Madagascar

« Les époux dialyseurs » de Tamatave

Madagascar - Soin des insuffisances rénales

Témoignages.re / 29 novembre 2010

Au nord-est de la Grande île, le nouveau Centre de dialyse de l’hôpital de Tamatave a été inauguré ce lundi 22 novembre 2010. La mise en place de la structure médicale — la première de ce type en province —, est à mettre à l’actif d’un partenariat entre l’Association pour l’utilisation du rein artificiel à La Réunion (AURAR) et le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Tamatave. Le centre permet de soigner les personnes dont les reins ne fonctionnent plus par épuration artificielle du sang. Un traitement vital pour les malades. Mais dans un pays où il n’existe ni sécurité sociale, ni système de santé, les malades doivent débourser 120 euros à chaque séance de dialyse, et cela trois fois par semaine. Parmi les cinq néphrologues de Madagascar (spécialistes des maladies du rein), un jeune couple de médecins se démène pour le fonctionnement du centre. Entretien avec les docteurs Hajasoa Andrianiakatra Rakotondrazaka et Diamondra Antsa Harilalaina Ramnamidora, ou Hajas et Diams pour les collègues, ou encore surnommés « les époux dialyseurs de Tamatave » par le directeur de l’hôpital.

Vous êtes les médecins en charge du nouveau Centre de dialyse de l’hôpital de Tamatave, comment en êtes-vous arrivez là ?

— Hajas : Nous sommes entrés à la Faculté de Médecine de Tananarive en 2001. En 2007, nous avons fait notre stage pour devenir généraliste, six mois à Tamatave et six mois à Tananarive. J’ai travaillé l’année d’après, six mois en néphrologie toujours dans la capitale. Après la fin des cours, entre février et juin 2010, nous avons fait du bénévolat à l’hôpital de Tananarive en attendant de trouver du travail et de continuer à se former. À Madagascar, c’est très difficile de trouver du travail pour les jeunes médecins, certains choisissent d’être vendeur sur le marché plutôt que d’aller exercer en brousse. C’est en juin 2010 que nous avons eu la proposition d’être affectés au Centre de dialyse de Tamatave. Et dernièrement, j’ai reçu mon diplôme de médecin généraliste en novembre 2010. Diams a été diplômée en juillet.

Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser en néphrologie ?

— Diams : J’ai commencé par curiosité, car j’ai réalisé que j’avais des lacunes dans ce domaine et je souhaitais les combler. Pour Hajas, c’est un peu différent. Il avait effectué l’un de ces stages en néphrologie et il s’est passionné pour cette spécialité.

Comment avez-vous vécu la mise en service du Centre de dialyse ?

— Hajas : On aime bien la Ville de Tamatave. Depuis septembre nous sommes logés dans l’enceinte de l’hôpital, il y a une bonne ambiance avec tout le personnel. Nous avons eu beaucoup de travail avant l’inauguration du centre, mais cette dernière semaine, l’AURAR nous a envoyé deux perles rares : docteur Machine et Madame Christelle (Bernard Rolland et Christelle Caissac, le technicien et l’infirmière de l’AURAR-NDLR)

— Diams : Ce sont des magiciens ! On ne pensait pas que l’on pouvait arriver à ce résultat avant l’inauguration. Bernard a réparé toutes les machines et Christelle nous a aidés à appliquer au mieux les protocoles d’hygiène. Ensemble, nous avons mis en place toutes les structures pour le patient, mais aussi pour le personnel, comme l’installation de notre bureau à côté de la salle d’hospitalisation.

Quelle est la plus grande difficulté ?

— Diams : On veut obtenir des statistiques, car pour l’instant on ne sait rien de la situation à Tamatave. En octobre 2009, à Tananarive, nous avions recensé 3.000 personnes qui auraient dû être dialysées. Cela représente un taux de malades de 1 pour mille, taux qui se retrouve probablement dans tout le pays. Mais nous n’avons pas de réel suivi, car beaucoup de personnes meurent sans être diagnostiquées ni soignées.

Quel regard portez-vous sur les maladies et sur les soins appliqués aux insuffisants rénaux chroniques à Madagascar ?

— Hajas : Au niveau national, c’est devenu depuis peu un problème de santé publique. À cause du manque d’argent, les malades ne peuvent pas s’acheter les consommables pour réaliser une dialyse (les tuyaux, le dialyseur, les aiguilles, les cartouches de bicarbonate, le produit de "dialysa"-NDLR). Mais pour la région de Tamatave, c’est une chance d’avoir ce Centre de dialyse. Techniquement, on peut maintenant soigner les patients.

Comment êtes-vous rémunérés ?

— Diams : Pour l’instant, nous touchons 10% du prix de la séance de dialyse qui coûte 120 euros. Quand il y a des patients, ça va, c’est lorsqu’il n’y a personne que cela devient difficile. L’État ne paie qu’à la fin de l’année, donc l’hôpital ne peut pas nous avancer de salaire.

Marie Trouvé pour www.ipreunion.com


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