Madagascar

Pour un 50ème anniversaire dans la sérénité et la réconciliation

Vers la IVème République

Témoignages.re / 3 juin 2010

À quelques semaines de la commémoration du 50ème anniversaire de l’Indépendance de Madagascar, une série d’événements ont marqué le calendrier. Andry Rajoelina, président de la Haute autorité de transition, a annoncé qu’il ne se présentera pas à la prochaine élection présidentielle. Il affirmer rester le "ray aman-dreny" de tous les Malgaches.

Au cours de la dernière quinzaine de ce mois de mai, les évènements se sont précipités dans la Grande Ile :

- le 12 mai, le Président de la Haute Autorité de la Transition Andry Rajoelina, déclarait officiellement qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections présidentielles prévues dans la mise en place de la quatrième République.

- le 24 mai, un remaniement du Gouvernement de la Transition, (le troisième en quinze mois) fut opéré. Le Premier Ministre Camille Vital est maintenu à son poste. Sur les 31 Ministres nommés, on compte dix nouveaux venus, dont cinq officiers supérieurs (Armée, Gendarmerie, Police Nationale) Les postes de Vice-premier ministres, ont été supprimés, mais le Ministère des Affaires étrangères est toujours détenu par le Vice - Amiral Hyppolite Raharison.

Mutinerie jugulée

- le 20 mai, une mutinerie éclate au camp des Forces d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (FIGN) au Fort-Duchesne au Nord de la capitale ; les mutins sont conduits par le Lieutenant-colonel de Gendarmerie Raymond Andrianjafy. Ce dernier a appelé le "Mouvement des pasteurs de l’Eglise reformée" à rejoindre la mutinerie et à appeler la population à se révolter. Ce mouvement ouvertement politique se proclame depuis plusieurs mois comme un adversaire du Gouvernement de Transition, et soutient le retour de Marc Ravalomanana au pays pour reprendre le pouvoir.
Toute la matinée de ce Jeudi 20 mai, les forces d’intervention de l’EMMO-REG (Forces mixtes d’intervention) ont tenté, sans succès, de négocier avec les mutins retranchés au Fort-Duchesne, Des échanges de tir entre les mutins et les forces loyalistes éclatent faisant deux victimes du coté des forces armées, et deux autres du coté des civils, dont un Pasteur (les conditions de son décès font l’objet d’un enquête en cours).
En fin d’après-midi les mutins prennent la fuite abandonnant de nombreuses munitions ; la plupart sont arrêtés. Les enquêtes en cours, ont révélé que l’objectif de la mutinerie était bien de renverser le pouvoir de Transition, et de faire revenir au pouvoir Marc Ravalomanana, dont le retour au pays était programmé le 23 mai !
Ces affrontements entre Forces armées ont causé un grave traumatisme au sein de l’opinion, qui n’admet pas que les malgaches s’entretuent et que les militaires chargés d’assurer la protection des citoyens et de leurs biens, soient à l’origine d’affrontements meurtriers mettant en danger la sécurité des populations et la souveraineté du pays.

Appel des ray aman-dreny

- Le 27 mai, une quinzaine de "ray aman-dreny" (doyens) originaires de diverses régions de l’ile personnalités connues dans les domaines de la politique, de la société civile, anciens dirigeants étatiques, chefs coutumiers, etc… lancent un appel pour une prise de conscience nationale, afin que les malgaches, trouvent eux-mêmes sans ingérence étrangère, la solution à leurs problèmes. Dans cette déclaration ils rappellent que Madagascar va célébrer incessamment le 50è anniversaire de son indépendance et que l’occasion est propice pour penser à l’avenir, et à la mise en place d’une quatrième République souhaitée par le plus grand nombre.

- un Comite Consultatif Constitutionnel de neuf membres est nommé par décret. Sa mission est de faire une synthèse de tous les projets de constitution élaborés depuis les conférences régionales de 2009, et appelle toutes les entités, associations, etc… qui disposent d’un projet de Constitution, de les remettre jusqu’au 3 juin prochain.

- le 28 mai : une quarantaine d’organisations de la société civile de concert avec les "ray aman-dreny" décident de prendre en mains la réalisation du dialogue / concertation nationale, qui permettra de rassembler les propositions émanant de toutes les forces vives de la nation, en vue de la mise en place de la quatrième République.
Le Président Andry Rajoelina au cours d’une conférence de presse, annonce que les Autorités de la transition remercient les "ray aman-dreny" pour leur initiative, et qu’elles laisseront aux organisations de la société civile l’initiative de réunir la conférence nationale. Elles ne participeront pas à la rencontre de "Pretoria II" proposée par le Groupe International de contact (GIC) en charge de la "crise" malgache.

Vers une conférence nationale

D’autre part le Président Andry Rajoelina informe qu’il ne préside plus la "mouvance Andry Rajoelina" mais qu’il reste le "ray aman-dreny" de tous les Malgaches, afin que toutes les démarches pour mener la Transition jusqu’à son terme soient entreprises dans la plus stricte neutralité et dans le respect de la démocratie.
Ces initiatives du Président Andry Rajoelina ont soulevé des échos favorables, dans une large fraction de l’opinion, qui estime qu’elles inaugurent de nouvelles pratiques politiques qui méritent réflexion.


- le 29 mai, la coalition des Organisations de la société civile, chargée de la préparation de la Conférence Nationale, annonce, qu’en accord avec les "ray aman-dreny" cette Conférence se réunira à Antananarivo, du 14 au 17 juin 2010.
Cet évènement est attendu avec intérêt par tous les amis de la Grande Ile, qui souhaitent la fin d’une longue "crise" dont les populations sont les principales victimes.

Bernard Yves


Kanalreunion.com