui exige contre la volonté des Malgaches l’application des Accords de Maputo et d’Addis-Abeba, auront des répercussions dans le domaine social, pour ne citer que les récentes retombées des inondations provoquées par le passage du cyclone Hubert qui a causé la mort d’une cinquantaine de personnes et l’exode de plusieurs dizaines de milliers de sinistrés vivant dans les villages inondés à Farafangana, Manakara, Vohipeno, Kianjavato (Sud-Est de l’Ile).

Une des leçons à tirer de cet échec cuisant des négociations conduites par l’Union Africaine (comme ailleurs en Afrique) est la méconnaissance de l’histoire et de la vitalité des sentiments patriotiques des Malgaches.

Le cas de Madagascar interpelle la solidarité des peuples et de toutes les entités progressistes à l’étranger, qui mettent au-dessus des calculs diplomatiques et bassement matériels le devoir d’humanité.

De notre correspondant Bernard Yves


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