Madagascar

Malaise au sein des Forces armées

Madagascar

Témoignages.re / 29 avril 2010

Ces dernières semaines, le regard des observateurs et des simples gens était tourné vers les Forces armées. Les rumeurs les plus diverses circulaient à leur propos, sans qu’aucune information officielle ne vienne les confirmer ou les infirmer.

Un premier scandale éclatait pourtant au grand jour. Des officiers supérieurs du FIGN (Forces d’intervention de la gendarmerie nationale) dénonçaient devant la presse l’existence d’un pactole de « 2 milliards 500 millions de FMG » distribué par « Marc Ravalomanana » à des chefs hauts placés de ce corps, au plus fort de la crise de 2009, afin de les rallier à sa cause.
Démentis, témoignages furent alors jetés en pâture à l’opinion, car des officiers subalternes affirmaient qu’ils n’avaient jamais bénéficié d’une quelconque partie de cette somme faramineuse. Une enquête fut diligentée par les services spécialisés de la Gendarmerie, appuyés par le Bureau de lutte contre la corruption (Bianco). Les gendarmes exigent que les résultats de ces enquêtes soient révélés au grand jour, et que des sanctions soient prises contre les « corrompus », quels qu’ils soient.

Cet évènement fut suivi le 7 avril par le limogeage du ministre de la Défense, Noel Rakotonandrasana, soupçonné à tort d’avoir fomenté un « coup d’État », et son remplacement à la tette des Forces armées par le Premier ministre en exercice, le Général Camille Vital.

Cette décision des autorités de la transition qui, en temps normal, aurait été perçue comme un simple remaniement, soulevait pourtant des vagues, car le ministre limogé, au cours de plusieurs rencontres avec la presse, affirmait qu’il avait pris l’initiative de réunir des représentants des forces vives du pays notables, officiers supérieurs, religieux, société civile, afin de trouver une solution « malgache » à la crise actuelle. « J’ai remis les résolutions de cette rencontre au président de la Haute autorité de la transition, affirmait le ministre Noel Rakotonandrasana, et il est faux de parler de coup d’État car, en fait, je suis victime de dénonciations calomnieuses ». Les collègues et compagnons d’armes du ministre Rakotonandrasana, de leur côté, l’ont exhorté à la retenue et au respect de la discipline, tout en martelant qu’il avait le droit d’avoir ses opinions personnelles, en appelant les dirigeants de la Transition à prêter une oreille attentive à toutes les suggestions. Le ministre Rakotonandrasana avait proposé la mise en place d’un Conseil supérieur pour la médiation et l’éthique.

. « Nous avons été payés 200.000 francs malgaches par jour et on nous a promis que, le “coup” réussi, une somme de 10 millions de FMG serait versée à chacun »

Le 17 avril, les radios et autres médias annonçaient la découverte d’une tentative de coup d’état qui aurait du se produire le dimanche 18 avril au petit matin. Les comploteurs avaient programmé une attaque contre le Palais du Premier ministre à Mahazoarivo, suivie de la prise du Palais présidentiel d’Ambohitsorohitra, et d’un coup de force contre le domicile du président Andry Rajoelina, à Ambatobe.

Ce complot fut déjoué à temps, et 19 personnes furent arrêtées. Les premières informations émanant des enquêteurs ont fait état des déclarations des inculpés dénonçant Marc Ravalomanana comme le commanditaire de ce projet de coup d’état. « Nous avons été payés 200.000 francs malgaches par jour et on nous a promis que, le “coup” réussi, une somme de 10 millions de FMG serait versée à chacun », ont-ils affirmé.

Ces évènements qui se sont succédé en très peu de temps illustrent le malaise actuel vécu par les Forces armées. À l’instar de nombreux citoyens, les Forces armées s’interrogent sur les objectifs réels des Autorités de la transition pour sortir le pays de la crise. Les uns et les autres rappellent que le « forum » initié par les Forces armées en 2009 pour la réconciliation et le renouveau de l’armée n’ont vu aucun début de réalisation, et que les élections prévues à l’issue de la consultation nationale de mars 2010 ne devraient pas rester au stade de « promesses ».

Ainsi, les opinions divergent quant à l’utilité de la rencontre entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina initiée par la France et l’Afrique du Sud, prévue se tenir à Pretoria le 28 avril prochain. Selon les déclarations d’Andry Rajoelina, un document y serait signé par les deux intéressés pour finaliser un partage de pouvoir au sein de l’actuelle Transition, en vue d’aboutir à un calendrier électoral « consensuel ».

Bon nombre d’observateurs et de porte-parole de partis et groupements politiques estiment que la signature d’un accord de ce genre, initié par des étrangers ignorant tout des réalités malgaches, ne mettra pas un terme à la crise, notamment au vu des agissements de Ravalomanana et consorts. En effet, durant la semaine du 17 au 24 avril, la capitale a été le théâtre de nombreux actes terroristes : attentats à la bombe contre deux stations d’essence et contre le domicile de la ministre de la Justice, ainsi qu’un camp de la gendarmerie. Il faut par ailleurs signaler qu’au centre des préoccupations de tous ceux qui doutent de l’efficacité de la rencontre de Pretoria se situe un important problème : celui de l’amnistie en faveur de Ravalomanana et de son retour au pays en toute impunité.

Les jours qui viennent permettront peut-être de voir un peu plus clair dans cette situation plutôt confuse, qui aggrave le sentiment d’insécurité ressenti par la population.

B.Y.


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