Maurice

Les "Iles Vanille" en pleine faillite

La crise d’un modèle : 30% de touristes français en moins à Maurice

Témoignages.re / 20 août 2012

À Maurice, le secteur du tourisme est en pleine crise. C’est le moteur des Iles Vanille qui est grippé avec des difficultés qui étaient prévisibles : coût du billet d’avion en hausse et baisse vertigineuse du nombre de touristes français. Voilà qui signe la faillite d’une stratégie portée à La Réunion par la Région Réunion.

Quand l’UMP prit la direction de la Région Réunion grâce à la solidarité de classe des conservateurs de tous bords, elle s’empressa de remettre en cause la stratégie de développement du tourisme mise en œuvre jusqu’à présent. Désormais, La Réunion devait se calquer sur Maurice et contribuer au renforcement de l’axe Paris/Port-Louis. La présence bien visible de Didier Robert aux côtés de dirigeants d’Air Mauritius confirmait cette orientation.

Le concept des Îles Vanille était là pour donner un aperçu concret de cette stratégie : des séjours combinés Maurice-La Réunion, une ouverture éventuelle vers les Seychelles et un oubli de Madagascar et des Comores.

Mais les événements en Europe et la hausse des prix du carburant sont en train de faire tomber ce concept qui n’aura tenu que deux ans. Il se base en effet sur la venue massive de touristes venus de très loin. La déconfiture de l’économie européenne se traduit par une réorientation des flux, car les Européens sont beaucoup moins tentés par des voyages à 10.000 kilomètres de chez eux. Quant au prix du kérosène, il renchérit considérablement le coût du billet d’avion. L’économie mauricienne dépend beaucoup des touristes européens. Si ces derniers viennent moins, elle n’a pas de quoi compenser le déficit. Le moteur des îles Vanille est grippé, entraînant la faillite du projet tant vanté par l’UMP.

Voilà de quoi relancer la stratégie menée jusqu’en 2010 : ouverture de La Réunion sur le monde avec le développement des relations avec l’Inde, la Chine et l’Océanie, et le co-développement avec Madagascar, un pays riche d’un potentiel de centaines de milliers de touristes.

M.M.

Dans "l’Express" d’hier

Les hôteliers tirent la sonnette d’alarme

Moins de touristes, davantage de chambres et une desserte aérienne inadaptée. Victime de ses incohérences, le secteur touristique s’enfonce dans la crise.

Baisse des arrivées de touristes en juillet (-2,4% par rapport à juillet 2010) avec un effondrement du marché français (-30%). Un marché européen, qui représente les deux tiers des arrivées, en recul de 14%. Des pertes qui se creusent pour les groupes hôteliers : pour le trimestre terminé au 30 juin, New Mauritius Hotels (NMH) a enregistré Rs 172,3 millions de pertes et Sun a vu les siennes atteindre Rs 145,8 millions… L’environnement du secteur touristique, qui était déjà mis à mal par la crise en Europe, se dégrade davantage.

Les causes du marasme sont connues. Depuis le début de l’année, les arrivées de touristes stagnent. La crise dans la zone euro affecte notre principal réservoir de touristes. Et en l’absence de perspectives de règlement, la situation risque encore d’empirer. Parallèlement, le nombre de chambres disponibles ne cesse d’augmenter. Les groupes hôteliers se sont en effet lancés dans des travaux de rénovation et d’agrandissement et dans la construction de nouveaux établissements. Il s’agissait de développer la capacité d’accueil dans la perspective de recevoir 2 millions de touristes à l’horizon 2015, un objectif fixé lors des assises du tourisme en 2006. Mais il apparaît clair aujourd’hui que cet objectif a fort peu de chances d’être atteint. Fin 2011, les professionnels sont tombés d’accord pour estimer qu’il manquait 400.000 touristes par an pour le réaliser. L’arrivée de 2.500 lits additionnels d’ici la fin de l’année ne va pas arranger les choses.

Ce qui amène les hôteliers à pousser un véritable cri d’alarme. « La destination mauricienne est prise dans une spirale descendante dangereuse. Elle paie le prix d’une braderie qui a transformé le pays en ‘‘discount destination’’ avec perte d’identité, conduisant même les voyagistes à chercher d’autres destinations pour assurer leur croissance » , écrit Herbert Couacaud, le CEO de NMH, dans un éditorial de "Beachnews", le journal interne du groupe. La raison de cette décroissance ?  « Il y a d’abord le problème de l’accès aérien. Sur les marchés où Air Mauritius a enlevé ses vols directs, c’est-à-dire l’Allemagne, l’Italie et la Suisse, et qui représentent 60.000 places, nous constatons à travers nos prises de réservations une baisse dès le mois d’août de cette année. Tout porte à croire que cette tendance va s’accentuer. Deuxièmement, le manque de places d’avion sur la destination fait que la demande excède l’offre et que donc les principales lignes aériennes qui desservent Maurice pratiquent des tarifs excessifs »,  répond Robert de Spéville, le directeur commercial de Beachcomber.

François Eynaud, le président de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) ne dit pas autre chose en soulignant la nécessité de réduire le déséquilibre entre la croissance du parc hôtelier, la stagnation des arrivées de touristes et la baisse du nombre de sièges d’avion. L’urgence de la situation est d’autant plus aiguë que la crise dans l’hôtellerie risque de déboucher sur une crise globale du secteur touristique qui affecterait les réceptifs, les taxis et les beach hawkers. De quoi alimenter une véritable crise sociale.

C’est pourquoi beaucoup prônent de véritables états généraux du tourisme, qui regrouperaient toutes les parties prenantes autour de la table afin de définir de grands axes de relance et de mettre en place les financements pour les développer. Car il ne faut pas se leurrer. Après avoir défini une stratégie commune, Air Mauritius, l’État, la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) et les hôteliers vont devoir mettre la main à la poche.

L’AHRIM annonce d’ores et déjà qu’elle travaille de concert avec le ministère de tutelle et la MTPA pour redéfinir une stratégie afin de relancer les arrivées touristiques mais beaucoup de professionnels restent sceptiques. Il est vrai que par le passé, ils ont été échaudés par les actions éparpillées sinon contradictoires des autorités dites compétentes.
« L’économie de Maurice dépend en grande partie de celle de la zone euro »

Sur son blog, Pierre Vergès revient sur les résultats d’une étude récente qui confirme la gravité de la crise à Maurice.

« On pouvait ne pas y croire, seulement voilà, les analyses sont là : un cabinet spécialisé dans la gestion du risque vient d’inscrire l’Île Maurice dans la liste qui peut être mis en très sérieuses difficultés par la crise européenne. 

Le pays subirait des répercussions économiques graves si la situation de la crise européenne venait à se détériorer davantage.

Maurice occupe la 7e place sur la liste de ces 17 pays «  les plus à risques à cause d’une détérioration de la crise européenne  » .

Selon le cabinet Maplecroft, les nations africaines «  affichent un risque extrême en raison de leur commerce hautement dépendant de la zone euro et d’une faible résistance contre le ralentissement économique mondial.

En conséquence, les entreprises opérant dans ces régions peuvent souffrir d’une baisse de la demande pour leurs produits d’exportation »

Maplecroft conclut que les difficultés économiques de la zone euro ont mis en évidence les inconvénients de haut niveau d’intégration pour les pays membres, mais aussi pour les économies qui sont intégrées à un ou plusieurs pays de la zone euro.

L’économie de Maurice dépend en grande partie de celle de la zone euro : «  Le pays ne dispose pas assez de capacités pour faire face ou s’adapter au ralentissement de l’économie mondiale » .

Et Maplecroft précise :  «  Les retombées de la crise dans la zone euro sont déjà perceptibles dans le pays » .

Les chiffres publiés au mois de juin par Statistics Mauritius confirment  «  la stagnation dans les arrivées de touristes sur l’île de l’océan Indien, avec un taux de croissance de 0,6% » .

Cela se comprend : L’Europe, principale source du marché mauricien est en régression avec des arrivées de 33.382, soit une de baisse de 4,9% par rapport à 2011.

Les arrivées des touristes en provenance de l’occident ont diminué de 16% à en croire l’agence mauricienne des statistiques.

Selon les experts locaux, l’Île Maurice peut dès à présent commencer à prendre des précautions pour contenir le risque à venir.

Elle peut par exemple varier la structure des échanges ou se concentrer sur les marchés intérieurs.

Par ailleurs, « le déficit du commerce extérieur de Maurice a continué de se creuser au mois de mai 2012 » , indique le dernier relevé du bureau des statistiques.

Avec un Produit intérieur brut (PIB) de 10 milliards de dollars US, l’Île Maurice qui se base sur le secteur du tourisme, tente déjà de se diversifier sur de services financiers d’offshores et d’outsourcing.

Maplecroft note toutefois que Maurice tente d’endiguer les effets de la crise ».

 


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