Maurice

La Seconde République enjeu des législatives à Maurice

Les Mauriciens appelés aujourd’hui aux urnes

Céline Tabou / 10 décembre 2014

Plus de 930.000 Mauriciens seront appelés aux urnes ce mercredi dans le cadre des élections législatives. Ce scrutin oppose deux grandes coalitions, d’un côté, l’alliance “gouvernementale” (centre gauche) entre le PTr et le MMM. De l’autre, l’alliance Lepep (centre droit), entre le MSM, le PMSD et le ML.

Leader du Parti travailliste (PTr), Navin Ramgoolam s’est associé à Paul Berenger, ancien leader de l’opposition et chef du Mouvement militant mauricien (MMM). Ces derniers espèrent remporter 60 sièges, sur les 70 que compte le Parlement mauricien.
Face à eux l’"Alliance Lepep », composée du Mouvement socialiste militant (MSM), du Parti mauricien social-démocrate et du Mouvement libérateur (ML). Celle-ci est dirigée par Anerood Jugnauth, ancien président et le Premier ministre (1982-1995), qui a annoncé que si la coalition de Navin Ramgoolam est vaincue aux législatives, ce dernier devrait laisser le pouvoir.

Un vote communautaire

N’ayant jamais été battu dans sa circonscription (Pamplemousses/Triolet), Navin Rangoolam, candidat sortant au poste de Premier ministre, a reconnu qu’il est confronté à des difficultés. « Je reconnais que nous avons des difficultés. Je présente mes excuses au peuple de ma circonscription pour ne pas pouvoir les voir depuis les neuf années passées. Je promets d’être plus proche d’eux », a-t-il affirmé.
Ce dernier a des difficultés à rassembler la communauté hindoue qui représente près de 70 % de la population mauricienne. En effet, selon l’accord conclu avec Paul Berenger, Navin Ramgoolam devrait mettre en place un régime présidentiel, au sein duquel Paul Berenger, non-hindou, serait Premier ministre pour les cinq années à venir.
Après la signature de cet accord en septembre, plusieurs groupes hindous ont vivement critiqué cette décision, estimant que tous les pouvoirs politiques doivent rester entre les mains des hindous, a indiqué L’Express de Maurice.
Président de la Sanathan Dharma Temple Federation (MSDTF), Somduth Dulthumun a appelé les hindous à voter pour le Parti travailliste de Navin Ramgoolam et le MSM de Jugnauth, sans citer Paul Berenger. Face à la polémique, ce dernier a assuré que son « appel n’est pas raciste », affirmant que « Paul Berenger n’est pas une personne de confiance pour occuper le poste de Premier ministre », selon le quotidien.
Maurice est officiellement divisée en quatre groupes ethniques selon la Constitution héritée de la Grande-Bretagne en 1968 : les Hindous – majoritaires –, les Musulmans, les Chinois et la « population générale » composée de créoles et de Blancs d’origine européenne.

Vers une réforme constitutionnelle ?

C’est le dixième scrutin depuis l’indépendance du Royaume-Uni du pays en 1968. L’île Maurice fait partie des pays les plus riches d’Afrique, avec une économie basée sur le textile, le sucre et le tourisme. Cependant, la croissance de l’économie mauricienne a ralenti, passant de 3.4 % en 2012 à 3.3 % en 2013, en raison de la faiblesse de la demande extérieure et des investissements intérieurs au point mort.
Selon la Banque Africaine de Développement, les prévisions pour 2014 et 2015, sont respectivement de 3.5 % et de 4.1 %, laissant apparaître un rebond. Dans un tel contexte, le gouvernement de Navin Ramgoolam a été critiqué pour le problème de l’alimentation en eau, le chômage, qui atteint près de 9 %, la fraude et la corruption.
Cette élection sera décisive pour l’avenir de l’île Maurice, qui pourrait avoir une nouvelle Constitution en cas de victoire du PTr et MMM. En effet, le président de la République a un poids plus symbolique que politique, avec cette réforme constitutionnelle proposée par l’Alliance gouvernementale, ce dernier sera élu au suffrage universel direct et aura plus de pouvoirs. Pour faire passer cette réforme, Ptr et MMM ont besoin des trois quarts des sièges à l’Assemblée nationale, soit 50 députés ou plus.
Pour le responsable du MMM, Paul Bérenger, donner plus de pouvoirs au président, c’est ne plus concentrer « tous les pouvoirs dans les mains d’une seule personne » (Premier ministre) et ainsi assurer un système « plus démocratique », selon le quotidien Le Point.
Fervent détracteur de cette proposition de réforme, le chef de file de l’alliance Lelep, Xavier Duval, craint au contraire que la réforme, jugée “bancale”, favorise l’émergence « d’un petit roi » qui « bénéficiera d’une immunité civile et criminelle et pourra faire ce qu’il veut pendant sept ans ».


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