Madagascar

Manœuvres de déstabilisation et pressions internationales

Manuel Marchal / 22 juillet 2009

Aujourd’hui, à Addis-Abeba (Éthiopie), se tiendra une nouvelle rencontre entre les mouvances politiques malgaches concernées par la « crise », à l’initiative du GIC (Groupe international de contact). Cette structure comprend des représentants de l’ONU, de l’Union Africaine, de la SADC, de l’Organisation de la Francophonie, qui ont pris en charge la recherche des voies et moyens afin de normaliser la situation à Madagascar.

On ne compte plus les réunions, rencontres, négociations qui se sont succèdées depuis plusieurs mois maintenant, et qui n’ont débouché sur aucun résultat probant. L’opinion publique malgache, quant à elle, se montre de plus en plus critique à l’endroit de la Communauté internationale, dont le comportement est marqué par des incohérences et des contradictions flagrantes.

Incohérence de la communauté internationale

Ainsi par exemple, l’utilisation du mot « crise » qui revient continuellement dans les propos officiels des “négociateurs” étrangers, alors même que nul ne conteste que la situation est revenue à la normale : l’administration fonctionne normalement. Les touristes étrangers reviennent peu à peu, le premier examen scolaire officiel (le certificat d’études primaires élémentaires) s’est déroulé sans incident sur tout le territoire, et a été marqué par l’élévation du taux de réussite (91% contre 80% l’année dernière).

Autre incohérence de la communauté internationale : la première exigence de ses porte-parole, en l’occurrence l’ambassadeur des États-Unis, fut la « convocation d’une élection présidentielle », avant la fin de l’année 2009. Quelques semaines plus tard, les négociateurs du GIC proposèrent une autre sortie de crise : adoption par les quatre mouvances politiques (Ravalomanana, Ratsiraka, Zafy Albert, Andry Rajoelina) d’une Charte de la Transition consensuelle avant toute élection ; un autre préalable y avait aussi été avancé : une amnistie générale, applicable à tous les auteurs présumés de délits politiques commis jusqu’à la publication de la loi d’amnistie.
Cette attitude de la communauté internationale fut à l’origine du retrait de la mouvance Andry Rajoelina de la table des négociations.

Pourquoi convoquer cette réunion d’Addis-Abeba ?

Par ailleurs, il est tout à fait incompréhensible que le Groupe international de contact (GIC) ait décidé de convoquer la réunion d’Addis-Abeba, alors même que l’ex-président mozambicain Joachim Chissano était encore à Antananarivo, mandaté par l’Union Africaine et la SADC pour y rencontrer les « mouvances » concernées, la société civile et d’autres forces politiques. Il aurait été plus responsable de s’informer au préalable du compte-rendu de ses contacts avec les Malgaches.

Les évènements survenus dans la capitale dans la nuit du samedi 18 juillet apporteront un éclairage supplémentaire sur les véritables motivations de la communauté internationale dans cette affaire malgache. En effet, cette nuit-là, des groupes d’individus armés ont tenté de faire exploser des bombes artisanales à la station de la radio privée "Viva" à Ivato, au siège de la Commission nationale mixte d’enquête, aux camps militaires du Fort-Duchesne, au premier RFI d’Ankadilalana, à la Commune Urbaine d’Antananarivo.

À la station de la radio privée "Viva", ces bandits s’attaquèrent aux vigiles chargés de la sécurité du bâtiment, tuant deux d’entre eux à bout portant.
Les recherches lancées par les forces de l’ordre dès l’annonce de ce crime se poursuivent et des arrestations ont eu lieu. Les aveux des premiers individus enquêtés dénoncent parmi les commanditaires de ces actes terroristes cinq dirigeants du Parti TIM de Ravalomanana -anciens ministres, députés, secrétaire général de ministère…

La classe politique unanime condamne ces manœuvres de déstabilisation et interpelle la communauté internationale dont le silence face à ces actes terroristes serait interprété comme une véritable complicité. Pour le moment, le calme règne dans la capitale et les provinces, et les Autorités de la transition lancent un appel au calme à la population, tout en l’exhortant à la vigilance, afin de prévenir de nouveaux actes terroristes.

B.Y.

N.B. : En dernière minute, la Haute autorité de la transition a décidé de ne pas participer à la réunion d’Addis-Abeba, en raison des évènements survenus le samedi 18 juillet, et notamment face au silence de la Communauté internationale qui, jusqu’ici, n’a pas exprimé une quelconque condamnation de ces actes terroristes. La « mouvance » du Professeur Zafy Albert annonce également qu’elle ne sera pas représentée a cette réunion d’Addis-Abeba.


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