Maurice

Les Travaillistes ont-ils encore besoin du MSM ?

Le Premier ministre soutient l’ICAC et impose un ultimatum à ses alliés

Manuel Marchal / 3 août 2011

« Navin Ramgoolam aurait offert deux options à Pravind Jugnauth. Soit il revient à de meilleurs sentiments, ou il accepte de voir des membres du MSM changer de camp ». Cette nouvelle tournait en boucle hier sur la page principale du site www.lexpress.mu. Elle suffit à démontrer l’ampleur de la crise politique chez nos voisins. Né d’une scission du Mouvement militant mauricien (MMM), le MSM va-t-il exploser ?

La version mauricienne de l’achat par la Région Réunion du Domaine de Montgaillard n’en finit pas de faire des vagues. Elle est même en train de provoquer une crise politique majeure à Maurice.
Un rappel des faits s’impose. Comme la Région l’a fait pour le Domaine de Montgaillard, le gouvernement mauricien a acheté un bien immobilier au-dessus de la valeur expertisée : la clinique Medpoint. Mais à Maurice, l’ICAC veille. L’ICAC, c’est une Commission indépendante anticorruption. Elle a mené des investigations qui ont abouti à l’arrestation de la ministre de la Santé le 22 juillet. La ministre est membre du Mouvement socialiste mauricien (MSM), un parti qui dirige le pays en coalition avec le Parti travailliste (PT) du Premier ministre Navin Ramgoolam. Libérée sous caution, la ministre MSM est restée jusqu’au mardi suivant au gouvernement. Cet événement amène Pravind Jugnauth, vice-Premier ministre et dirigeant du MSM, à rentrer précipitamment de Suisse et à convoquer une réunion extraordinaire de la Direction du MSM le lundi 25 juillet. Pour sa part, en voyage officiel en Europe, le Premier ministre décide de ne pas changer son programme.
Mardi 26 juillet, la ministre de la Santé annonce sa démission en fin de matinée. Moins d’une heure plus tard, les cinq autres ministres MSM, dont celui du Tourisme et Pravind Jugnauth, vice-Premier ministre, quittent aussi le gouvernement. Lors d’une conférence de presse tenue quelques heures après, le MSM, par la voix de Pravind Jugnauth, met publiquement en cause les méthodes d’investigation de l’ICAC. Il affirme également que son parti continuera à soutenir le gouvernement au Parlement. Mercredi, les six porte-feuille vacants sont répartis entre plusieurs ministres déjà membres du gouvernement.
Lundi, Navin Ramgoolam est rentré à Maurice. La position du Premier ministre sur cette affaire était très attendue. Allait-il afficher sa solidarité vis-à-vis de ses partenaires du MSM ? Force est de constater que Navin Ramgoolam a préféré soutenir l’ICAC que le MSM (voir encadré). Cette orientation est confirmée mardi par le ministre de l’Environnement.
Ce soutien du gouvernement est apprécié par la Commission indépendante anticorruption. « Nos enquêteurs travaillent très dur matin et soir en vue de boucler cette affaire. Pour eux, c’est définitivement un encouragement, et pour nous tous d’ailleurs », a dit Indira Manrakhan, directrice adjointe de l’ICAC, dans une déclaration sur les ondes de Radio One.

Humiliant ultimatum

Hier, le Premier ministre rencontrait Pravind Jugnauth. C’est un véritable ultimatum que Navin Ramgoolam a imposé au MSM (voir encadré). Si le MSM revient au gouvernement, ou s’il rejoint l’opposition, il sera affaibli. Le Premier ministre aurait semble-t-il le soutien de plusieurs membres du MSM prêts à revenir au gouvernement à ces conditions. Pourtant, le MSM et le PT avaient fait campagne côte à côte lors des Législatives face à la coalition menée par le MMM.
L’assurance des Travaillistes signifie-t-elle que le MSM va exploser ? Des membres influents du MSM vont-ils changer de parti et devenir Travaillistes ?
Le MSM est né d’une scission du MMM de Paul Bérenger. En choisissant de s’allier avec le PT, le Mouvement socialiste mauricien a contribué à la victoire de Navin Ramgoolam sur le MMM lors des dernières élections. Mais en adoptant une ligne aussi intransigeante, Navin Ramgoolam est en train de démontrer qu’il n’a plus besoin du MSM. Quelle pourrait être alors la nouvelle stratégie du Mouvement socialiste mauricien ?

M.M.


Le MSM abandonné par les Travaillistes ?

“L’Express” rend compte de la réaction du Premier ministre lundi :

« A 17h15, un communiqué signé personnellement par Navin Ramgoolam vient demander que l’on laisse l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) travailler « en toute indépendance et en toute sérénité ».
On se rappellera que lors de sa conférence de presse, le mardi 26 juillet, Pravind Jugnauth avait déploré la façon de faire de l’ICAC qui avait procédé à l’arrestation de la ministre de la Santé. Il avait déclaré que la commission anticorruption avait fait preuve d’injustice flagrante envers Maya Hanoomanjee. Cela avait motivé la décision des ministres MSM de démissionner du gouvernement.
Navin Ramgoolam revient sur les circonstances de cette démission et rappelle qu’il faut respecter les institutions.
« J’ai eu l’occasion de l’affirmer à maintes reprises à l’Assemblée nationale et ailleurs, depuis le mois de mars dernier, Maurice a bâti sa réussite sur l’intégrité de ses institutions. Nous devons à tout prix préserver cet acquis pour l’avenir de notre pays », écrit-il dans son communiqué.
Contacté pour une réaction, Pravind Jugnauth a déclaré qu’il n’était pas au courant de l’existence du communiqué émis par le Bureau du Premier ministre. Ce qui démontrerait que le leader du MSM n’a pas eu de contact avec Navin Ramgoolam à ce sujet. »

Cet abandon du MSM en rase campagne est confirmé le lendemain mardi par une réaction du ministre de l’Environnement :
« Le Premier ministre a parfaitement raison, car toute personne responsable doit respecter l’ICAC »,
a déclaré le ministre de l’Environnement à lexpress.mu.
Interrogé par la presse sur les critiques formulées par Pravind Jugnauth à l’encontre de l’ICAC, Deva Virahsawmy a laissé entendre « qu’il lui faudra assumer ses responsabilités ». Ce dernier a également affirmé qu’aux dernières nouvelles, le MSM fait encore partie du gouvernement. « Mais je n’en sais pas plus », a-t-il avancé. »


Le MSM affaibli dans tous les cas

Sur son site hier, "L’Express" rend compte des premières informations qui ont filtré suite à la rencontre de Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth :

« Le chef du gouvernement se serait montré intransigeant lors de son tête-à-tête avec Pravind Jugnauth dans la soirée du lundi 1er août, à son domicile, à Riverwalk, à Floréal. Il aurait offert au leader du MSM deux options.
La première consisterait à renoncer aux ministères des Finances et de la Santé. Et éventuellement à celui du Tourisme. Ces ministères étaient jusque-là dirigés par des membres du MSM. Il semblerait que Showkutally Soodhun, le président du MSM, pourrait être privé d’un portefeuille ministériel.
Dans le deuxième cas de figure, Navin Ramgoolam se serait, auparavant, assuré du soutien de certains élus MSM au cas où Pravind Jugnauth choisirait de claquer la porte de l’Alliance de l’Avenir. Ce qui le laisserait dans une position de faiblesse dans l’éventualité d’un accord avec Paul Bérenger.
Si le MSM choisit de rejoindre les rangs du gouvernement, il devra accepter un retour sans panache au Conseil des ministres. Moins de ministères clefs, d’abord. Ensuite, son président devra renoncer à un ministère, ce qui sera un coup dur pour ce membre influent du MSM. Quant à Maya Hanoomanjee, elle devra attendre la fin de son procès et un acquittement pour retrouver un maroquin ministériel.
Un retour de Pravind Jugnauth et de ses pairs au gouvernement marquera également le ravalement des ses propos tenus lors de la conférence de presse du mardi 26 juillet dernier. Lors de cette rencontre avec la presse, le leader du MSM avait pris position contre la manière d’agir de la Commission anticorruption (ICAC). »


À quand les “îles Vanille” de la justice ?

L’écart entre le prix estimé et celui payé par le gouvernement mauricien pour Medpoint est inférieur à l’écart concernant le Domaine de Montgaillard acheté par la Région Réunion. À Maurice, il existe une Commission indépendante anticorruption, l’ICAC, qui s’est saisie de l’affaire et qui a mené des investigations. Ces dernières ont été si loin qu’elles ont amené six ministres à la démission.
Fervent admirateur du modèle mauricien, allant même jusqu’à inaugurer une agence d’Air Mauritius en Chine en tant que président de Région, qu’attend donc Didier Robert pour demander à l’ICAC de venir à La Réunion pour clarifier tous les tenants et les aboutissants de l’achat au-dessus du prix estimé du Domaine de Montgaillard ?
Il sera intéressant de connaître la position du membre de la Direction nationale de l’UMP quand il reviendra de sa dernière opération bat’karé dans une ville de France dirigée par un membre de son parti. En appelant l’ICAC à la rescousse, Didier Robert a l’occasion rêvée de donner un réel contenu au concept des “îles Vanille”… sauf à vouloir conforter dans l’opinion l’idée que les “îles Vanille” n’ont rien à voir avec l’intérêt général.


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