Madagascar

Les sanctions des USA et de l’Europe contre les Malgaches poussent à la crise humanitaire

Le rapporteur spécial de l’ONU dénonce les conséquences de décisions politiques

Témoignages.re / 25 juillet 2011

Invité à visiter le pays par la Haute autorité de transition, le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, a conclu sa visite par une conférence de presse vendredi. Il a souligné que le régime de sanctions, imposé à Madagascar depuis 2009, pousse la population dans l’insécurité alimentaire.

« À Madagascar, un habitant sur deux est en situation d’insécurité alimentaire. Cette proportion s’élève à 68% dans le sud du pays. Les sanctions internationales que subit l’île et l’immobilisme gouvernemental ont clairement aggravé la donne. Tous les indicateurs sur la sécurité alimentaire sont au rouge », a déclaré vendredi le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, lors d’une conférence de presse clôturant sa mission officielle à Madagascar débutée le 18 juillet.
« Madagascar est aujourd’hui l’un des pays où la malnutrition infantile est la plus élevée au monde — avec des niveaux comparables à l’Afghanistan ou au Yémen », a-t-il ajouté.

Les décisions politiques

Suite à la révolte de la population contre l’ancien président ayant conduit à la formation de la Haute autorité de la transition le 17 mars 2009 et du fait l’échec des médiations menées depuis lors, Madagascar fait l’objet de sanctions économiques.
« Les États-Unis ont suspendu Madagascar de la liste des pays bénéficiaires de l’AfricanGrowth and OpportunityAct. Cela a coûté au moins 50.000 emplois directs dans le secteur textile qui représentait la moitié des exportations malgaches. Quant à l’Union européenne, elle a gelé des programmes prêts à être signés avant la crise, suspendant toute aide au développement passant par le gouvernement. Le manque à gagner total est estimé à près de 600 millions d’euros », a expliqué l’expert.
Bien que l’aide humanitaire des donateurs, distribuée par les partenaires non-gouvernementaux, a significativement augmenté, la nature de cette aide ne permet pas de faire reculer la pauvreté durablement, estime Olivier De Schutter, qui rappelle que « contourner l’État, c’est liquider sa capacité institutionnelle à terme, et hypothéquer les chances de développement à moyen terme. Nous sommes en train de recruter Madagascar dans la liste des États fragiles ».
« Il est grand temps de réexaminer le régime des sanctions », affirme-t-il. « Quant à la Haute autorité de transition, elle ne doit plus tirer prétexte de ces sanctions pour ne pas prendre des mesures de nature à éviter une catastrophe humanitaire à sa population ».


Autosuffisance en riz possible en 3 ans

Selon le rapporteur de l’ONU, les conséquences des sanctions internationales ont malheureusement porté atteinte à deux dynamiques prometteuses nées avant la crise : le développement d’une agriculture écologique hautement performante et la réforme foncière, visant à sécuriser l’accès à la terre pour la population.
« Madagascar dispose d’un potentiel unique en matière d’agriculture écologique », a-t-il expliqué. « On sait que le système de riziculture intensif, une découverte purement malgache, permet de doubler, tripler voire quadrupler les rendements. Une stratégie nationale d’appui à ce type de production écologique pourrait rendre la Grande Île autosuffisante en riz en 3 ans, alors qu’elle importe chaque année 100 à 150.000 tonnes de riz. Mais il faut pour cela que les autorités se décident à agir ».


Faire de la pêche un outil de développement du pays

Clôturant son intervention, Olivier De Schutter a exprimé des doutes sur l’équité des accords de pêche en cours : « Les accords de pêche que Madagascar a signés avec l’UE ou avec des sociétés asiatiques font songer aux traités inégaux que les empires coloniaux signaient avec leurs colonies au 19ème siècle », a déclaré l’expert de l’ONU.
« Légalement ou non, les mers sont pillées alors que la pêche pourrait être un moteur de développement pour l’île. Le fait que des flottes industrielles viennent pêcher sans quotas, dans un contexte de raréfaction des ressources marines, est inadmissible au 21ème siècle », a ajouté l’expert.
« J’appelle les bailleurs de fonds et les organisations internationales à aider au plus vite Madagascar à renforcer ses capacités de surveillance de ses côtes ainsi que ses capacités de négociation, afin de développer une exploitation durable des mers, au bénéfice de ses habitants. On ne pas peut décemment surveiller 1 million de kilomètres carrés avec une demi-douzaine de bateaux », a-t-il conclu.


Dans "l’Express de Madagascar", Fatma Samoura, coordinatrice résidente du système des Nations Unies à Madagascar estime que pour l’instant, « ce rapport n’engage que son auteur ». Elle a « félicité l’initiative de la HAT d’avoir invité à Madagascar le rapporteur spécial de l’ONU, pour s’assurer et plaidoyer au droit à l’alimentation ».


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