Madagascar

Les forêts humides de l’Atsinanana à Madagascar en péril

L’UNESCO alerte sur un patrimoine mondial menacé

Témoignages.re / 2 août 2010

Juste à côté de nous, un patrimoine mondial de l’humanité est en péril. Pour l’UNESCO, la situation est suffisamment inquiétante pour que les forêts de l’Atsinanana de la Grande île soient inscrites sur la liste du Patrimoine mondial en péril.

Le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a inscrit les forêts humides de l’Atsinanana (Madagascar) sur la liste du Patrimoine mondial en péril en raison des coupes illégales de bois sur ce site et du braconnage visant les lémuriens, une espèce menacée. Le Comité tient actuellement sa 34ème session sous la présidence de João Luiz da Silva Ferreira, ministre brésilien de la Culture.
Le Comité souligne que malgré un décret interdisant l’exploitation et l’exportation de bois de rose et d’ébène, Madagascar continue d’octroyer des permis d’exportation de bois en toute illégalité. Il note aussi que des pays ayant ratifié la Convention du patrimoine mondial sont néanmoins des destinations notoires de ce bois.
Le Comité prie instamment l’État partie de prendre immédiatement toutes les mesures d’urgence nécessaires afin de faire appliquer le décret et de mettre un terme aux coupes illégales. Il appelle aussi l’Etat partie à organiser un Sommet réunissant les pays concernés afin d’agir pour que le bois illégal de Madagascar demeure interdit et qu’il ne puisse pas avoir accès à leurs marchés nationaux.
Etant séparées des autres masses terrestres depuis plus de 60 millions d’années, la faune et la flore de Madagascar ont évolué séparément. Les forêts humides de l’Atsinanana, qui sont englobées dans six parcs nationaux sur la façade orientale de l’île, sont très importantes pour le maintien des processus écologiques nécessaires à la survie d’une biodiversité unique reflétant l’histoire géologique de Madagascar. Nombre de ces espèces sont à la fois rares et menacées, particulièrement les primates et les lémuriens.
Les forêts pluviales d’Atsinanana sont des forêts reliques, essentiellement associées à des terrains abrupts le long de l’escarpement et des montagnes de l’Est de Madagascar. Les zones protégées comprises dans ce bien sériel ont acquis une importance critique pour le maintien de processus écologiques en cours nécessaires à la survie de la biodiversité unique de Madagascar. Cette biodiversité est le reflet de l’histoire géologique et de la situation géographique de l’île. Madagascar est la quatrième plus grande île du monde ; elle est séparée de toute autre masse terrestre depuis au moins 60 à 80 millions d’années de sorte que la majorité de ses plantes et de ses animaux ont évolué dans l’isolement. Ces forêts ont également été un important refuge pour des espèces durant les périodes passées de changements climatiques et joueront un rôle essentiel pour l’adaptation et la survie des espèces à la lumière des futurs changements climatiques.
À l’intérieur des forêts, le taux d’endémisme est d’environ 80 à 90 pour cent pour tous les groupes, et les familles et genres endémiques sont communs. Madagascar est parmi les premiers pays de mégadiversité du monde et possède un nombre extraordinairement élevé (environ 12.000) d’espèces de plantes endémiques. Le bien revêt aussi une importance mondiale pour la faune, en particulier les primates : les cinq familles de primates malgaches, toutes les familles de lémuriens endémiques, sept genres endémiques de rongeurs, six genres endémiques de carnivores et plusieurs espèces de chiroptères y sont représentés. Sur les 123 espèces de mammifères non volants de Madagascar (dont 72 sont sur la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées), 78 sont présentes à l’intérieur du bien. L’importance critique du bien est encore renforcée par le fait que la déforestation n’a laissé, dans l’Est de Madagascar, que 8,5 pour cent des forêts d’origine, et le bien protège des zones clés de cet habitat restant.
Tous les éléments du bien sériel sont officiellement protégés en tant que parcs nationaux et ont des plans de gestion en application. Les problèmes de gestion clés sont le contrôle efficace de l’empiétement agricole et de l’exploitation des ressources (exploitation du bois, chasse et exploitation minière de gemmes).


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